Nigeria : plusieurs captifs exécutés par Boko Haram après une tentative de fuite à Ngoshe
Une faction de Boko Haram aurait exécuté plusieurs captifs ayant tenté de fuir un campement à Ngoshe, dans l’État de Borno, où des centaines de civils sont retenus depuis mars. Cette nouvelle escalade intervient alors que des médiations locales tentent toujours d’obtenir la libération des otages, principalement des femmes et des enfants, sur fond d’ultimatum financier lancé par les ravisseurs.

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Une faction du groupe jihadiste Boko Haram connue sous le sigle JAS, pour Jama’atu Ahlis-Sunna Lidda’Awati Wal-Jihad, a exécuté mardi soir 13 mai 2026 plusieurs captifs qui avaient tenté de s’échapper d’un campement retranché dans la communauté de Ngoshe, dans la zone gouvernementale locale (LGA) de Gwoza, État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, selon SaharaReporters, citant des sources proches des victimes. La Borno South Youth Alliance (BOSYA), organisation de la société civile qui agit depuis mars comme médiateur humanitaire dans l’affaire, a indiqué à Punch avoir reçu la veille un enregistrement vidéo montrant l’exécution de quatre à cinq hommes capturés après leur tentative de fuite.
Selon les informations concordantes de SaharaReporters, Punch et BOSYA, les exécutions ont été conduites en présence des autres captifs — dont des femmes et des enfants — dans ce qui est décrit comme une mesure d’intimidation délibérée pour dissuader de nouvelles tentatives de fuite. Des enfants armés figureraient parmi les membres du groupe ayant encerclé les victimes, selon SaharaReporters. Le groupe JAS est identifié dans ses communications comme étant sous la direction d’un imam désigné par l’appellation « Abu Umaimatul Muhajjir » dans les vidéos d’avril 2026.
Une crise d’otages ouverte depuis l’attaque du 4 mars 2026
Les 416 captifs — principalement des femmes et des enfants, avec un nombre limité d’hommes — sont détenus depuis l’attaque lancée par JAS le 4 mars 2026 sur la communauté de Ngoshe et ses environs dans la LGA de Gwoza, région montagneuse du sud de l’État de Borno à la frontière avec le Cameroun. Lors de cette attaque, les insurgés avaient aussi ciblé des positions militaires et des sites de déplacés internes en tuant des soldats et des civils et incendiant des véhicules.
Le 10 avril 2026, JAS avait publié une vidéo de six minutes et quarante-trois secondes présentée comme une « preuve de vie », dans laquelle les victimes témoignaient être nourries et en bonne santé. Une femme s’exprimant au nom du groupe avait appelé le président Bola Tinubu, le vice-président Kashim Shettima, le gouverneur de l’État de Borno Babagana Umara Zulum et le sénateur Ali Ndume à intervenir pour leur libération, selon le Guardian Nigeria et Punch.
Le 19 avril, JAS avait émis un ultimatum de 72 heures au gouvernement nigérian et à BOSYA, exigeant le versement d’une rançon de 5 milliards de nairas (environ 3 millions de dollars au taux de mai 2026) pour la libération des captifs, et menaçant de les disperser dans des sites inconnus si les demandes n’étaient pas satisfaites. La Borno South Youth Alliance avait rendu public cet ultimatum en appelant à l’intervention du président Tinubu, du conseiller à la sécurité nationale Nuhu Ribadu, de Zulum, du groupe Dangote et d’autres grandes fortunes du nord du Nigeria. Le gouvernement fédéral et le gouvernement de l’État de Borno n’auraient pas répondu à ces appels, selon les déclarations publiques répétées du président de BOSYA, Samaila Ibrahim Kaigama.
Des tentatives de libération partielles et des captifs dispersés
Le 22 avril, 12 personnes avaient rejoint une localité voisine après avoir quitté un campement des insurgés. BOSYA avait confirmé leur mise en sécurité, sans en préciser les noms ni la localisation exacte « pour des raisons de sécurité ». Une source citée par Vanguard avait indiqué que cette fuite avait été facilitée par une opération militaire ayant contraint les insurgés à se replier et à abandonner un groupe de captifs.
Le 5 mai, JAS avait accepté — à l’issue des négociations conduites par BOSYA — de libérer 50 femmes et enfants sur les 416 détenus, mais avait averti que les captifs avaient entre-temps été dispersés dans plusieurs sites éloignés, compliquant l’exécution de cet accord, selon SaharaReporters. Des sources citées par le même média signalaient par ailleurs que des enfants étaient décédés en captivité des suites de maladie, de malnutrition ou de manque de soins médicaux, leurs corps ayant été inhumés par les insurgés à l’intérieur des campements.
Le groupe JAS se distingue au sein de la nébuleuse jihadiste du nord-est nigérian de l’ISWAP (Islamic State West Africa Province), faction qui avait fait sécession de Boko Haram en 2016 et prête allégeance à l’État islamique. Actif principalement dans les monts Mandara, dans la région de Gwoza et le long de la frontière camerounaise, JAS a revendiqué des enlèvements, des attaques sur des villages et des positions militaires dans le sud de l’État de Borno depuis plusieurs années. La communauté de Ngoshe et la LGA de Gwoza ont été le théâtre d’attaques répétées depuis la brève proclamation d’un « califat » par Boko Haram à Gwoza en août 2014. La communauté de Ngoshe est située dans les monts Mandara, à environ 130 kilomètres à l’est de Maiduguri, capitale de l’État de Borno.
L’armée nigériane et BOSYA n’avaient pas communiqué sur l’état des 416 captifs ni sur une éventuelle opération de secours à la date de publication du présent article. Le nombre de victimes encore détenues après les libérations partielles d’avril et mai n’a pas été confirmé de manière indépendante.


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