Le boom des biocarburants pourrait exiger 36 millions d’hectares de plus
La production mondiale de biocarburants devrait progresser de 68 % d’ici 2030. Cette réponse au choc pétrolier pourrait mobiliser une surface agricole supplémentaire équivalente à l’Allemagne et accentuer la concurrence avec les cultures alimentaires.

La production mondiale de biocarburants devrait bondir de 68 % entre 2025 et 2030. Si les nouveaux objectifs annoncés sont appliqués, 36 millions d’hectares supplémentaires pourraient être mobilisés, avec des risques accrus pour les prix alimentaires et les forêts.
Cette accélération répond au choc sur l’approvisionnement pétrolier provoqué par la guerre entre les États-Unis et l’Iran et les perturbations dans le détroit d’Ormuz. Le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, les États-Unis, la Chine et l’Union européenne ont renforcé ou envisagent de renforcer leurs obligations d’incorporation. Depuis le début du conflit, le pétrole brut a gagné près de 40 %, tandis que le sucre et le maïs ont progressé d’environ 20 %.
L’étude de Chatham House, conduite avec le Forest Stewardship Council, estime que 32 millions d’hectares servaient déjà à produire les matières premières des biocarburants en 2023. Les mandats élargis pourraient porter l’empreinte totale autour de 68 millions d’hectares en 2030. Les auteurs précisent que les 36 millions d’hectares supplémentaires représentent une pression potentielle sur les terres agricoles, et non la prévision d’un défrichement équivalent.
La concurrence avec l’alimentation est déjà visible. Environ 40 % de la demande américaine de maïs provient de la production d’éthanol, tandis que l’Inde a affecté 5,2 millions de tonnes de riz supplémentaires à ce carburant. Cette tension s’ajoute aux risques agricoles liés à l’intensification d’El Niño en Asie.
Le rapport recommande de réserver davantage les biocarburants aux secteurs difficiles à électrifier et de privilégier les déchets, résidus et carburants avancés plutôt que les cultures alimentaires. Il appelle aussi à renforcer les limites d’usage des terres, la traçabilité des filières et les protections contre la déforestation.



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