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Évian 2026 : un agenda africain non officiel mais structurant

À l’issue du Sommet Africa Forward de Nairobi, tenu les 12 et 13 mai 2026 avec 35 chefs d’État et de gouvernement africains, la France et l’Afrique ont arrêté une position commune à porter devant le G7, prévu du 15 au 17 juin 2026 à Évian-les-Bains en Haute-Savoie. « Nous exigerons une plus grande responsabilité aux principales économies du monde pour corriger et aborder les déséquilibres mondiaux. C’est ce que nous défendrons au G7 », avait déclaré le président français Emmanuel Macron lors de la clôture. Le président kenyan William Ruto, seul chef d’État africain invité à Évian, sera le porte-voix du continent lors du sommet.

DIPLOMATIE
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Le président William Ruto reçoit son homologue français, Emmanuel Macron, à la State House de Nairobi. Le président Macron est au Kenya pour le sommet Africa Forward, qui se tiendra les 11 et 12 mai au KICC de Nairobi.
Le président William Ruto reçoit son homologue français, Emmanuel Macron, à la State House de Nairobi. Le président Macron est au Kenya pour le sommet Africa Forward, qui se tiendra les 11 et 12 mai au KICC de Nairobi.
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Les thèmes définis lors du Sommet de Nairobi pour être portés au G7 incluent la réforme de l’architecture financière internationale, la fragmentation des chaînes de valeur, les tensions commerciales, la dévaluation des matières premières africaines sur les marchés mondiaux et la transition énergétique. Une initiative conjointe franco-africaine invite les économies du G7 à « devenir actionnaires » de la Banque africaine de développement (BAD) et à fournir des garanties aux pays africains pour mobiliser des ressources à grande échelle. « Nous ne demanderons pas d’argent aux pays du G7, mais une collaboration et des garanties pour que nos nations puissent mobiliser leurs propres ressources » avait précisé Ruto.

Le sommet du G7, initialement prévu du 14 au 16 juin 2026, a été décalé d’un jour en raison d’un conflit d’agenda avec l’anniversaire du président américain Donald Trump. Il réunira les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et la France, ainsi que l’Union européenne, représentée par le président du Conseil européen et la présidente de la Commission.

L’Afrique du Sud écartée sous pression américaine

L’agenda africain d’Évian est entaché par la controverse autour de l’exclusion de l’Afrique du Sud. Macron avait initialement invité le président sud-africain Cyril Ramaphosa, mais l’administration Trump a menacé de boycotter le sommet si Pretoria y participait. La France a finalement cédé en substituant le Kenya à l’Afrique du Sud, sans que le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot n’admette avoir agi « sous pression ». Le gouvernement sud-africain a publiquement révélé cet épisode diplomatique, et fait savoir la naissance d’un différend entre Paris et Pretoria.

Cette substitution prive l’Afrique du Sud, première économie industrielle du continent, membre du G20 et des BRICS, de la tribune du G7 au profit du Kenya, dont la présence répond davantage à l’agenda politique de Macron en Afrique de l’Est. L’épisode montre les limites de l’autonomie de la diplomatie française face aux exigences de Washington sur les questions africaines.

Un agenda africain non officiel mais structurant

En marge du sommet officiel, plusieurs dossiers africains devraient figurer dans les discussions des sept grandes puissances. Il s’agira notamment du financement des opérations de paix, de la dette souveraine africaine dans un contexte de taux d’intérêt élevés, et de l’accès de l’Afrique aux technologies d’intelligence artificielle. Macron a également annoncé depuis Nairobi la tenue d’une conférence internationale de financement pour les efforts de paix de l’UA à Paris au dernier trimestre 2026, dans un contexte où le Fonds pour la paix de l’UA reste chroniquement sous-financé.

Le cœur des revendications africaines pour le G7 d’Évian porte sur la réforme du coût du crédit. Les pays africains empruntent à des taux systématiquement plus élevés que d’autres régions du monde, pénalisés par une perception du risque jugée excessive par les marchés financiers et les agences de notation. « Le problème n’est pas la liquidité, c’est l’architecture du risque », avait déclaré le président kenyan William Ruto à Nairobi. Les dirigeants africains demandent des prêts à maturité plus longue, à taux plus bas, assortis de garanties plus solides.

Quatre réformes concrètes ont été formulées lors du Sommet Africa Forward de Nairobi. La première concerne le Mécanisme de garantie des investissements pour une couverture partielle des premières pertes potentielles par des acteurs publics ou multilatéraux pour mobiliser les capitaux privés à des conditions plus favorables. Macron a promis de porter cette initiative à Évian. « Nous nous réunissons ensemble à Évian mi-juin pour convaincre le G7 d’approuver cette initiative » avait indiqué Emmanuel Maron.

La seconde est celle de la Réforme des agences de notation pour une révision des méthodologies qui surévaluent le risque africain, une critique portée depuis plusieurs années par l’Union africaine. La troisième cconcerne la Création d’une agence africaine de notation, un projet en progression visant à produire des évaluations du risque ancrées dans les réalités économiques du continent. La dernière réforme concerne le Mécanisme de refinancement de la dette, un mécanisme dédié aux nations les plus endettées pour allonger les maturités et réduire la charge des intérêts

Sur le plan des engagements, Macron a annoncé à Nairobi 23 milliards d’euros d’investissements pour l’Afrique, dont 14 milliards français essentiellement privés, et son soutien à l’entrée du G20 africain dans les mécanismes de garantie de la Banque africaine de développement. « L’Afrique ne demande pas de l’aide, mais des investissements, des partenariats équilibrés et une place à part entière dans la gouvernance mondiale », a synthétisé la déclaration de Nairobi.

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