Sommet avec Trump : Xi Jinping évoque un risque de guerre autour de Taïwan
Xi Jinping a averti Donald Trump que la question de Taïwan restait le principal point de friction entre Pékin et Washington, au premier jour de leur sommet bilatéral en Chine. Si les deux dirigeants ont affiché leur volonté de stabiliser la relation sino-américaine, les discussions restent dominées par les tensions autour de Taïwan, du commerce, des terres rares, du pétrole et du détroit d’Ormuz.

SOMMAIRE

Le président chinois Xi Jinping a averti son homologue américain Donald Trump, lors du premier jour de leur sommet bilatéral à la Grande Salle du Peuple de Pékin jeudi 14 mai 2026, que les États-Unis et la Chine « connaîtront des chocs et même des conflits » si la question de Taïwan n’est pas gérée correctement, selon l’agence de presse officielle Xinhua. Xi a qualifié Taïwan de « question la plus importante dans les relations sino-américaines » et reformulé la position de Pékin sous la forme d’un avertissement directement adressé à Trump : « Gérez-la bien et la relation tient ; gérez-la mal et les deux pays risquent une collision ou un conflit », selon la restitution de CNBC citant le communiqué officiel chinois. Trump n’a pas répondu aux journalistes sur Taïwan en présence de Xi. Le communiqué américain diffusé par la Maison-Blanche, qui décrit la réunion comme « bonne » et centrée sur la coopération économique, ne mentionne pas Taïwan.
Ce sommet de deux jours — qui se poursuit vendredi 15 mai — est la première visite d’un président américain en Chine depuis le voyage de Trump lui-même en 2017. Il fait suite à une rencontre entre les deux dirigeants lors du sommet de l’APEC à Busan, en Corée du Sud, en octobre 2025, qui avait conduit à une trêve commerciale. Les entretiens de jeudi après-midi ont duré environ deux heures et quinze minutes à huis clos. Le soir, Trump a participé à un banquet d’État organisé par Xi, lors duquel il a annoncé l’invitation de son homologue à la Maison-Blanche le 24 septembre 2026.
Dans ses remarques d’ouverture, Xi a posé la question rhétorique de savoir si les États-Unis et la Chine pouvaient éviter le « piège de Thucydide » — formule empruntée à l’historien de Harvard Graham Allison, qui désigne le risque de conflit entre une puissance dominante et une puissance montante — et si les deux pays pouvaient relever ensemble les grands défis de la stabilité mondiale. Le communiqué officiel anglais de Pékin indique que les deux dirigeants ont convenu de développer « une relation sino-américaine constructive de stabilité stratégique », formulée comme cadre directeur « pour les trois prochaines années et au-delà ».
Xi a également déclaré que « des relations bilatérales globalement stables sont bonnes pour le monde » et que les deux pays « doivent être des partenaires, et non des rivaux ». Trump a pour sa part qualifié Xi d’« ami » et de « grand dirigeant », affirmant que les deux hommes ont « toujours su régler leurs désaccords » et évoqué un « avenir fabuleux » pour la relation bilatérale.
Ormuz, pétrole et terres rares en arrière-plan commercial
Le communiqué américain signale deux avancées concrètes issues des discussions de jeudi : les deux parties ont convenu que le détroit d’Ormuz doit « rester ouvert et exempt de péages » — accord significatif au moment où le conflit entre les États-Unis et l’Iran a perturbé le transit dans ce passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Xi a par ailleurs exprimé l’intérêt de la Chine à acheter davantage de pétrole américain pour réduire sa dépendance aux approvisionnements transitant par Ormuz, selon un responsable de la Maison-Blanche cité par CNBC.
L’agenda commercial du sommet porte sur plusieurs dossiers structurels non résolus. Washington pousse Pékin à augmenter ses achats de produits agricoles américains — soja, viande bovine — ainsi que d’avions Boeing et à rouvrir les licences d’exportation de terres rares et de minéraux critiques que Pékin avait restreintes en représailles aux tarifs « Liberation Day » imposés par Trump en avril 2025. Ces tarifs avaient brièvement porté les droits de douane sur les produits chinois à plus de 140 % avant qu’une désescalade partielle ne soit négociée dans les mois suivants. Beijing attend en contrepartie un assouplissement des restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs avancés et de matériaux de gravure pour puces, domaine dans lequel les États-Unis maintiennent des contrôles draconiens depuis 2023.
La trêve commerciale de Busan, conclue en octobre 2025, expire à l’automne 2026. Selon les analystes du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), du Council on Foreign Relations (CFR) et de Chatham House, cités par CNBC et Tech Times, l’issue la plus probable du sommet est un ensemble limité d’accords : extension formelle de la trêve de Busan, engagements d’achat sur le soja et éventuellement Boeing, assouplissement partiel des contrôles sur les terres rares et création de nouveaux groupes de travail bilatéraux sur le commerce et la gouvernance de l’intelligence artificielle. Scott Kennedy (CSIS) a souligné que « la Chine aborde cette réunion avec bien plus de confiance qu’en 2017 », rappelant que Pékin avait su neutraliser une bonne partie des initiatives tarifaires de Trump en menaçant en avril et octobre 2025 de restreindre ses exportations de terres rares — et que Trump avait à chaque fois reculé.
Taïwan, un sujet que la Maison-Blanche élude
La composition de la délégation américaine est sans précédent dans sa dimension économique. Aux côtés des membres du gouvernement — Scott Bessent (Trésor), Marco Rubio (Affaires étrangères), Pete Hegseth (Défense), Jamieson Greer (Représentant commercial), David Perdue (Ambassadeur en Chine) — Trump a emmené une douzaine de dirigeants d’entreprises américaines, dont Elon Musk (Tesla), Tim Cook (Apple), Jensen Huang (Nvidia), Larry Fink (BlackRock) et Kelly Ortberg (Boeing). Ces PDG ont rencontré Xi Jinping séparément à la Grande Salle du Peuple. Xi leur a déclaré que « la porte de la Chine ne s’ouvrirait qu’encore plus grand » et que les entreprises américaines auraient « de plus larges perspectives » dans le pays. À l’issue de la rencontre, Musk a indiqué aux journalistes que « de nombreuses bonnes choses » avaient été accomplies, Cook a fait un signe de paix et un pouce levé.
La divergence entre les communiqués américain et chinois sur Taïwan est elle-même un signal politique. Pékin publie une mise en garde explicite sur le risque de conflit et inscrit Taïwan en tête de son ordre du jour ; Washington publie un texte axé sur la coopération économique et le détroit d’Ormuz, sans mentionner l’île. Plusieurs analystes ont observé que le « style de parole tangentiel » de Trump, qu’il a lui-même qualifié de « weave », pourrait conduire à un commentaire impromptu que Pékin serait en position d’utiliser à son avantage — notamment sur la distinction entre « ne pas soutenir » l’indépendance formelle de Taïwan (position américaine de longue date) et « s’y opposer » (position que Pékin cherche à obtenir). Un responsable taïwanais senior avait déclaré à Bloomberg avant le sommet que son pays craignait avant tout d’être « mis au menu » des discussions entre Xi et Trump.
Xi a également réaffirmé que « l’indépendance de Taïwan et la paix dans le détroit de Taïwan sont aussi incompatibles que le feu et l’eau » — formule canonique de la position de Pékin. Les gouvernements de Taipei, Tokyo et Séoul suivent les conclusions du sommet avec attention, selon CNBC.
La guerre en Iran comme toile de fond
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran constitue l’arrière-plan géopolitique du sommet. La Chine est de loin le principal acheteur de pétrole iranien — elle absorbe plus de 80 % des exportations pétrolières maritimes de Téhéran, selon Al Jazeera —, ce qui donne à Pékin un levier indirect sur Téhéran que Washington cherche à mobiliser. Pékin a, selon le Globe and Mail, appuyé les pourparlers de paix israélo-américains conduits par le Pakistan, tout en signalant par les médias d’État que le conflit est de la responsabilité de Trump. Wang Yi avait reçu le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à Pékin la semaine précédant le sommet — rencontre au cours de laquelle Téhéran a indiqué « faire confiance à la Chine » pour jouer un rôle actif, selon Xinhua.
Les discussions entre Trump et Xi se poursuivent vendredi 15 mai. Aucun communiqué conjoint ni accord formel n’était annoncé à la clôture de la première journée.


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