Diplomatie béninoise : Corinne Amori Brunet fixe trois priorités dès sa prise de fonction
Corinne Amori Brunet a officiellement pris fonction à la tête du ministère des Affaires étrangères, avec une feuille de route centrée sur la diplomatie économique, le renforcement de la présence du Bénin dans les institutions multilatérales et la modernisation des services consulaires. Ancienne ambassadrice à Paris, elle hérite d’un portefeuille stratégique, marqué notamment par le dossier sahélien, la relation avec la CEDEAO et la nécessité de diversifier les partenariats internationaux du Bénin.

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Corinne Amori Brunet a officiellement pris ses fonctions de ministre des Affaires étrangères mardi 26 mai au siège du ministère à Cotonou, en présence des ambassadeurs du Bénin accrédités dans les différents pays, des membres de l’administration publique et des personnels du département. Son prédécesseur Olushegun Adjadi Bakari, transféré au ministère du Tourisme et du Commerce extérieur dans le même gouvernement, lui a passé la main. Dans son allocution inaugurale, Amori Brunet a structuré son mandat autour de trois axes : renforcer la présence du Bénin dans les institutions multilatérales, approfondir les relations bilatérales et poursuivre la modernisation des services consulaires.
La nouvelle ministre a insisté sur la vocation transversale du ministère des Affaires étrangères, qu’elle a présenté comme « un outil au service de l’ensemble des ministères sectoriels ». Elle a placé la diplomatie économique au cœur de ses priorités, ainsi que la valorisation de la diaspora béninoise, citant la modernisation des consulats, engagée sous la présidence Talon, avec notamment le lancement du service ePass de renouvellement dématérialisé des passeports, comme un acquis à consolider.
Adjadi Bakari, qui avait dirigé le ministère pendant les trois dernières années, a été salué pour l’ouverture de partenariats vers de nouvelles régions et continents et le renforcement de la mobilité internationale, avant de se voir attribuer le portefeuille du Tourisme dans le même gouvernement.
Un profil issu du secteur privé et de la finance durable
Née en 1984 en France d’une mère béninoise et d’un père français, Jean-Pierre Brunet, Corinne Amori Brunet a grandi et étudié en France. Elle est titulaire d’une licence en administration et commerce international de l’Université Paris-Est Créteil et d’un master en gestion des affaires internationales de l’INSEEC London-Paris. Avant d’entrer dans la diplomatie, elle a consacré plus de dix ans au secteur de la finance durable et des médias, notamment comme directrice Stratégie et Développement de Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts France spécialisée dans la finance responsable et l’investissement à impact positif, de 2017 à 2022. Elle figure parmi les sept lauréats béninois du programme Young Leaders de la French-American Foundation en 2021, distinguée pour ses travaux sur l’état de droit, le développement durable et le développement économique.
Le 12 juillet 2023, elle avait été nommée ambassadrice du Bénin en France par le président Talon, devenant la première femme et la plus jeune personnalité à occuper ce poste à Paris. Elle avait remis ses lettres de créance au président Macron le 29 février 2024 à l’Élysée. Elle avait également exercé les fonctions d’ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire du Bénin auprès de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce et de l’OCDE, par accréditation multiple depuis Paris.
La ministre hérite d’un ministère au carrefour des dossiers les plus sensibles de la politique étrangère béninoise. Les relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), Burkina Faso, Mali, Niger, restent fragilisées par la fermeture de la frontière nigérienne, les accusations croisées sur les infiltrations terroristes et les tensions liées au pipeline Niger-Bénin. La réception, le 26 mai à la présidence, du président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, par le président Wadagni, signale que la normalisation avec l’AES et la relation Bénin-CEDEAO figureront parmi les priorités immédiates du nouveau pouvoir.
Sa double culture franco-béninoise, son expérience à Paris et ses réseaux dans les institutions financières internationales (OCDE, partenaires européens) sont présentés par plusieurs analystes comme des atouts potentiels pour la conduite d’une diplomatie économique proactive, dans un contexte où le Bénin cherche à maintenir et diversifier ses soutiens financiers extérieurs alors que le pays est sans programme FMI actif depuis 2024.


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