À Kampala, Ikpen Akwitti montre pourquoi la mode africaine circule encore mal
Venue d’Abuja avec ses collections, la créatrice nigériane a découvert qu’exposer, vendre et encaisser d’un pays africain à l’autre reste plus compliqué que défiler.

À Kampala, Ikpen Yvonne Akwitti n’a pas seulement présenté des vêtements. Venue d’Abuja pour l’Uganda International Fashion Week, la créatrice nigériane a dû justifier à l’aéroport la quantité de tissus transportés, puis trouver une solution locale pour recevoir les paiements de clientes intéressées par ses pièces.
Son expérience met en lumière un paradoxe très concret. Les créateurs africains peuvent circuler de fashion week en fashion week, gagner en visibilité et séduire de nouveaux publics, sans pour autant disposer de circuits simples pour vendre d’un pays du continent à l’autre. Le Daily Monitor rapporte qu’Akwitti a dû s’appuyer sur une personne de confiance en Ouganda pour encaisser certaines ventes.
La styliste dirige IK-PEN, une maison fondée en 2006 et basée à Abuja. La marque travaille des vêtements féminins contemporains à partir de textiles africains, avec des imprimés peints ou teints à la main et des broderies inspirées notamment des traditions du nord du Nigeria. Son idée n’est pas de réserver ces matières aux cérémonies, mais de les faire entrer dans une garde-robe quotidienne.
À Kampala, cette ambition s’est jouée autant hors du podium que pendant les défilés. IK-PEN a organisé un pop-up où les visiteuses pouvaient voir, toucher et acheter les vêtements. Pour la créatrice, ce contact direct avec les clientes compte autant que la visibilité d’un défilé, car il permet de tester les coupes, les usages et la capacité d’une marque à trouver réellement son marché.
L’Uganda International Fashion Week, revenue cette année après six ans d’interruption, a justement placé le commerce au centre de son édition 2026. En plus du gala, le programme a intégré une Fashion and Business Expo destinée à connecter jeunes créateurs, marchés, mentors et acteurs de l’investissement, avec des participants venus de plusieurs pays africains et d’Inde.
Sur son site officiel, l’organisation présente désormais son travail comme un moyen de transformer le talent créatif en emplois et en entreprises viables, en particulier pour les femmes, les filles et les jeunes. Elle met en avant la formation, le mentorat et l’accès au marché parmi ses priorités.



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