Bénin : à peine installé, Romuald Wadagni essuie déjà ses premières critiques
À peine installé à la tête du Bénin, Romuald Wadagni fait déjà face à ses premières critiques sur l’architecture de son gouvernement. Les critiques portent notamment sur la coexistence d’un ministère de la Communication chargé des Médias avec un ministre porte-parole du gouvernement, puis la disparition du ministère du Travail, dénoncée par la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin, CSTB.

SOMMAIRE

Le premier gouvernement du nouveau chef de l’État, formé après sa prestation de serment du 24 mai 2026, avait été présenté comme une équipe resserrée autour des grands chantiers de continuité, d’efficacité et de développement. Mais quelques jours seulement après la publication du décret portant composition de cette équipe, des interrogations émergent sur la cohérence de certains choix institutionnels.
La première réserve concerne le secteur de la communication. Dans le gouvernement Wadagni, Aurélie Adam Soulé Zoumarou a été nommée ministre de la Communication, chargée des Médias. Cette décision a été saluée par les organisations faîtières de la presse, notamment le CNPA-Bénin et l’UPMB, qui y ont vu une reconnaissance du rôle stratégique des médias dans le développement national et la vie démocratique. Dans un communiqué publié le 25 mai 2026, ces organisations ont exprimé leur gratitude au président de la République pour la recréation d’un département ministériel consacré à la Communication et aux Médias.
A lire aussi : Bénin : les faîtières de la presse saluent le retour d’un ministère dédié aux médias
Mais cette satisfaction est désormais nuancée par une critique sur le dédoublement de la communication gouvernementale. Le lendemain de la formation du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji a été nommé ministre porte-parole du gouvernement. Ce choix suscite des interrogations sur la répartition réelle des attributions entre les deux pôles.
Pour certains observateurs, l’option la plus lisible aurait été de confier le porte-parolat directement au ministère de la Communication, avec un intitulé du type « ministre de la Communication, chargé des Médias et porte-parole du gouvernement ». Une telle formule aurait permis de concentrer la parole publique, la stratégie de communication institutionnelle et les relations avec les médias dans un même département.
Dans la configuration actuelle, deux personnalités se retrouvent au cœur du dispositif de communication de l’État. D’un côté, le ministère de la Communication chargé des Médias est censé porter la politique publique du secteur, accompagner l’écosystème médiatique et contribuer à l’organisation de la communication institutionnelle. De l’autre, le ministre porte-parole du gouvernement aura vocation à expliquer les décisions de l’exécutif, notamment après les Conseils des ministres. Cette dualité peut nourrir des risques de chevauchement, voire de confusion, si les périmètres ne sont pas clairement définis.
La dispartion du ministère du travail, l’autre point d’achoppement
La seconde critique porte sur la disparition du ministère du Travail dénoncée par la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin (CSTB). La centrale syndicale juge cette réorganisation préoccupante pour les travailleurs, notamment en raison du rattachement de la Fonction publique au ministère de l’Économie et des Finances. Pour la CSTB, l’absence d’un département clairement identifié chargé du Travail pose un problème de lisibilité et de représentation. Son secrétaire général, Kassa Mampo, estime qu’on ne sait plus précisément quel ministère porte désormais les questions liées aux travailleurs, aux relations professionnelles, à l’inspection du travail et aux droits sociaux.
Cette inquiétude est renforcée par le poids accordé au ministère de l’Économie et des Finances dans la nouvelle architecture gouvernementale. Aux yeux de la CSTB, rattacher la Fonction publique aux Finances revient à privilégier une approche budgétaire au détriment de la dimension sociale et humaine de l’administration publique. La centrale redoute que les préoccupations des travailleurs soient reléguées au second plan dans un dispositif dominé par les impératifs financiers.
A lire aussi : Bénin : la CSTB critique la disparition du ministère du Travail dans le gouvernement Wadagni
Notons que ces critiques interviennent alors que Romuald Wadagni entame son mandat avec l’ambition affichée de consolider les acquis économiques des dernières années tout en rendant la croissance plus perceptible dans la vie quotidienne des Béninois. Pour l’exécutif, l’enjeu sera désormais de clarifier rapidement les attributions des nouveaux ministères et de rassurer les acteurs concernés. Dans le secteur des médias, il s’agira d’éviter toute confusion entre communication institutionnelle, politique publique des médias et porte-parolat gouvernemental. Sur le front social, le gouvernement devra dire clairement quelle autorité portera les dossiers liés au Travail, à la Fonction publique et au dialogue avec les organisations syndicales.


Commentaires