Bénin : nouvelle vague de retraites d’office dans la Police républicaine
Une nouvelle vague de mises à la retraite d’office touche la Police républicaine depuis le 21 mai 2026, sur la base d’un décret présidentiel signé plusieurs semaines plus tôt. L’opération, menée discrètement par notifications individuelles à la DRH, concernerait plusieurs centaines d’agents, principalement d’anciens policiers et gendarmes ayant atteint vingt à trente ans de service, dans le cadre d’un renouvellement progressif des effectifs.

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Depuis les premières heures du jeudi 21 mai 2026, des fonctionnaires de la Police républicaine du Bénin ont été convoqués individuellement à la Direction des ressources humaines (DRH) de l’institution pour se voir notifier leur mise à la retraite d’office. L’opération, conduite dans la discrétion, s’appuie sur un décret présidentiel signé environ un mois plus tôt, selon des sources proches de l’administration policière citées par le journal Le Potentiel. Le nombre exact d’agents concernés n’a pas encore été établi, l’administration traitant chaque cas de manière individuelle, mais des sources évoquent des centaines de policiers touchés à travers le pays.
Au commissariat frontalier de Kraké, dans le département de l’Ouémé à la frontière avec le Nigeria, huit agents figurent parmi les premiers cas identifiés. Ils avaient été remplacés dès la mi-avril 2026, plusieurs semaines avant la notification formelle du 21 mai. Parmi eux, trois brigadiers-chefs de police, trois brigadiers de police et deux sous-brigadiers-majors de police.
Deux catégories d’agents sont principalement visées par cette vague. La première regroupe des fonctionnaires issus de l’ex-gendarmerie nationale et de l’ex-police nationale, recrutés dans la classe 1995, qui cumulent trente ans de service ou davantage. Ces agents ont traversé la fusion des deux corps opérée en 2018 par la loi n°2017-41 du 29 décembre 2017, qui a créé la Police républicaine, force unique de sécurité intérieure. La seconde catégorie concerne des agents ayant atteint le seuil de vingt ans de service mais dont les dossiers comportent des sanctions administratives disciplinaires.
L’administration justifie la mesure par la nécessité de fluidifier la progression des agents plus jeunes, freinée par une pyramide hiérarchique engorgée au niveau des grades supérieurs. « Ce départ ne peut pas être dans la douleur. Ils savaient depuis longtemps qu’après 20 ans de service, ils peuvent être envoyés à la retraite. Ils étaient informés », a déclaré une source proche de la direction policière à Le Potentiel.
Un dispositif légal contesté mais confirmé constitutionnel
La mise à la retraite d’office dans la police béninoise est encadrée par l’article 167 du statut spécial des personnels de la Police républicaine, qui autorise le directeur général à proposer cette mesure au ministre de l’Intérieur pour décision en conseil des ministres, dès lors qu’un agent a accompli vingt années de service. Le fonctionnaire concerné perçoit alors sa pension dans les mêmes conditions qu’un départ en retraite normale.
Trois recours avaient été formés devant la Cour constitutionnelle en 2024 par des agents mis à la retraite d’office lors de la vague précédente, contestant notamment le caractère discrétionnaire des pouvoirs du directeur général et l’absence de garanties procédurales. La Cour avait rejeté ces recours, confirmant la conformité de l’article 167 à la Constitution du Bénin. À la suite de cette vague de 2024, le gouvernement avait prévu des allocations compensatoires sur trois ans pour atténuer l’impact financier du départ anticipé sur les agents concernés.
La vague de janvier 2024 avait porté sur 315 officiers et sous-officiers, selon les chiffres rendus publics à l’époque par le directeur général d’alors, Soumaïla Yaya — remplacé depuis le 5 février 2025 par Kokou Brice Allowanou. Des promotions de 69 officiers subalternes avaient été actées par décret n°2026-141 du 11 mars 2026, en parallèle de la préparation de la présente vague de départs.
Les investigations se poursuivent sur l’ampleur de l’opération
Le journal Le Potentiel, qui a documenté l’opération depuis ses premières alertes il y a un mois, indique que l’établissement d’un bilan complet reste en cours, la liste officielle des agents concernés n’ayant pas été rendue publique par l’administration. Des sources évoquent des centaines de policiers touchés sur l’ensemble du territoire national, dans plusieurs commissariats et unités.
La Police républicaine béninoise a également procédé à des sorties de promotions récentes. 1 785 nouveaux agents ont été déployés en mai 2026 à l’issue de leur formation, ce qui suggère que les départs d’office s’inscrivent dans une stratégie de renouvellement planifié des effectifs. Le directeur général Kokou Brice Allowanou n’avait pas pris position publiquement sur cette vague au moment de la publication de cet article.


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