Washington a démarché 49 pays africains pour étendre ses expulsions
Une enquête internationale révèle que les États-Unis ont approché 49 des 54 pays africains pour accueillir des migrants expulsés vers des pays tiers, avec au moins 410 millions de dollars mobilisés dans le dispositif.

Washington a approché 49 des 54 pays africains pour leur demander d’accueillir des personnes expulsées des États-Unis vers des pays dont elles ne sont pas ressortissantes, révèle une enquête internationale publiée lundi 21 septembre. Des documents internes du Département d’État montrent que 13 accords avaient déjà été conclus sur le continent.
L’enquête, coordonnée par Forbidden Stories avec 26 médias partenaires, établit qu’au moins 25 447 personnes ont été envoyées vers 28 pays tiers entre janvier 2025 et le 31 août 2026. Environ 20 000 ont été transférées vers le Mexique. Les autres ont principalement été dirigées vers des pays d’Afrique et d’Amérique latine, parfois sans lien préalable avec leur pays d’accueil.
Le dispositif est piloté par l’Office of Remigration, une structure créée en mai 2025 au Département d’État. Selon les documents consultés par le Washington Post et Forbidden Stories, l’administration américaine avait autorisé ou promis au moins 410 millions de dollars pour faciliter des accords avec 31 pays, principalement africains et latino-américains. Sur ce total, 81 millions de dollars étaient destinés directement à des gouvernements, tandis que d’autres enveloppes étaient prévues pour l’Organisation internationale pour les migrations et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
En Afrique, les documents citent notamment le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Ghana, le Rwanda, la Sierra Leone, le Liberia et l’Eswatini parmi les pays ayant accepté de recevoir des ressortissants de pays tiers. Au Ghana, 71 personnes avaient déjà été transférées selon les données internes arrêtées en juin. En RDC, le plafond prévu atteignait 2 000 personnes, dont 15 avaient déjà été reçues à cette date.
La politique est contestée devant les tribunaux américains. Le 18 septembre, une cour fédérale d’appel a confirmé l’obligation de laisser aux personnes concernées un délai suffisant pour contester leur envoi vers un pays tiers lorsqu’elles y invoquent un risque de persécution ou de mauvais traitements. Des avocats et organisations de défense des droits humains dénoncent des transferts effectués vers des pays où certains expulsés se retrouvent sans statut clair, sans réseau familial et avec un accès limité à l’assistance juridique.
La Maison-Blanche affirme que les transferts concernent des personnes sous le coup d’une décision d’expulsion dont le pays d’origine refuse le retour, ou qui ne peuvent y être renvoyées. Le HCR et l’OIM indiquent de leur côté ne pas être parties aux accords bilatéraux et assurent que les financements américains qu’ils reçoivent restent utilisés dans le cadre de leurs mandats humanitaires.



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