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Désormais, appelez-moi Kodjovi Claudy Siar, de la famille Zossoungbo

Ce 22 mai 2026, Claudy Siar a vécu à Ouidah un moment hautement symbolique en découvrant officiellement ses racines béninoises au sein de la lignée Zossoungbo. À travers une cérémonie mêlant mémoire, spiritualité vodoun et reconnaissance nationale, l’ex animateur guadeloupéen de RFI s’inscrit dans le mouvement de retour des afro-descendants encouragé par la nouvelle loi béninoise sur la nationalité.

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Désormais, appelez-moi Kodjovi Claudy Siar, de la famille Zossoungbo
Désormais, appelez-moi Kodjovi Claudy Siar, de la famille Zossoungbo
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Il a franchi le seuil en sens inverse. Ce matin-là, à Ouidah, Claudy Siar a posé les pieds là où des millions d’hommes et de femmes ont posé les leurs pour la dernière fois. La Porte du Non Retour, ce monument de béton et de bronze inauguré en 1995 sur la plage au bout de la Route des esclaves, symbolise depuis trente ans le point d’embarquement de plus d’un million d’Africains déportés vers les Amériques. Pour l’animateur guadeloupéen de RFI, elle est devenue, ce jour-là, une porte du retour.

L’homme ne pouvait pas contenir ses larmes. Pas question de les retenir non plus. Après des décennies à porter l’identité d’afro-descendant, Claudy Siar apprend qu’il est aussi, et désormais officiellement, un Africain de Ouidah. Un test ADN a révélé ce que l’histoire familiale taisait depuis des générations. Il appartient à la lignée des Zossoungbo, famille fondatrice de cette ville chargée de mémoire. Né un lundi, il reçoit lors de la cérémonie le prénom Kodjovi, selon la tradition fon qui nomme chaque enfant d’après le jour de sa venue au monde.

Quand les ancêtres reprennent la parole

Deux cérémonies ont marqué cette journée. La première, celle du Fâ, cet oracle divinatoire au cœur de la spiritualité vodoun, est demeurée secrète, réservée à ce dialogue intime entre un homme et ses ancêtres. La seconde, plus ouverte, a été celle d’une réconciliation collective et personnelle. Claudy Siar y a déposé ses douleurs, ses défaites et le poids de mois qu’il qualifie d’injustes. Les dignitaires coutumiers de Ouidah ont intercédé. Quelque chose s’est allégé.

Désormais, appelez-moi Kodjovi Claudy Siar
Désormais, appelez-moi Kodjovi Claudy Siar

Ce moment s’inscrit dans une démarche plus large que lui seul. En septembre 2024, le Bénin a promulgué la loi 2024-31 permettant aux afro-descendants de la diaspora d’obtenir la nationalité béninoise. La procédure, coordonnée via la plateforme numérique My Afro Origins, exige une preuve d’ascendance africaine subsaharienne, qu’elle soit généalogique ou attestée par un test ADN homologué. Les frais de dossier s’élèvent à cent dollars. Depuis le lancement du programme, les autorités béninoises reçoivent chaque jour une centaine de nouvelles demandes, et plusieurs milliers de dossiers sont en cours d’examen. La chanteuse américaine Ciara avait, en juillet 2025, été parmi les premières bénéficiaires de cette loi historique.

Une nationalité, une date, un symbole

Pour Claudy Siar, le calendrier n’est pas anodin. C’est le 22 mai qu’il reçoit officiellement son certificat de nationalité béninoise et son passeport, à dix-huit heures, heure de Cotonou. Le 22 mai est précisément le jour de l’application du décret d’abolition de l’esclavage en Martinique, en 1848. La coïncidence tient du vertige. L’animateur qui, depuis le 13 mars 1995, anime chaque semaine « Couleurs Tropicales » sur RFI et a bâti toute sa carrière autour de la « génération consciente » et du panafricanisme, boucle une boucle dont il ignorait peut-être l’ampleur.

Ce jour de mai 2026, Claudy Siar n’est plus seulement l’enfant de la Guadeloupe né à Paris, le fondateur de Tropiques FM, la voix des musiques afro sur les ondes mondiales. Il est aussi, pour la première fois, chez lui au Bénin, à Ouidah, la terre de ces ancêtres.

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