Corinne Amori Brunet, première femme à la tête de la diplomatie béninoise

Corinne Amori Brunet

Ministre des Affaires étrangères — Bénin — Gouvernement du Bénin

Acteurs / Personnalités Politiques
Métier ou Fonction :
Ministre des Affaires étrangères
Organisation :
Gouvernement du Bénin
Né(e) le :
27 mai 1987
Pays :
Bénin

Corinne Amori Brunet, première femme à la tête de la diplomatie béninoise

Ancienne ambassadrice du Bénin en France, Corinne Amori Brunet devient ministre des Affaires étrangères.

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Corinne Amori Brunet, première femme à la tête de la diplomatie béninoise
Corinne Amori Brunet, première femme à la tête de la diplomatie béninoise PH: DR
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Nommée ministre des Affaires étrangères du Bénin, Corinne Amori Brunet incarne un profil inédit dans la diplomatie béninoise. Franco-Béninoise formée au commerce international, passée par Publicis, Novethic, l’UNESCO et l’ambassade du Bénin en France, elle arrive à la tête d’un ministère stratégique avec une feuille de route tournée vers la diplomatie économique, la diaspora, les institutions multilatérales et le délicat dossier sahélien.

Corinne Amori Brunet est nommée ministre des Affaires étrangères le 24 mai 2026, dans le premier gouvernement du président Romuald Wadagni. Sa nomination marque l’entrée au gouvernement d’un profil venu de la diplomatie récente, du secteur privé et de la diaspora franco-béninoise. Avant de rejoindre l’exécutif, elle s’est fait connaître comme ambassadrice du Bénin en France, un poste stratégique pour les relations politiques, économiques, culturelles et consulaires entre Cotonou et Paris. Elle a présenté ses lettres de créance au président français Emmanuel Macron le 29 février 2024, après sa nomination en juillet 2023.

Son parcours antérieur l’a conduite dans les métiers de la communication, du conseil et de la responsabilité sociale des entreprises. Diplômée de l’INSEEC, elle a notamment évolué dans des environnements internationaux, avec des expériences citées dans l’écosystème de Novethic, Publicis et de réseaux de leadership comme la French-American Foundation.

Aux Affaires étrangères, Corinne Amori Brunet hérite d’un ministère central dans la stratégie d’ouverture du Bénin : diplomatie économique, coopération régionale, valorisation de la diaspora, relations avec l’Europe, positionnement dans les organisations multilatérales et gestion de l’image du pays. Son profil combine une connaissance des réseaux internationaux et une expérience diplomatique acquise sur l’un des postes les plus exposés du pays.

Née en France d’une mère béninoise et d’un père français

Corinne Amori Brunet est née en 1984 – certaines sources indiquent Abidjan, Wikipedia précise qu’elle est née en France – d’une mère béninoise et d’un père français, Jean-Pierre Brunet. Elle grandit et fait toute sa scolarité en France. En 2002, elle obtient son baccalauréat au lycée Aristide-Briand d’Évreux, en Normandie. Ce détail biographique n’est pas anodin : c’est dans cette ville de taille moyenne, loin des cercles parisiens, qu’elle forge ses premières années de formation.

Son nom composite – Amori, d’origine béninoise, accolé à Brunet, patronyme français de son père – dit en deux syllabes la double appartenance qui va structurer toute sa trajectoire : une femme de deux cultures, formée en France, engagée pour le Bénin.

Après son baccalauréat, elle choisit une formation en commerce international et gestion des affaires. Elle obtient une licence en administration et commerce international à l’Université Paris-Est Créteil – grande université publique du Val-de-Marne formant aux métiers de l’administration économique et du commerce – puis un master en gestion des affaires internationales à INSEEC London-Paris, école de management privée avec deux campus, dont elle sort avec une spécialisation en stratégie et développement international.

Ces deux formations lui donnent une double compétence : la rigueur analytique de l’université publique et la culture commerciale internationale de l’école de management. Elles tracent la direction d’une carrière qui ne sera jamais purement technique ni purement politique, mais toujours à l’intersection des deux.

Dix ans entre communication stratégique et finance responsable

Avant d’entrer dans la diplomatie, Corinne Amori Brunet forge pendant plus de dix ans une expertise dans deux domaines complémentaires.

Elle commence par le groupe Publicis – l’un des quatre plus grands groupes de communication et de publicité au monde – où elle exerce comme Global Sustainability Manager, responsable de la stratégie de développement durable à l’échelle mondiale du groupe. Ce poste, à la frontière entre communication et transformation des organisations, lui permet d’appréhender les enjeux de gouvernance et de responsabilité d’entreprise dans un groupe international.

Elle rejoint ensuite Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations française – l’établissement financier public qui gère les fonds d’épargne nationaux français et finance le développement à long terme. Novethic est le centre de recherche et d’expertise de la Caisse des Dépôts sur la finance responsable et l’investissement à impact positif. De 2017 à 2022, elle en dirige la Stratégie et le Développement, avec un focus particulier sur l’accélération de filières, d’entreprises et de projets à impact positif en Afrique de l’Ouest. Ce poste la place au cœur du réseau des grandes institutions financières publiques françaises et des acteurs de la finance responsable – réseaux directement utiles dans un rôle diplomatique orienté vers la mobilisation des investissements.

En 2021, Corinne Amori Brunet est sélectionnée comme lauréate du programme Young Leaders de la French-American Foundation – organisation créée en 1976 pour renforcer les liens entre les États-Unis et la France. Ce programme, qui distingue chaque année des personnalités à fort potentiel des deux pays, l’intègre dans un réseau transatlantique d’influence comprenant des responsables politiques, des dirigeants économiques et des intellectuels des deux côtés de l’Atlantique. Elle est l’une des sept Béninois lauréats de ce programme, distinguée pour ses travaux sur l’état de droit, le développement durable et le développement économique.

Elle figure également dans le réseau de l’Institut Aspen France, structure de réflexion sur les grands enjeux géopolitiques et économiques mondiaux. Ces deux affiliations construisent un capital de réseaux transatlantiques que peu de diplomates africains possèdent à son niveau.

12 juillet 2023 : première femme ambassadrice du Bénin en France

Le 12 juillet 2023, le président Patrice Talon la nomme ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire du Bénin en France – et déléguée permanente auprès de l’UNESCO. Elle succède à Eusèbe Agbangla. Première femme et plus jeune personnalité à occuper ce poste à Paris, elle entre dans l’histoire diplomatique du Bénin par une double première.

Elle remet ses lettres de créance au président Emmanuel Macron lors d’une cérémonie à l’Élysée le 29 février 2024. Son mandat parisien est rapidement élargi par accréditation multiple : elle exerce également comme ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire du Bénin auprès de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce et de l’OCDE, dont le siège est à Paris. Certaines sources mentionnent également l’Allemagne et la Belgique dans son périmètre d’accréditation.

En moins de deux ans à Paris, elle imprime un style reconnaissable : une diplomatie proactive tournée vers les investisseurs, la diaspora et le rayonnement culturel. Dans un entretien accordé à Roots Magazine en octobre 2024, elle formule ainsi sa vision : « Notre vision est claire : un Bénin innovant, économiquement dynamique et culturellement puissant. Nous œuvrons pour que le pays devienne un hub d’investissements dans des secteurs stratégiques comme la transformation des productions agricoles, le textile, le numérique, la santé et la culture. »

Sur la diaspora, elle développe une conception active : « La diaspora béninoise est un formidable vecteur de rayonnement. Chaque Béninois vivant à l’étranger est un ambassadeur de notre culture et du potentiel de notre nation, porteur d’un pouvoir de transformation. »

24 mai 2026 : du Quai d’Orsay parisien au ministère de Cotonou

Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni la nomme ministre des Affaires étrangères du Bénin, en remplacement d’Olushegun Adjadi Bakari transféré au Tourisme. Elle prend officiellement ses fonctions le 26 mai lors de la passation de charges avec Bakari, en présence des ambassadeurs du Bénin accrédités dans les différents pays. Dans son allocution inaugurale, elle structure son mandat autour de trois axes : renforcer la présence du Bénin dans les institutions multilatérales, approfondir les relations bilatérales et moderniser les services consulaires. Elle présente le ministère comme « un outil au service de l’ensemble des ministères sectoriels » – formulation qui place la diplomatie économique comme priorité transversale.

Elle hérite d’un portefeuille marqué par les tensions avec les trois pays de l’Alliance des États du Sahel – Mali, Burkina Faso, Niger – dont les relations avec Cotonou restent fragilisées par la crise ouverte depuis juillet 2023. La frontière nigérienne reste fermée. La coopération sécuritaire au nord du Bénin, interrompue depuis les coups d’État, conditionne en partie la capacité de l’armée béninoise à contenir les incursions de groupes armés.

Son profil dépolitisé – elle n’appartient à aucun parti, elle n’a pas de passif dans les tensions avec les juntes sahéliennes – est un atout pour engager des discussions que les acteurs plus identifiés politiquement ne pourraient mener aussi librement. Sa connaissance de l’OCDE, des institutions européennes et du réseau Young Leaders lui donne également des canaux d’accès aux chancelleries occidentales pour gérer la dimension multilatérale d’une crise qui dépasse les seules frontières de l’Afrique de l’Ouest.

Le Bénin assure également le suivi du retour de ses trésors culturels – 26 pièces rapatriées de France en 2021 – et mène des négociations parallèles avec d’autres pays européens. Amori Brunet connaît le réseau culturel français et les institutions patrimoniales parisiennes depuis ses années Novethic et UNESCO. Ce dossier, symboliquement central dans le positionnement international du Bénin, relève directement de son ministère.

Un profil inédit dans la diplomatie béninoise

Corinne Amori Brunet est la première femme cheffe de la diplomatie béninoise. Elle est également, à 41 ans, l’une des plus jeunes à occuper ce poste dans un pays d’Afrique de l’Ouest. Son parcours – école normande, université parisienne, Publicis, Novethic, UNESCO, programme transatlantique – ne ressemble à aucun de ses prédécesseurs. Elle arrive aux Affaires étrangères sans formation diplomatique classique, sans passage par le corps des ambassadeurs de carrière, sans ancrage politique dans les partis béninois.

Ce profil atypique est précisément ce que Wadagni cherche : une diplomate capable de parler finance durable à la Banque mondiale, culture à l’UNESCO, technologie aux entrepreneurs de la Silicon Valley et sécurité aux juntes sahéliennes – tout en portant un passeport franco-béninois qui lui donne une mobilité culturelle rare dans le paysage diplomatique africain.

FIL D'ACTU
17:18 Tabaski 2026: le message de Romuald Wadagni à la communauté musulmane