Sécurité au Sahel : le Bénin et le Togo face au défi d’une coopération régionale renforcée

Face à la progression des attaques djihadistes dans les zones frontalières du Sahel et du golfe de Guinée, le Bénin et le Togo cherchent à adapter leur stratégie sécuritaire. Entre coopération avec les pays voisins, relations avec les partenaires traditionnels et montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel, la question d’une coordination régionale plus efficace revient au centre des débats.

La situation sécuritaire reste préoccupante dans plusieurs zones frontalières d’Afrique de l’Ouest, où les groupes armés poursuivent leurs incursions malgré les opérations militaires menées dans les pays du Sahel central. Les combats engagés au Mali, au Burkina Faso et au Niger contre les groupes extrémistes semblent contribuer à un déplacement progressif de certaines menaces vers les États voisins, notamment le Bénin et le Togo.
Cette évolution se traduit par une pression accrue sur les régions septentrionales de ces pays. Au Bénin, les zones frontalières avec le Niger, le Burkina Faso et le Nigeria restent particulièrement exposées. Début mars 2026, une attaque attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, connu sous son acronyme JNIM, a visé un poste militaire à Kofouno, dans le nord-est du pays. Selon les informations disponibles, l’attaque a fait 15 morts et cinq blessés dans les rangs de l’armée béninoise.
Face à cette situation, la question de la coopération régionale revient avec insistance. Le président Romuald Wadagni a souligné, le 21 mars, la nécessité pour le Bénin de renforcer le dialogue avec ses voisins afin de répondre plus efficacement aux défis sécuritaires. Il a notamment évoqué l’importance d’une reprise des échanges avec le Niger et d’une coordination plus étroite avec les pays directement confrontés à l’expansion des groupes armés.
Cette orientation intervient dans un contexte marqué par des interrogations sur les partenariats sécuritaires actuels du Bénin. La présence militaire française, régulièrement commentée dans le débat public, suscite des appréciations divergentes. Certains acteurs y voient un appui utile dans la lutte contre le terrorisme, tandis que d’autres estiment qu’une coopération plus directe avec les pays voisins pourrait permettre une meilleure maîtrise des réalités du terrain.
Le Togo fait également face à une menace persistante, en particulier dans sa partie septentrionale, près de la frontière avec le Burkina Faso. Les autorités togolaises ont renforcé leur dispositif sécuritaire dans cette zone, où les groupes armés utilisent des modes opératoires de plus en plus complexes. Des sources sécuritaires évoquent notamment des attaques menées par des groupes plus nombreux, avec des incursions en provenance du territoire burkinabè.
Contrairement au Bénin, le Togo entretient déjà une coopération opérationnelle avec les forces burkinabè, notamment dans le cadre d’actions coordonnées le long de la frontière. Lomé a également manifesté, à plusieurs reprises, son intérêt pour un rapprochement avec l’Alliance des États du Sahel. En 2025, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, avait évoqué la possibilité d’une coopération plus poussée avec ce bloc régional.
Pour les pays côtiers du golfe de Guinée, l’enjeu est désormais de trouver un équilibre entre les partenariats existants et la nécessité d’une réponse régionale adaptée aux réalités frontalières. Le Bénin et le Togo partagent avec les États du Sahel des préoccupations sécuritaires communes, liées notamment à la mobilité des groupes armés, aux trafics transfrontaliers et à la vulnérabilité de certaines zones rurales.
Dans ce contexte, une meilleure coordination entre les États concernés pourrait permettre d’améliorer le partage de renseignements, la surveillance des frontières et la conduite d’opérations conjointes. Au-delà des divergences diplomatiques, la lutte contre les groupes terroristes impose une approche pragmatique, fondée sur la coopération entre pays directement exposés à la menace.

