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Crash d’EgyptAir en 2016 : le parquet requiert un non-lieu

Le parquet de Paris a requis un non-lieu général dans l’enquête sur le crash du vol EgyptAir MS804, survenu en mai 2016 en Méditerranée et qui avait fait 66 morts. Selon le réquisitoire, l’accident serait lié à une erreur de manipulation du copilote ayant provoqué une fuite d’oxygène et un incendie dans le cockpit, une conclusion vivement contestée par les familles qui réclament la mise en examen d’EgyptAir.

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Le parquet de Paris a requis un non-lieu général dans le dossier judiciaire ouvert à la suite du crash du vol EgyptAir MS804 en Méditerranée en mai 2016, a appris jeudi 14 mai 2026 Franceinfo d’une source proche du dossier, confirmant une information de l’Agence France-Presse. Le réquisitoire définitif, daté du 7 avril 2026 et dont l’AFP a eu connaissance, conclut que l’accident résulte d’une erreur de manipulation imputée au copilote, décédé dans le crash, ce qui rend impossible toute mise en cause pénale. Les juges d’instruction en charge du dossier avaient informé les parties civiles de la clôture de leur enquête en avril 2026, neuf ans après l’ouverture de la procédure. Ils doivent désormais décider s’ils prononcent un non-lieu conforme aux réquisitions ou s’ils font droit aux demandes d’investigations complémentaires formulées par les familles.

L’avion, un Airbus A320 d’EgyptAir assurant la liaison Paris Charles-de-Gaulle – Le Caire, avait disparu des radars dans la nuit du 18 au 19 mai 2016 vers 2h45, alors qu’il évoluait à 37 000 pieds d’altitude et venait d’entrer dans l’espace aérien égyptien, à 48 à 64 kilomètres de la côte nord de l’Égypte, entre la Crète et Alexandrie. Les 66 personnes à bord — 56 passagers dont 3 enfants, et 10 membres d’équipage — ont toutes péri. Les victimes étaient ressortissantes de 13 pays, dont 40 Égyptiens et 15 Français. La justice française avait ouvert une enquête pour homicide involontaire le 27 juin 2016, sa compétence étant fondée sur la nationalité française d’une partie des victimes.

Une fuite d’oxygène et une source de chaleur non identifiée

Dans son réquisitoire, le parquet de Paris retient que l’accident résulte d’une fuite d’oxygène provenant du boîtier de rangement du masque à oxygène du copilote, causée par « l’engagement intempestif » d’un bouton « test d’urgence » par ce dernier. Cette fuite a « rencontré une source de chaleur inconnue présente dans le cockpit », déclenchant un incendie violent et brutal qui n’a laissé aucune chance à l’équipage ni aux passagers. Le parquet précise que l’incident s’est produit « dans un contexte de fond musical et d’une attitude de l’équipage considérée comme trop peu professionnelle par les différents experts et témoins » ayant eu accès à l’enregistreur de conversations du poste de pilotage. Il souligne également qu’« en l’absence de tout signe de présence humaine dans le poste de pilotage après l’annonce du feu et la demande d’un extincteur, il appert que l’équipage n’était plus en capacité de reprendre le contrôle de l’avion jusqu’à son impact en mer ».

L’hypothèse d’une cigarette laissée allumée dans le cockpit est évoquée dans l’enquête comme source de chaleur possible, mais le parquet reconnaît implicitement qu’elle ne peut être établie avec certitude.

Parce que l’équipage — seul mis en cause dans ce scénario — a péri dans le crash, le parquet conclut qu’« un non-lieu général sera requis », aucune personne physique survivante ne pouvant être renvoyée en jugement.

Les familles réclament la mise en examen d’EgyptAir

Les associations de familles de victimes ont vivement réagi. « La justice française n’est pas crédible dans ce dossier et semble faire obstacle à la vérité », ont-elles déclaré dans un communiqué diffusé à l’occasion du dixième anniversaire de la catastrophe le 19 mai dernier. « Les familles de victimes sont indignées par le manque de sérieux de cette enquête et demandent la mise en examen d’EgyptAir pour des manquements à ses obligations de maintenance », ont-elles ajouté.

Sébastien Busy, avocat de la Fenvac (Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs), principale association regroupant des familles de victimes du vol MS804, a contesté la thèse du parquet sur la source de chaleur : « On ne peut pas se contenter d’expliquer qu’une cigarette, qui continuerait de se consumer peut-être à l’insu de tout le monde en pensant qu’elle a été bien éteinte, aurait provoqué l’incendie. Si l’on veut aller au bout des investigations et comprendre ce qu’il s’est passé, on remet tout à plat et on recommence les investigations techniques. » Il a évoqué « un sentiment d’inachevé » face à cette conclusion.

La demande de mise en examen d’EgyptAir s’appuie sur un rapport d’expertise judiciaire remis en juin 2018, révélé par Le Parisien en avril 2019, qui avait établi que l’Airbus A320 présentait des défauts de maintenance sur les cinq vols précédant le MS804 — une vingtaine d’alertes concernant des disjoncteurs électriques, une valve moteur et le système de pressurisation — et concluait que l’appareil n’aurait pas dû décoller de Paris. La compagnie égyptienne n’a jamais été mise en examen dans ce dossier.

Neuf ans d’enquête marqués par des tensions franco-égyptiennes

La procédure judiciaire française a été marquée tout au long de son déroulement par les difficultés de coopération avec les autorités égyptiennes. L’Égypte a conduit sa propre enquête technique parallèle, dont les conclusions ont parfois divergé de celles du Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA) français. Dans un communiqué de juillet 2018, le BEA avait retenu l’hypothèse d’un incendie dans le cockpit comme cause probable, sans en préciser l’origine exacte, à la suite de l’analyse des deux boîtes noires récupérées en mer Méditerranée au cours de l’été 2016. Le rapatriement des dépouilles des victimes françaises avait lui-même pris plus de sept mois, les corps n’étant arrivés à Paris-Roissy que le 17 janvier 2017.

Les juges d’instruction saisis du dossier disposent désormais du réquisitoire définitif du parquet. Ils peuvent le suivre et ordonner un non-lieu, ou décider de poursuivre les investigations à la demande des parties civiles, notamment en ordonnant une expertise complémentaire ou en envisageant une mise en examen d’EgyptAir. Aucune date d’audience n’a été fixée publiquement à ce stade.

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