Tourisme, industrie, commerce extérieur : le nouveau défi d’Olushegun Adjadi Bakari
Ancien ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari pilote le tourisme, le commerce extérieur et l'investissement privé.


Olushegun Adjadi Bakari prend la tête d’un portefeuille stratégique associant tourisme, commerce extérieur, industrie et promotion de l’investissement privé. Ancien ministre des Affaires étrangères, financier de formation et fin connaisseur des réseaux économiques internationaux, il devra désormais transformer son capital diplomatique en investissements, en projets industriels et en attractivité concrète pour le Bénin.
Olushegun Adjadi Bakari est nommé, le 24 mai 2026, ministre du Tourisme et du Commerce extérieur, en charge de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement privé. Né le 24 octobre 1979 à Pointe-Noire de parents béninois, il fait partie des profils les plus internationaux du premier gouvernement Wadagni. Formé en finance, notamment à SKEMA Business School, il a construit une carrière dans le financement de projets, l’investissement et le conseil stratégique. Avant son retour au Bénin, il a travaillé dans des environnements privés exigeants, dont Société Générale et BMW France, puis dans le conseil économique auprès du président togolais Faure Gnassingbé.
Son passage aux Affaires étrangères, de 2023 à 2026, l’a placé au premier plan de la diplomatie béninoise. Il y a porté une ligne diplomatique orientée vers l’investissement, la coopération économique et le rayonnement du Bénin, avec une attention particulière aux partenariats utiles à la transformation productive du pays. Dans son nouveau portefeuille, Olushegun Adjadi Bakari devra convertir son réseau économique et diplomatique en résultats concrets : attirer des capitaux, soutenir l’industrialisation, renforcer le commerce extérieur et faire du tourisme un secteur plus structuré. Ce ministère réunit ainsi plusieurs leviers de croissance non budgétaire, au moment où le gouvernement veut consolider l’image d’un Bénin réformateur et ouvert aux affaires.
Né à Pointe-Noire, grandi à Cotonou
Olushegun Adjadi Bakari est né le 24 octobre 1979 à Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville, de parents béninois. Son père y enseignait la comptabilité. La famille rentre au Bénin dès 1980 et il passe toute son enfance dans le pays. Son prénom Olushegun est Yoruba – « le seigneur m’a accordé la victoire » – et témoigne de l’ancrage du groupe dans les populations Nagot du sud-est béninois, à cheval sur la frontière nigériane. Son surnom, Shegun, s’impose rapidement dans tous les contextes professionnels.
Il obtient son baccalauréat avec mention au collège de l’Espoir à Cotonou en 1997. Ce détail géographique a une portée concrète : le collège de l’Espoir est situé dans la commune d’Abomey-Calavi, à la périphérie de Cotonou, et forme des élèves issus de milieux divers, sans le prestige des établissements du centre-ville. Bakari passera ses études supérieures en menant en parallèle une vie estudiantine très active.
Après son baccalauréat, il intègre l’Institut National d’Économie de Cotonou, devenu l’École Nationale d’Économie Appliquée et de Management (ENEAM). Il y obtient une bourse d’études en statistiques, ce qui le distingue d’emblée comme un profil analytique. Élu président du Bureau des étudiants, il devient l’un des principaux dirigeants de la Fédération nationale des étudiants béninois – une première expérience d’organisation collective et de représentation.
À l’issue de ses études à l’ENEAM en 2000, il vit dix-huit mois dans un kibboutz en Israël, dans le cadre d’un programme d’échanges offerts aux jeunes Africains pour découvrir la culture et l’économie israélienne. Le centre était proche de la frontière entre le Nigeria et le Bénin, du côté israélien de l’échange – une expérience qu’il décrit comme formatrice sur le plan humain. Il rejoint ensuite la France en 2002, où il intègre l’Université de Lille pour une maîtrise de mathématiques, puis entre à l’École Supérieure de Commerce de Lille, devenue SKEMA Business School, dont il sort en 2005 avec un Master of Science en finance.
De BMW France au financement de projets africains
À la sortie de SKEMA, Bakari entre chez Société Générale à Paris. Il y débute en soutenant les activités de grands groupes automobiles, dont BMW France, sur les questions de financement. Il monte ensuite en compétences sur les montages structurés et prend la tête de la direction du financement structuré export pour l’Afrique au sein du groupe.
À ce poste, il monte des dossiers de financement d’infrastructure parmi les plus complexes du continent : la centrale électrique Azura Edo au Nigeria – centrale à cycle combiné de 450 MW mise en service en 2018 dont il suit le montage financier depuis Paris -, l’évaluation de projets de centrales nucléaires en Afrique du Sud, et le financement du corridor de Nacala au Mozambique, infrastructure ferroviaire et portuaire de 912 kilomètres qui relie les mines de charbon du Malawi et du Mozambique à l’Océan Indien. Ces dossiers, présentés dans son propre récit dans Agence Ecofin, attestent d’une expérience directe dans les financements d’infrastructure africains qui dépasse largement la gestion de portefeuilles classiques.
En juillet 2016, il quitte la Société Générale pour rejoindre le Togo. Le président Faure Gnassingbé le recrute comme conseiller économique avec une mission précise : développer et mettre en œuvre la stratégie d’électrification et de transition énergétique du pays. Le programme togolais de cette période – qui associe solaire décentralisé, mini-réseaux ruraux et accès universel à l’électricité – est reconnu comme l’un des plus ambitieux d’Afrique subsaharienne. Wikipedia Anglais note que cette stratégie « sera reconnue comme l’une des plus ambitieuses du continent ».
Il reste au Togo cinq ans, jusqu’en 2021. Ces années le placent au cœur des négociations entre un gouvernement africain et les bailleurs multilatéraux – Banque mondiale, AFD, IFC – sur les conditions de financement de la transition énergétique. Son réseau, déjà dense depuis Paris, s’enrichit des contacts directs avec les équipes opérationnelles de ces institutions sur le terrain.
Il est, dans ce contexte, proche d’Abdoulaye Bio Tchané, ancien président de la BOAD et figure influente du milieu financier ouest-africain. Dès la campagne présidentielle béninoise de 2016, il soutient Bio Tchané au premier tour, puis Patrice Talon au second. Cette fidélité politique le connecte à la majorité béninoise plusieurs années avant son entrée en fonctions.
MAuto et SPIRO : l’entrepreneur de la mobilité électrique
À son départ du Togo en 2021, Bakari s’engage dans le capital-investissement et l’entrepreneuriat. Il devient associé du fonds ATIF (Africa Transformation and Industrialization Fund), basé à Abu Dhabi, spécialisé dans les projets de transformation industrielle en Afrique. Via ce fonds, il prend la tête de MAuto, startup de distribution de scooters et motos électriques implantée au Bénin et au Togo. La plateforme se développe rapidement – au point d’être identifiée, selon une source citée par Wikipedia Anglais, comme la plus grande plateforme africaine de mobilité électrique après seulement trois mois d’activité.
Le profil GABI du Global Compact de l’ONU lui attribue également le titre de CEO de SPIRO, une autre plateforme d’e-mobilité africaine. Ces deux entités peuvent désigner la même structure à des stades différents de développement ou sous des marques parallèles : la confusion dans les sources suggère une phase de croissance rapide avec des positionnements commerciaux évolutifs.
Ministre conseiller aux investissements, puis aux Affaires étrangères
Le 26 avril 2023, Patrice Talon le nomme ministre conseiller aux investissements – poste stratégique dans la structure présidentielle, directement connecté aux dossiers d’attractivité et de financement du développement. Six semaines plus tard, le 6 juin 2023, il est promu ministre des Affaires étrangères, en remplacement de Paulette Adjovi.
Il prend ce poste sans formation diplomatique classique, ce qu’il assume dans un titre de presse Agence Ecofin au titre évocateur : « Parce que la diplomatie est de plus en plus technique. » Sa vision de la diplomatie béninoise, formalisée sous le concept des « 4D » (Disponibilité, Diaspora, Digital, Développement), entend faire de chaque interaction diplomatique un levier économique concret.
Son mandat aux Affaires étrangères est dominé par les tensions avec le Niger depuis le coup d’État de juillet 2023 et le blocage du pipeline. Il gère également l’expulsion de l’ambassadeur du Bénin à Niamey, convoque la chargée d’affaires nigérienne à Cotonou après des déclarations du général Tiani fin 2024, et tente de maintenir des canaux de dialogue avec les régimes militaires sahéliens tout en assumant publiquement la solidarité du Bénin avec la CEDEAO.
Parmi ses actions documentées : une rencontre bilatérale avec son homologue français à Paris en novembre 2023, les premières consultations politiques Bénin-Serbie en juillet 2025, et une rencontre avec le ministre français Jean-Noël Barrot en juillet 2025.
Le déplacement vers le Tourisme et le Commerce extérieur
Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni le retire des Affaires étrangères – qu’il confie à Corinne Amori Brunet – et le nomme au Tourisme, au Commerce extérieur et à la promotion de l’investissement privé. Ce déplacement n’est pas une sanction : c’est une reconversion vers un périmètre économique qui correspond mieux à son profil de financier et d’investisseur.
Le Bénin Révélé, programme de valorisation du patrimoine touristique lancé sous Talon, a transformé l’offre nationale – route des esclaves, palais royaux d’Abomey, Porto-Novo coloniale, Pendjari – en une ambition de hub touristique régional. Le programme attend un pilote capable de mobiliser l’investissement privé international. Bakari, avec son réseau dans les fonds d’investissement africains et les institutions de financement du développement, est ce profil.
Le Commerce extérieur lui confie par ailleurs la mission de promouvoir les exportations béninoises et d’attirer les investissements industriels. Ses dix-huit ans d’expérience dans le financement structuré de projets en Afrique, ses cinq ans aux côtés de Gnassingbé sur les dossiers d’infrastructure, et ses deux ans dans la mobilité électrique lui donnent les outils pour tenir ce rôle. Il connaît personnellement les interlocuteurs des grandes institutions de développement qui financent les projets béninois.
Ce qui change : il perd la visibilité diplomatique internationale qu’avait le Quai béninois, au profit d’un périmètre économique moins exposé mais plus directement lié à son expertise réelle.












