ONU : conflits, réfugiés soudanais, libertés restreintes… l’Afrique centrale sous pression
Le Conseil de sécurité de l’ONU s’inquiète de la dégradation des droits civils et politiques en Afrique centrale, sur fond de conflits armés persistants et de pression humanitaire liée à la guerre au Soudan. Présentant le rapport semestriel de l’UNOCA, Martha Pobee a alerté sur l’afflux massif de réfugiés au Tchad, les violences dans le bassin du lac Tchad et le rétrécissement de l’espace civique dans plusieurs pays de la sous-région.

SOMMAIRE

La Sous-Secrétaire générale de l’ONU pour l’Afrique, Martha Pobee, a présenté mardi 9 juin au Conseil de sécurité le rapport semestriel de l’UNOCA sur l’Afrique centrale, dressant un bilan contrasté d’une sous-région marquée par la persistance des conflits armés, l’afflux massif de réfugiés soudanais au Tchad et un rétrécissement des espaces politiques dans plusieurs États membres.
Venue présenter le 30e rapport du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale, Mme Pobee a reconnu des « étapes importantes » franchies par la région dans les processus électoraux et les réformes institutionnelles. Elle a toutefois formulé une mise en garde directe sur les restrictions croissantes aux droits civils et politiques, qualifiant la tendance de « préoccupante dans plusieurs parties de l’Afrique centrale ».
Le conflit au Soudan, entré dans sa quatrième année, domine l’état des lieux présenté à New York. Plus de 900 000 réfugiés soudanais ont franchi la frontière orientale du Tchad, auxquels s’ajoutent 300 000 Tchadiens rentrés au pays. Selon Mme Pobee, les conséquences de cet afflux sur la cohésion sociale dans l’est du Tchad et sur la situation humanitaire ne « sauraient être surestimées ».
Des incursions transfrontalières répétées et des frappes de drones contre des positions militaires tchadiennes ont également été signalées, alimentant les craintes d’un élargissement du conflit soudanais à l’ensemble de la sous-région.
La pression sécuritaire au lac Tchad
Autour du bassin du lac Tchad, les violences perpétrées par les groupes issus de la nébuleuse Boko Haram se poursuivent contre les populations civiles au Cameroun et au Tchad, selon le rapport. Les armées de la région ont maintenu un dispositif suffisant pour éviter un effondrement sécuritaire, mais n’ont pas réussi à démanteler l’insurrection, les factions armées se recomposant en exploitant les zones de faible présence étatique.
Mme Pobee a pris acte des engagements exprimés par les présidents Mahamat Idriss Déby Itno du Tchad et Bola Tinubu du Nigeria en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée. Elle a néanmoins rappelé devant le Conseil qu’une réponse purement militaire ne suffirait pas à traiter les causes profondes de l’instabilité. Les Nations Unies ont appelé les banques multilatérales de développement à financer les programmes de stabilisation, de relèvement et de résilience transfrontaliers dans le bassin du lac Tchad, qui restent largement sous-financés.
La crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, déclenchée en 2016, a également été mentionnée dans le rapport, l’ONU appelant la communauté internationale à renforcer l’appui aux efforts nationaux de règlement pacifique.
Le recul des libertés politiques, dossier par dossier
Le rapport note un rétrécissement de l’espace civique dans au moins quatre États. Au Tchad, les condamnations prononcées contre des figures de l’opposition ont ravivé les tensions politiques. Au Cameroun, l’opposition conteste des prolongations de mandats de responsables élus et certaines réformes institutionnelles. Au Gabon, des restrictions d’accès aux réseaux sociaux, une loi controversée sur la nationalité et la détention de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Billie-By-Nze font l’objet de critiques. En République du Congo, l’opposition a continué de dénoncer les conditions de l’élection présidentielle de mars dernier.
La CEEAC (Communauté économique des États d’Afrique centrale), longtemps critiquée pour son manque d’efficacité, a été présentée par l’ONU comme un facteur d’espoir relatif. La nomination d’une nouvelle équipe dirigeante et l’élaboration d’un plan stratégique couvrant la période 2026-2030 ont été saluées, tout comme son plan ambitieux sur les drogues pour les cinq prochaines années. La France a de son côté souligné la coopération en matière climatique, tout en notant la nécessité de mettre en place des mécanismes d’alerte et de résilience communautaire.
L’épidémie d’Ebola en cours dans l’est de la République démocratique du Congo figure parmi les préoccupations sanitaires recensées dans le rapport. La RDC, membre non permanent du Conseil de sécurité depuis le 1er janvier 2026 pour un mandat de deux ans, est à la fois partie prenante aux délibérations et sujet central de plusieurs dossiers régionaux.
La prochaine présentation semestrielle du rapport UNOCA est prévue pour décembre 2026.


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