Afrique : 100 milliards de dollars de revenus bancaires, 70 % concentrés dans cinq pays
Pour la première fois, les banques opérant en Afrique ont dépassé la barre symbolique des 100 milliards de dollars de recettes annuelles. L’étude de McKinsey estime ces revenus à 107 milliards l’année passée, un niveau inédit pour le continent.

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Cette performance s’accompagne d’une rentabilité élevée. Le rendement des capitaux propres a atteint 19 % en 2024, contre à peu près 10 % en moyenne mondiale. D’après Xavier Jopart, conseiller exécutif chez McKinsey, cet écart s’explique par des marges d’intérêt relativement soutenues, l’essor d’activités liées aux paiements et aux services transactionnels, ainsi que par des gains d’efficience provoqués par l’expansion du secteur.
Autre tendance remarquée : la montée en puissance d’acteurs locaux. Benoît Chervalier, ancien responsable à la Banque africaine de développement, souligne que la reprise de filiales de banques étrangères par des opérateurs africains a considérablement renforcé la présence de groupes nationaux sur plusieurs marchés.
Pour autant, ces indicateurs positifs masquent des disparités importantes et des fragilités structurelles qui pèsent sur la stabilité et le potentiel de croissance du secteur bancaire africain.
Cinq pays absorbent près de 70 % des revenus
Le paysage demeure très concentré avec l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Égypte, le Maroc et le Kenya qui représentent à eux cinq environ 70 % des recettes bancaires du continent. Cette concentration reflète à la fois la taille de leurs économies, l’importance de leur population et le degré de maturité de leurs systèmes financiers.
Parallèlement, le marché reste vulnérable aux chocs extérieurs et aux tensions internes : fluctuations des prix des matières premières, poussées inflationnistes et aléas macroéconomiques affectent lourdement les banques. L’accroissement de l’endettement public dans plusieurs pays limite aussi les marges de manœuvre des États pour financer de grands projets d’infrastructures, ce qui pèse sur les opportunités de développement du secteur.
Enfin, malgré ces progrès, le secteur bancaire africain reste modeste à l’échelle mondiale : il génère, selon l’étude, des revenus sensiblement inférieurs à ceux observés en Europe — de l’ordre d’un rapport d’environ dix pour un.



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