Sénégal : Ousmane Sonko réintégré comme député, le perchoir en ligne de mire
Ousmane Sonko pourrait faire son retour à l’Assemblée nationale dès le 26 mai, quatre jours après son limogeage de la Primature par Bassirou Diomaye Faye. Sa réintégration comme député et son éventuelle élection à la présidence de l’institution ouvriraient une nouvelle phase de confrontation politique au sommet de l’État, dans un contexte de contestation constitutionnelle et de recomposition interne au Pastef.

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L’Assemblée nationale sénégalaise se réunit en séance plénière mardi 26 mai 2026 à 9h00 pour examiner la réintégration d’Ousmane Sonko comme député et élire un nouveau président de l’institution, quatre jours après le limogeage de l’ex-Premier ministre par le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye.
La convocation a été signée dimanche par le premier vice-président de l’institution, Ismaïla Diallo, au lendemain de la démission du président sortant du perchoir, El Malick Ndiaye, proche de Sonko. Le Bureau de l’Assemblée avait dans la foulée validé, lors d’une réunion tenue dimanche à partir de 15h00, la demande de réintégration d’Ousmane Sonko à son siège de député, mandat suspendu depuis sa nomination à la Primature en avril 2024. Son suppléant, Ismaïla Wone, a renoncé à son mandat pour lui céder la place.
Avec 130 sièges sur 165, le Pastef dispose d’une majorité arithmétique suffisante pour élire son candidat sans avoir à solliciter de coalition. La majorité absolue requise pour le perchoir est fixée à 83 voix. Aucun autre nom que celui de Sonko n’a été avancé publiquement dans les rangs du parti.
El Malick Ndiaye, qui avait été élu président de la 15e législature en décembre 2024 avec 134 voix, a précisé dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux qu’il conservait son mandat de député. Il n’a pas explicitement cité l’éviction de Sonko de la Primature parmi les motifs de son départ.
Une contestation constitutionnelle avant la séance
La régularité de la procédure est contestée avant même la tenue de la plénière. Doudou Ka, ancien membre du gouvernement, a publié dimanche une déclaration qualifiant l’opération de « hold-up parlementaire » et d’« impossibilité constitutionnelle absolue ». Il s’appuie sur l’article 54 de la Constitution, qui dispose que les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice d’un mandat parlementaire. Selon Doudou Ka, Ousmane Sonko conduisait la liste nationale du Pastef lors des législatives de novembre 2024 tout en étant Premier ministre en exercice, sans démission préalable de ses fonctions gouvernementales.
Le constitutionnaliste Ndiaga Sylla a de son côté rappelé la règle applicable : un député nommé à un poste gouvernemental peut réintégrer l’Assemblée, sauf s’il a démissionné volontairement de son mandat. Dans le cas de Sonko, le mandat a été suspendu en raison des fonctions gouvernementales et non abandonné. Le professeur Moussa Diaw avait auparavant estimé que cette reprise de mandat était juridiquement possible.
Doudou Ka a formulé trois appels explicites dans sa déclaration, dont une demande au président Faye de ne pas valider la procédure et une invitation à relire l’article 39 de la Constitution. La présidence n’a pas réagi publiquement à ces déclarations.
Un rééquilibrage interne au sein du Pastef
Le limogeage de Sonko le 22 mai a révélé des tensions jusqu’alors contenues au sommet de l’État sénégalais entre le chef de l’État et son ancien mentor. La démission d’El Malick Ndiaye est perçue par plusieurs observateurs de la vie politique sénégalaise comme un positionnement en faveur de Sonko dans la reconfiguration interne qui s’ouvre au sein du Pastef.
Faye ne pourra pas dissoudre l’Assemblée nationale avant novembre 2026, soit deux ans après le début de la législature en cours. La question de la fidélité des 130 élus Pastef — à Faye ou à Sonko — constitue l’un des enjeux centraux de la séquence politique en cours.
Si Sonko est élu mardi à la présidence de l’Assemblée, il accéderait à la deuxième institution de la République, lui permettant de continuer à peser sur les orientations législatives et d’occuper un poste institutionnel de premier rang sans appartenir au gouvernement nommé par Faye.


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