Afrique du Sud : face aux tensions xénophobes, Ramaphosa annonce un durcissement migratoire
Cyril Ramaphosa a annoncé un durcissement des mesures contre l’immigration irrégulière en Afrique du Sud, après plusieurs semaines de tensions et de violences visant des ressortissants étrangers. Le président sud-africain promet davantage de contrôles, des sanctions contre les employeurs et des procédures accélérées d’expulsion, tout en mettant en garde les groupes qui exploitent la question migratoire pour provoquer l’illégalité et la violence.

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Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a prononcé dimanche 7 juin une allocution à l’Union Buildings pour annoncer un train de mesures destinées à renforcer le contrôle de l’immigration irrégulière, tout en avertissant que son gouvernement n’autoriserait aucun groupe à exploiter les préoccupations migratoires pour « déstabiliser le pays en incitant à l’illégalité et à la violence », selon le texte publié par la présidence.
Ce discours intervient après plusieurs semaines de manifestations antimigrants menées notamment par le mouvement March and March, dirigé par Jacinta Ngobese-Zuma, et par l’opération Dudula, qui a fixé au 30 juin la date limite de départ des étrangers en situation irrégulière. Parmi les mesures annoncées figurent des poursuites pénales contre les employeurs recourant à une main-d’œuvre sans papiers, la création de tribunaux dédiés pour accélérer les procédures d’expulsion, et l’établissement d’un registre biométrique national destiné à lutter contre l’usurpation d’identité.
Ramaphosa a reconnu publiquement les défaillances du système migratoire du pays, citant une application insuffisante de la loi, la corruption au sein des services d’immigration et des lacunes structurelles. « Le gouvernement accepte la responsabilité de ces manquements », a-t-il déclaré, ajoutant que des mesures sont en cours pour rétablir la confiance du public. Il a parallèlement mis en garde contre les campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux et contre ce qu’il a décrit comme des « agendas politiques, personnels ou criminels » cherchant à instrumentaliser les tensions migratoires.
Le président a par ailleurs rappelé que seuls les agents de l’État habilités peuvent contrôler le respect des lois sur l’immigration, s’opposant ainsi explicitement à la pratique des contrôles d’identité conduits par des particuliers dans les espaces publics.
Les morts de Mossel Bay et les rapatriements en cours
Ces déclarations surviennent alors que le Mozambique a annoncé, le 2 juin, la mort de cinq de ses ressortissants lors d’attaques à caractère xénophobe à Mossel Bay, ville portuaire située à environ 400 kilomètres à l’est du Cap, dans la province du Cap-Occidental. Les autorités sud-africaines ont confirmé deux décès, selon l’Agence ivoirienne de presse. Un communiqué du gouvernement mozambicain fait également état de deux autres morts dans un accident de la route survenu lors d’une tentative de retour au Mozambique, portant le bilan total à sept ressortissants mozambicains décédés.
Environ 300 Mozambicains ont regagné leur pays par leurs propres moyens, tandis que plus de 500 autres attendaient leur rapatriement depuis des sites sécurisés de la province du Cap-Occidental, selon Maputo. Dans la province du Cap-Occidental, des ressortissants mozambicains et malawiens ont trouvé refuge dans des bâtiments municipaux après avoir fui des violences dans plusieurs localités, dont Kleinmond, à une centaine de kilomètres au sud-est du Cap, et Gansbaai.
Le Ghana a rapatrié plusieurs centaines de ses ressortissants et conseillé de limiter les déplacements non essentiels vers l’Afrique du Sud, tandis que le Nigeria a demandé à ses citoyens de ne pas mener d’actions de représailles contre les entreprises sud-africaines présentes sur le continent. Le Kenya, le Malawi, le Lesotho et le Zimbabwe ont publié des avis de vigilance à l’intention de leurs nationaux résidant en Afrique du Sud.
Tensions diplomatiques et échéance continentale
Ces développements alimentent une crise diplomatique régionale. Le Nigeria et le Ghana ont tous deux adressé des protestations formelles à Pretoria après des incidents mortels impliquant leurs ressortissants, selon La Nouvelle Tribune. Accra a par ailleurs demandé l’inscription d’un débat sur la xénophobie à l’ordre du jour du Sommet de coordination de mi-année de l’Union africaine, prévu au Caire le 24 juin. Le Département des relations internationales et de la coopération (DIRCO) a pour sa part rejeté le qualificatif de « xénophobie », lui préférant celui de « criminalité ordinaire ».
Lors de sa visite d’État à Pretoria les 3 et 4 juin, le président kényan William Ruto a abordé la question migratoire sous l’angle du développement inégal du continent. « La solution consiste à veiller à ce que des services et des opportunités existent partout sur notre continent », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse conjointe avec Ramaphosa.
Le contexte économique aggrave les tensions : l’Afrique du Sud affiche un taux de chômage officiel de 32,9 % au premier trimestre 2026, selon Statistics South Africa, et de plus de 45 % chez les 15-34 ans. À l’approche des élections locales prévues en novembre, Human Rights Watch a documenté des attaques de groupes de vigilants contre des ressortissants africains et asiatiques depuis avril 2026, dénonçant une réponse jugée insuffisante des forces de l’ordre.
Le cabinet sud-africain doit examiner dans les prochains jours les nouvelles mesures d’application de la loi sur le marché du travail, notamment l’embauche de 10 000 inspecteurs du travail, dont le financement n’est pas encore budgété pour l’exercice 2025-2026.


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