Yassine Latoundji, un artiste praticien au gouvernement
Artiste peintre et cadre de la coopération internationale, Yassine Latoundji prend la Culture, les Arts et le Patrimoine.


Yassine Latoundji prend la tête du ministère de la Culture, des Arts et du Patrimoine avec un profil rare, à la fois haut fonctionnaire des finances publiques et artiste peintre exposé sur plusieurs continents. Premier artiste praticien à diriger ce portefeuille au Bénin, il hérite d’un secteur désormais séparé du Tourisme, avec pour priorité de faire de la culture un levier d’identité, de création de valeur et de revenus pour les artistes.
Yassine Latoundji est nommé ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine le 24 mai 2026. Né en 1980 à Besançon de parents béninois, il présente un profil rare dans l’équipe gouvernementale : artiste, cadre public et acteur de la coopération internationale. Artiste peintre, il a exposé au Bénin et à l’étranger, avec des passages signalés dans des espaces culturels à Cotonou, au Mexique, à New York et à l’UNESCO à Paris. Sa pratique artistique s’inscrit dans un parcours de formation entre la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire, et lui donne une familiarité directe avec les circuits de création, d’exposition et de médiation culturelle.
En parallèle de son activité artistique, Yassine Latoundji a évolué dans l’administration publique et la coopération internationale. Avant sa nomination ministérielle, il a occupé des fonctions de direction liées à la coopération, travaillant sur des dossiers bilatéraux et multilatéraux utiles au financement et au rayonnement des politiques publiques béninoises.
Son ministère couvre un champ stratégique pour le Bénin : restitution et valorisation du patrimoine, économie culturelle, soutien aux artistes, infrastructures muséales, formation des jeunes créateurs et diplomatie culturelle. Yassine Latoundji devra relier sensibilité artistique et gestion publique, dans un pays qui cherche à faire de la culture un levier d’identité, de cohésion et d’attractivité internationale.
Né à Besançon en 1980, grandi à Cotonou
Yassine Latoundji est né en 1980 à Besançon, en Franche-Comté, de parents béninois. Il passe l’essentiel de son enfance et de son adolescence à Cotonou, soit une quinzaine d’années au Bénin, en voyageant régulièrement en Europe et à l’intérieur du continent africain. Il arrive à Paris en 1997. Sa trajectoire duale – né en France, formé entre Cotonou, Paris et Abidjan, fonctionnaire des finances béninoises, artiste exposé à New York et à Mexico – est cohérente avec un profil qui ne se laisse jamais enfermer dans une seule appartenance.
Il peint depuis 1993, soit depuis ses 13 ans. Son entrée dans la peinture est autodidacte, forgée par la fréquentation des milieux d’artistes diplômés des Beaux-Arts de Côte d’Ivoire et des Arts Décoratifs de Paris. Ses références déclarées : Picasso, Basquiat, Soulages, et le sculpteur sénégalais Ousmane Sow.
La trajectoire professionnelle de Yassine Latoundji est construite sur une double compétence qui s’est développée simultanément. Son parcours académique précis n’est pas documenté dans les sources publiques disponibles au-delà de sa formation artistique autodidacte. Ce qui est établi : il intègre le ministère de l’Économie et des Finances du Bénin et gravit les échelons jusqu’au poste de directeur général de la Coopération internationale – l’une des directions les plus stratégiques du ministère, qui gère les relations avec les bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux, les partenariats de coopération technique et la mobilisation des ressources extérieures.
Sa nomination à ce poste est actée par le conseil des ministres du 12 juillet 2023 – le même jour qui voit la nomination de Corinne Amori Brunet comme ambassadrice à Paris. En septembre 2023, il reçoit en cette qualité l’ambassadeur de Cuba au Bénin, Ricardo García Napoles, pour explorer les possibilités de coopération bilatérale entre les deux pays. Ce poste lui vaut également de représenter le Bénin dans des réunions bilatérales à Abuja et à Bruxelles, documentées par des comptes rendus officiels des partenariats.
Une carrière artistique conduite en parallèle pendant plus de vingt ans
En marge de sa carrière administrative, Yassine Latoundji n’a jamais cessé de peindre. Son blog artistique, actif depuis le début des années 2000, documente une carrière exposée sur plusieurs continents. Ses premières expositions parisiennes datent de 2000-2001, dans les locaux des grandes écoles de commerce françaises – Reims Management School, HEC, ESCP-EAP, EDHEC – et dans des salons parisiens, notamment au Grand Marché d’Art Contemporain à la Bastille en 2001.
Il expose ensuite à Cotonou lors de l’exposition « Cotonou Vacances », puis s’étend vers l’Amérique latine avec une exposition au Mexique. Son travail est présenté à la RogueSpace Gallery de New York – espace new-yorkais spécialisé dans les artistes émergents de la scène internationale – et à l’UNESCO à Paris, dans le cadre d’expositions sur l’art africain contemporain. Son univers pictural est décrit par Bénin Web TV comme « une collection de visages et d’instants » visant à représenter la complexité du lien social dans les sociétés africaines – une thématique qui traverse toute son œuvre depuis ses débuts.
La plateforme Art-mine, qui référençait son travail dès 2006, le décrit comme un artiste dont la vision est « ancrée dans les réalités africaines mais nourrie par les influences du monde entier ». Le site Grioo, spécialisé dans les profils africains de la diaspora, lui avait consacré un article à double titre : peintre et manager.
Premier artiste praticien à diriger la Culture au Bénin
Sa nomination au poste de directeur général de la Coopération internationale au MEF confirme un ancrage institutionnel solide dans le ministère que dirigeait Wadagni. Ce poste stratégique lui permet de travailler sur les dossiers de financement extérieur du Bénin – FMI, Banque mondiale, Union européenne, partenariats bilatéraux – depuis l’intérieur du ministère des Finances, au plus près du ministre d’État. C’est depuis ce poste que Wadagni l’observe et choisit de lui confier, deux ans plus tard, la Culture.
Ce détail est important : Latoundji n’est pas repéré pour ses activités artistiques. Il est repéré comme un haut cadre des finances publiques qui peint. La distinction n’est pas triviale – elle dit que sa légitimité aux yeux du président n’est pas symbolique mais institutionnelle.
La nomination de Yassine Latoundji comme ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine le 24 mai 2026 est présentée par l’ensemble de la presse culturelle béninoise comme un événement sans précédent dans l’histoire politique du pays. C’est la première fois qu’un artiste praticien – et non un administrateur ou un politique converti à la culture – prend la tête de ce département. Triomphe Mag écrit : « En nommant Yassine Latoundji, le président Wadagni envoie un message fort : la culture n’est pas une rubrique administrative, c’est un secteur vivant, créateur, porteur d’identité et de développement. »
La nomination consacre aussi une rupture organisationnelle : le gouvernement Wadagni sépare la Culture du Tourisme – qui formaient depuis plusieurs années un seul portefeuille partagé entre différents titulaires – créant un ministère exclusivement dédié aux arts, à la culture et au patrimoine.
La prise de fonctions du 26 mai : trois « fidélités »
Lors de la cérémonie de passation de charges du 26 mai 2026, Latoundji ouvre son mandat par une formule que plusieurs médias reprennent : « Je ne viens pas ici pour faire un discours, je viens prendre un engagement. » Il structure son mandat autour de ce qu’il appelle trois « fidélités ».
La première fidélité est à l’identité béninoise : promotion des langues nationales, du Vodun comme patrimoine vivant et des patrimoines royaux d’Abomey dont le processus de retour des trésors depuis la France est encore inachevé. La deuxième fidélité est aux créateurs et artistes : protection des droits d’auteur, accès au financement, formation professionnelle dans les métiers culturels. Sa formule sur ce point est « Une culture qui rayonne sans enrichir ceux qui la portent n’est qu’une vitrine. » La troisième fidélité est au patrimoine : les trésors royaux rapatriés, les sites classés, les musées à construire ou à réhabiliter. Il place également la jeunesse au cœur de sa vision : « Notre jeunesse n’attend pas l’avenir, elle est déjà en train de le créer. »
Yassine Latoundji prend un portefeuille dont les acquis sous Talon sont réels mais les chantiers encore nombreux. Le retour en novembre 2021 de 26 trésors royaux d’Abomey – conservés au Musée du Quai Branly à Paris depuis 1892 – a été présenté comme l’événement culturel le plus significatif de la présidence Talon. Ces pièces, dont 21 statues royales et plusieurs trônes, sont exposées depuis au Musée de l’Épopée des Amazones et des Rois du Danh-Homé à Abomey. Mais les négociations se poursuivent avec d’autres pays – Allemagne, Royaume-Uni – pour d’autres pièces encore conservées à l’étranger. Ce dossier, à la frontière entre la diplomatie culturelle et la politique patrimoniale, est directement de la responsabilité de son ministère.
La Route de l’Esclave d’Ouidah – itinéraire mémoriel classé par l’UNESCO reliant les lieux de mémoire de la traite négrière entre Ouidah et le point d’embarquement dit la Porte du Non-Retour – constitue un second axe patrimonial majeur, à la fois site de mémoire et levier touristique. Le développement du Musée international de la mémoire et de l’esclavage, dont l’ouverture est prévue à Ouidah dans le cadre d’un projet architectural ambitieux, fait partie des chantiers en cours.
Sur le plan des industries culturelles, le cinéma, la musique et la mode béninoise ont connu des développements réels ces dernières années, sans que des mécanismes de financement et de professionnalisation systématiques soient encore en place. C’est précisément sur ce terrain que la double expérience de Latoundji – artiste qui connaît les obstacles concrets de la création, et fonctionnaire qui maîtrise les circuits du financement public – peut produire une différence.





