Cyril Ramaphosa limoge la ministre Sisisi Tolashe éclaboussée par plusieurs affaires
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a limogé la ministre du Développement social, Sisisi Tolashe, après plusieurs mois de révélations sur des affaires présumées de véhicules offerts, d’emploi irrégulier et de favoritisme administratif. Cette décision intervient dans un climat de défiance croissante envers les institutions sud-africaines et de pression politique accrue sur l’exécutif.

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Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a révoqué jeudi 14 mai la ministre du Développement social, Sisisi Tolashe, en vertu de l’article 91(2) de la Constitution, qui lui confère le pouvoir de nommer et de démettre les membres du gouvernement, selon un communiqué de la présidence. La porte-parole de la présidence, Vincent Magwenya, a précisé que le président avait informé personnellement Tolashe de sa décision, estimant que « plusieurs questions très discutées dans le domaine public » rendaient sa révocation nécessaire. Sindisiwe Chikunga, ministre à la présidence chargée des femmes, de la jeunesse et des personnes handicapées, assure l’intérim jusqu’à une nomination définitive.
Le limogeage survient six jours après que la Cour constitutionnelle a jugé inconstitutionnel le vote par lequel l’Assemblée nationale avait bloqué en décembre 2022 une procédure de destitution contre Ramaphosa lui-même dans l’affaire Phala Phala, relative au vol présumé de quelque 580 000 dollars en devises étrangères sur sa ferme privée en 2020.
Les scandales qui ont précipité la chute de Tolashe, 66 ans, présidente de la Ligue des femmes de l’ANC (ANCWL) depuis juillet 2023, ont été mis au jour par des enquêtes successives du journal d’investigation Daily Maverick.
Les trois affaires Tolashe
Fin 2023, selon ces enquêtes, Tolashe avait pris livraison de deux SUV de marque chinoise BAIC Beijing X55 — un blanc et un jaune — supposément donnés par des représentants chinois à l’ANCWL, pour une valeur combinée estimée entre 800 000 et un million de rands (environ 40 000 à 50 000 euros au cours courant). Les deux véhicules avaient été immatriculés au nom de ses enfants le 15 avril 2024.
Interrogée par le Parlement en février 2026, Tolashe avait nié avoir reçu les voitures à titre personnel en affirmant qu’elles constituaient un don destiné à la Ligue des femmes et qu’elle les avait placées au nom de ses enfants pour les protéger d’une saisie par les créanciers de l’ANC. Mais la trésorière de l’ANCWL, Maqueen Letsoha-Mathae, a déclaré au Daily Maverick n’avoir « aucune connaissance d’une voiture appartenant ou enregistrée par la Ligue ». L’un des deux véhicules avait en outre été revendu en octobre 2025, peu après le début des investigations. Le 25 avril 2026, Tolashe avait remis deux voitures au siège de l’ANC à Luthuli House, mais le Daily Maverick a établi que la BAIC X55 jaune avait été substituée par un autre SUV chinois d’une marque différente, une Chery Jaecoo J7.
Une deuxième affaire révélée par le même journal portait sur une employée de maison payée par le ministère qui travaillait dans la résidence privée de Tolashe en province du Cap-Oriental, et était contrainte de reverser une partie de son salaire à un membre de la famille de la ministre.
Au volet, Tolashe avait fait embaucher par son conseiller spécial, Ngwako Kgatla, la nièce de ce dernier, Lesedi Mabiletja, 22 ans, comme cheffe de cabinet par intérim à un salaire annuel d’environ 1,4 million de rands (environ 70 000 euros). La Commission de la fonction publique (Public Service Commission) a établi que le curriculum vitae de Mabiletja avait été falsifié pour faire apparaître trois années d’expérience gouvernementale inexistantes. Mabiletja a démissionné en janvier 2026 sans avoir fait l’objet d’une procédure disciplinaire. Kgatla a été suspendu avec maintien de salaire la veille du limogeage de Tolashe.
Pressions de l’opposition et plaintes pénales
La Démocratic Alliance (DA) et ActionSA avaient déposé des plaintes pénales contre Tolashe pour avoir, selon eux, induit le Parlement en erreur sur l’origine et l’utilisation des véhicules. Le leader de la DA, Geordin Hill-Lewis, avait écrit le 30 avril au président Ramaphosa pour exiger sa révocation immédiate. Dans cette lettre, rendue publique le jour même du limogeage, Hill-Lewis faisait valoir que le gouvernement d’union nationale (GNU), formé après les élections de 2024, ne pouvait pas réclamer des réformes tout en tolérant de tels agissements. ActionSA a qualifié la révocation de « confirmation éclatante » de ses démarches. La présidence n’a pas fourni les raisons formelles de la révocation, qui restent soumises à la présomption d’innocence tant que les procédures judiciaires et parlementaires en cours n’auront pas abouti.
Aussi, le limogeage de Tolashe est le deuxième acte significatif de Ramaphosa dans ce domaine en quelques semaines, après la suspension fin avril du chef de la police nationale. Ces décisions s’inscrivent dans un contexte de défiance profonde de la population envers les institutions. Selon le rapport Afrobarometer publié le 13 avril 2026 sur la base d’une enquête menée auprès de 1 600 Sud-Africains entre juin et juillet 2025, 92 % des personnes interrogées estiment que le gouvernement gère « assez mal » ou « très mal » la lutte contre la corruption. C’est le taux le plus élevé parmi les 38 pays africains couverts par l’enquête. La même étude indique que 77 % des personnes interrogées jugent que la corruption a « augmenté » dans le pays au cours de l’année écoulée, et que 83 % estiment que les citoyens ordinaires s’exposent à des représailles s’ils signalent des faits de corruption.
La commission Madlanga, qui instruit les accusations de corruption et d’infiltration criminelle au sein de la police sud-africaine formulées par le commissaire provincial du KwaZulu-Natal, le général Nhlanhla Mkhwanazi, poursuit ses auditions, retransmises quotidiennement par les chaînes de radio et de télévision nationales.
Ramaphosa, qui a annoncé lundi 11 mai qu’il n’entendait pas démissionner malgré l’arrêt de la Cour constitutionnelle sur l’afffaire Phala Phala, a déposé un recours en révision contre le rapport de la commission d’enquête parlementaire indépendante qui avait conclu en 2022 à l’existence d’un « cas prima facie » de manquement grave de sa part.


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