Bénin – Togo : un discret appel de Faure Gnassingbé à Romuald Wadagni
Le président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, aurait pris contact avec Romuald Wadagni pour le féliciter après son élection à la présidence du Bénin, selon des informations rapportées par Africa Intelligence. L’échange, qui n’a fait l’objet d’aucune communication officielle à ce stade, intervient dans un contexte de fortes crispations diplomatiques entre Cotonou et Lomé.

SOMMAIRE

D’après Africa Intelligence, Faure Gnassingbé aurait appelé discrètement Romulad Wadagni, le président béninois nouvellement élu à la mi-avril, après la proclamation des grandes tendances du scrutin présidentiel par la Commission électorale nationale autonome (CENA). Ni la présidence du Conseil togolais ni l’entourage de Romuald Wadagni n’ont officiellement confirmé cet échange. Ses modalités et son contenu précis n’ont pas non plus été rendus publics. Cette démarche, si elle venait à être confirmée, pourrait constituer un premier signal d’apaisement entre les deux pays voisins. Les relations entre le Bénin et le Togo se sont en effet nettement dégradées ces dernières années, sur fond de différends politiques, sécuritaires et diplomatiques.
Romuald Wadagni a remporté l’élection présidentielle du 12 avril 2026 avec 94,05 % des suffrages exprimés, selon les résultats proclamés par la CENA. Son adversaire, Paul Hounkpè, candidat des Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), a obtenu 5,95 % des voix et a reconnu sa défaite à l’issue du scrutin. La Cour constitutionnelle a confirmé les résultats définitifs le 23 avril 2026, sans enregistrer de recours. Le taux de participation a été établi à 63,55 %. Soutenu par les deux formations de la majorité sortante, l’Union progressiste le renouveau (UPR) et le Bloc républicain (BR), Romuald Wadagni succède à Patrice Talon, empêché par la Constitution de briguer un troisième mandat.
Ancien ministre de l’Économie et des Finances pendant dix ans, Romuald Wadagni sera investi le 24 mai 2026 à Porto-Novo, capitale constitutionnelle du Bénin. Il deviendra le premier président élu pour un mandat de sept ans, renouvelable une fois, après la réforme constitutionnelle adoptée sous le régime précédent.
Un contexte diplomatique tendu entre Cotonou et Lomé
La possible prise de contact entre Faure Gnassingbé et Romuald Wadagni intervient alors que les relations entre le Bénin et le Togo traversent une période délicate. Depuis l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir en 2016, plusieurs dossiers sensibles ont progressivement alimenté la méfiance entre les deux capitales. Les tensions se sont accentuées autour d’accusations de soutien présumé à des opposants ou à des personnalités en rupture avec le pouvoir béninois. En août 2024, l’enlèvement à Lomé du cyberactiviste béninois Steve Amoussou, connu sous le nom de « Frère Hounvi », puis son transfert vers Cotonou par des agents présumés béninois, avait provoqué de vives réactions au Togo.
Un autre dossier sensible concerne le lieutenant-colonel Pascal Tigri, présenté par Cotonou comme une figure de la tentative de coup d’État avortée de décembre 2025 au Bénin. Selon Africa Intelligence, les autorités béninoises soupçonneraient un passage de l’officier par le Togo avant son arrivée au Niger. Lomé n’a pas officiellement confirmé ces accusations. À ces différends s’ajoutent les liens prêtés à certaines personnalités politiques béninoises avec Lomé, ainsi que la question de Reckya Madougou, opposante béninoise détenue depuis 2021 et considérée comme proche de Faure Gnassingbé. Ce dossier reste l’un des sujets les plus sensibles dans les rapports entre les deux pays
L’arrivée de Romuald Wadagni au pouvoir est suivie avec attention à Lomé, où certains responsables verraient dans son élection une opportunité de relancer le dialogue avec Cotonou. Selon Africa Intelligence, le futur chef de l’État béninois entretiendrait des liens anciens avec le Togo, pays où il a étudié et où résiderait une partie de sa famille.
Avant son élection, Romuald Wadagni aurait déjà joué un rôle de canal officieux entre Patrice Talon et Faure Gnassingbé, dans un contexte où les contacts directs entre les deux dirigeants s’étaient raréfiés. Il aurait notamment été chargé, ces dernières années, de maintenir un minimum de communication entre les deux capitales.
Sa marge de manœuvre pourrait toutefois rester étroite. Patrice Talon, son prédécesseur et principal soutien politique, a défendu une ligne ferme vis-à-vis du Togo sur plusieurs dossiers sensibles. Les premiers gestes du nouveau président béninois envers Lomé seront donc observés de près, aussi bien à Cotonou qu’à Lomé.
Le Togo, acteur régional influent
Faure Gnassingbé occupe depuis le 3 mai 2025 la fonction de président du Conseil, chef effectif de l’exécutif togolais, à la suite d’une réforme constitutionnelle ayant transformé le Togo en régime parlementaire. Cette réforme, contestée par l’opposition, a profondément modifié l’architecture institutionnelle du pays.
Sur le plan régional, le Togo s’est imposé comme un acteur diplomatique actif, notamment dans les discussions impliquant les pays de l’Alliance des États du Sahel et la CEDEAO. Lomé demeure également un corridor commercial stratégique pour plusieurs pays enclavés de la région, dont le Niger.
Le Bénin et le Togo partagent une frontière commune, des liens économiques étroits et des populations unies par des proximités culturelles et linguistiques. Dans ce contexte, une reprise du dialogue entre les deux capitales pourrait avoir une portée diplomatique importante, au-delà du seul cadre bilatéral.
L’investiture officielle de Romuald Wadagni est prévue le 24 mai 2026 à Cotonou, devant la Cour constitutionnelle.


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