ministre du Numérique et de la Digitalisation Aurélie Adam Soulé Zoumarou

Aurélie Adam Soulé Zoumarou

Ministre de la Communication, en charge des Médias — Bénin — Gouvernement du Bénin

Acteurs / Personnalités Politiques
Métier ou Fonction :
Ministre de la Communication, en charge des Médias
Organisation :
Gouvernement du Bénin
Né(e) le :
11 avril 1983
Pays :
Bénin

Aurélie Adam Soulé Zoumarou, l’architecte du numérique appelée à gérer les médias

Ingénieure télécoms et ancienne ministre du Numérique, Aurélie Adam Soulé Zoumarou est chargée de la Communication et des Médias.

0 vues
ministre du Numérique et de la Digitalisation Aurélie Adam Soulé Zoumarou
ministre du Numérique et de la Digitalisation Aurélie Adam Soulé Zoumarou PH: Présidence Bénin
9 min de lecture
Google News Commenter
SOMMAIRE
Pigier Cisco

Après neuf ans à piloter la stratégie numérique du Bénin sous Patrice Talon, Aurélie Adam Soulé Zoumarou hérite désormais du ministère de la Communication et des Médias dans le gouvernement Wadagni. Ingénieure télécoms formée en France et aux États-Unis, elle quitte un portefeuille technique marqué par la digitalisation des services publics pour un secteur politiquement plus sensible, dans un contexte de fortes attentes autour de la liberté de la presse.

Aurélie Adam Soulé Zoumarou est nommée ministre de la Communication, en charge des Médias, le 24 mai 2026. Née le 11 avril 1983 à Nikki, elle est l’une des figures féminines les plus connues de la technocratie béninoise depuis son entrée au gouvernement en 2017. Ingénieure diplômée de Telecom SudParis, elle s’est spécialisée dans les politiques publiques numériques et les télécommunications. Son parcours comprend des travaux sur la connectivité rurale, une expérience dans les réseaux internationaux de régulation numérique et un passage remarqué dans l’écosystème GSMA Afrique, où elle a travaillé sur les politiques mobiles et l’inclusion numérique.

Ministre du Numérique sous Patrice Talon, elle a piloté plusieurs dossiers de transformation digitale : infrastructures, services publics en ligne, économie numérique, cybersécurité, connectivité et attractivité du secteur. Son action a contribué à faire du numérique un marqueur de la modernisation administrative du Bénin. En 2026, elle est recentrée sur la communication et les médias. Ce repositionnement lui confie un secteur où se croisent liberté de la presse, régulation, transition numérique des médias, communication gouvernementale et lutte contre la désinformation. Son expérience technologique sera utile pour accompagner les médias dans un environnement dominé par les plateformes, les usages mobiles et les nouveaux formats de diffusion.

Nikki, dans le Borgou : une famille d’enseignants

Aurélie Ignace Adam Soulé Zoumarou est née le 11 avril 1983 à Nikki, commune du département du Borgou, dans le nord-est du Bénin, à environ 400 kilomètres de Cotonou. Nikki est la capitale historique de l’empire Bariba et l’une des villes les plus importantes du nord béninois. Elle se distingue chaque année par la fête de la Gaani – grande célébration équestre de la culture Bariba, classée parmi les fêtes traditionnelles majeures du pays.

Elle est issue d’une famille d’enseignants depuis plusieurs générations. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique en 2022, elle évoque cette origine : « Il y avait beaucoup d’émulation sur le plan intellectuel et structurel dans ma famille, avec une grande ouverture d’esprit vers les autres. Petite, j’ai beaucoup échangé avec mon arrière-grand-mère maternelle, qui me racontait des contes africains. Il y avait aussi beaucoup d’activités manuelles, comme la vente à l’étalage, et des manifestations culturelles, telle que la Gaani, qui ont développé chez moi le sens pratique dans la vie quotidienne. »

En 2001, Aurélie Adam Soulé Zoumarou rejoint la France pour suivre une classe préparatoire aux grandes écoles en filière scientifique, préparant les concours d’entrée dans les grandes écoles d’ingénieur de Paris. En 2003, elle intègre l’Institut national des Télécommunications, devenu Télécom SudParis, l’une des grandes écoles d’ingénieur françaises spécialisées dans les télécommunications, créée en 1979 à Évry. Elle y obtient un diplôme d’ingénieur généraliste en technologies de l’information et de la communication, puis en 2007 un master spécialisé en télécommunications et ingénierie des TIC.

Elle complète son parcours par un certificat en Gestion des Politiques Publiques et en Leadership à la Maxwell School of Citizenship and Public Affairs de l’Université de Syracuse, à New York – l’une des écoles américaines de référence en politique publique et en administration. Ce certificat marque le tournant de sa trajectoire : de l’ingénierie vers la gouvernance.

Elle est également doctorante, depuis août 2017, à l’Université Bordeaux Montaigne, sur le thème de l’analyse des politiques d’expansion des réseaux de télécommunications à très haut débit et de leur impact sur le développement des territoires en Afrique subsaharienne.

SFR, Accenture, retour au Bénin : le parcours d’une ingénieure entre deux continents

À la sortie de Télécom SudParis, Aurélie Adam Soulé commence sa carrière chez SFR à Paris, où elle travaille sur les aspects liés à la qualité de service. Elle rejoint ensuite Accenture comme consultante en systèmes d’information. Ce passage dans deux structures emblématiques du secteur des télécoms et du conseil lui donne une double compétence : la maîtrise des réseaux côté opérateur, et la maîtrise de la transformation organisationnelle côté conseil.

En 2009, elle rentre au Bénin et rejoint l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et de la Poste (ARCEP-Bénin) comme responsable de la gestion du spectre. Ce poste placé au cœur de la régulation de l’accès aux fréquences radioélectriques – ressource rare qui conditionne le déploiement des réseaux mobiles – lui permet d’observer de l’intérieur les mécanismes du marché des télécommunications béninois. En 2015, elle représente le Bénin et l’Afrique à la Conférence mondiale des radiocommunications de l’UIT, où elle joue un rôle actif dans les négociations sur l’allocation du spectre en faveur des pays en développement.

Elle rejoint ensuite la GSMA, l’Association mondiale des opérateurs de réseaux mobiles représentant plus de 800 opérateurs dans le monde, comme Senior Policy Manager Afrique. Ce poste la positionne comme interlocutrice des gouvernements africains sur les politiques de connectivité, de taxation des télécoms et d’inclusion numérique. En 2015, elle est lauréate du Programme Mandela Washington pour les Jeunes Leaders Africains (YALI) – programme de l’initiative Barack Obama pour les dirigeants africains de demain.

Octobre 2017 : plus jeune ministre du gouvernement Talon

Le 6 octobre 2017, le président Patrice Talon la nomme ministre de l’Économie numérique et de la Communication. Elle a 34 ans, ce qui en fait la plus jeune ministre jamais nommée depuis son entrée en fonction en 2016. Sa mission, selon le communiqué de nomination : faire du Bénin une plateforme de services numériques pour l’Afrique de l’Ouest, accélérer la croissance et favoriser l’inclusion sociale.

En 2021, lors de la recomposition du gouvernement pour le second mandat de Talon, son portefeuille est rebaptisé Ministère du Numérique et de la Digitalisation, marquant un recentrage sur la transformation digitale de l’administration et l’écosystème des startups. Elle occupe cette fonction jusqu’au 24 mai 2026, soit neuf ans au total.

Le bilan numérique d’Aurélie Adam Soulé Zoumarou sous Talon peut se lire à travers plusieurs transformations documentées.

Sur l’infrastructure, la connectivité haut débit au Bénin progresse nettement entre 2017 et 2026. Le taux de pénétration internet mobile passe de moins de 25 % à plus de 45 % de la population. Le pays intègre le réseau de câbles sous-marins ACE et déploie la fibre optique en dorsale nationale.

Sur la digitalisation de l’État, plusieurs services publics basculen vers le numérique sous son impulsion : le casier judiciaire en ligne, les téléprocédures fiscales, les certificats de naissance en ligne, les concours et délibérations des examens via la plateforme educ.tech. Elle en prend l’initiative à partir d’un constat avec ses collègues ministres de l’éducation : les délibérations d’examens étaient encore gérées manuellement.

Sur les startups, le programme Sèmè City est lancé en 2018 pour doter le Bénin d’un hub d’innovation technologique. La Bénin Start-Up Week, créée en mai 2018, devient un rendez-vous annuel consacré à l’écosystème numérique béninois. Ces initiatives positionnent le Bénin comme l’un des pays africains les plus actifs dans la promotion de l’entrepreneuriat numérique.

Sur le plan international, elle est élue présidente du Réseau Francophone des Ministres de l’Économie Numérique (RFMEN) à sa création en octobre 2018 à Erevan, en Arménie. Elle est nommée par le Secrétaire Général de l’ONU membre de l’équipe spéciale sur le financement numérique pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable. Elle siège à la UN Broadband Commission for Sustainable Development, l’une des enceintes onusiennes de référence sur les politiques de connectivité mondiale.

Le Bénin atteint sous son mandat le top 10 africain dans l’indice d’efficacité gouvernementale et la première place africaine dans les classements de transparence des dépenses fiscales – résultat collectif mais auquel la digitalisation de l’administration a directement contribué.

Le tournant du 24 mai 2026 : de la techno à la presse

Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni scinde le périmètre qu’elle occupait depuis neuf ans. Le Numérique et l’IA vont à Mahouna Akplogan dans un ministère entièrement nouveau. Elle prend la Communication et les Médias – portefeuille plus exposé politiquement, dans un contexte où la liberté de la presse au Bénin a connu une dégradation documentée sous Talon.

Ce changement de mission est à lire attentivement. Pendant neuf ans à l’Économie numérique, elle a travaillé sur la connectivité, les startups, la digitalisation des services publics – des sujets techniques, valorisants, largement consensuels. La Communication et les Médias la placent face à des dossiers structurellement conflictuels : les suspensions de médias par la HAAC, l’article 550 du Code du numérique utilisé contre des journalistes, les conditions d’accréditation, le financement de la presse privée. Elle disposera désormais d’un mandat explicite pour répondre – ou ne pas répondre – à ces questions.

Sa relation au secteur médiatique béninois pendant ses neuf années précédentes est marquée par une réserve totale : aucune prise de position publique sur les suspensions de médias, aucune déclaration sur les condamnations de journalistes. Ce silence était cohérent quand la presse ne relevait pas de son périmètre. La reconduction d’Aurélie Adam Soulé Zoumarou dans ce rôle – en changeant simplement le titre – signale que Wadagni mise sur la continuité d’une gestion compétente, professionnelle et discrète. La presse béninoise attend de voir si la discrétion se transforme en engagement.

Quelques lignes sur la femme hors de la ministre

Issue d’une famille d’enseignants, elle a conservé de son éducation un sens de la rigueur qui transparaît dans ses discours. Elle s’exprime en fon et en bariba en plus du français. Son leitmotiv déclaré, répété depuis 2017 : « Transformer la vie des Béninois et des entreprises béninoises grâce à une économie numérique de référence. » Elle est mariée – son nom d’épouse Zoumarou remplace progressivement Adam Soulé dans les communications officielles – et reste l’une des rares femmes africaines à avoir occupé un portefeuille technologique ministériel pendant plus d’une décennie consécutive.

FIL D'ACTU
14:12 Mercato: Julián Alvarez donne sa priorité au Barça