RDC : Félix Tshisekedi annonce un musée national du Genocost et une politique de mémoire renforcée

La République démocratique du Congo a commémoré à Kinshasa les victimes des guerres qui ravagent l’est du pays depuis près de trois décennies. Les autorités congolaises estiment que ces conflits ont provoqué plusieurs millions de morts et parlent de « Génocost », un génocide commis à des fins économiques.

SOCIéTé
99 vues
Le président congolais Félix Tshisekedi, à Washington, aux États-Unis, le 8 décembre 2025.
Le président congolais Félix Tshisekedi, à Washington, aux États-Unis, le 8 décembre 2025.
3 min de lecture
Google News Commenter

SOMMAIRE

La cérémonie officielle s’est tenue au Mémorial du Genocost, sous la présidence de Félix Tshisekedi. Le chef de l’État a de nouveau dénoncé l’agression attribuée au Rwanda et à l’AFC-M23, tout en réaffirmant l’engagement des institutions congolaises en faveur de la vérité, de la justice et des réparations.

Devant le mémorial, des rescapés de violences ont entonné un chant dans une grande émotion. Parmi eux, une femme victime de violences sexuelles et devenue orpheline pendant le conflit a également raconté la mort de son mari, tué par un obus lors de la prise de Goma par l’AFC-M23 au début de l’année 2025.

La survivante a appelé les responsables des crimes à répondre de leurs actes, affirmant que le sang des victimes réclamait justice. Félix Tshisekedi lui a assuré que leur souffrance ne serait jamais oubliée et que leur droit à la vérité, à la justice, à la réparation et à la sécurité serait défendu.

Le gouvernement prévoit la création d’un musée national du Génocost. L’établissement devra rassembler les archives, les témoignages, les preuves matérielles ainsi que les travaux scientifiques consacrés aux violences commises dans l’est de la RDC.

Le Parlement est également appelé à adopter de nouveaux textes destinés à renforcer la justice transitionnelle et à protéger le patrimoine mémoriel. Les autorités souhaitent aussi lutter contre la falsification de l’histoire et poursuivre leur plaidoyer international pour faire reconnaître les crimes commis sur le territoire congolais.

La commémoration intervient alors que les combats se poursuivent dans l’est du pays entre les forces congolaises et les rebelles de l’AFC-M23, soutenus selon Kinshasa par le Rwanda. Kigali rejette ces accusations, tandis que la progression du mouvement armé a provoqué de nouveaux déplacements de populations et aggravé une crise humanitaire déjà profonde.

Le président du comité Genocost dans le Haut-Katanga, Duc M’Buyi, a rappelé que la commémoration des morts constituait un devoir de mémoire et un rempart contre l’oubli. Les cérémonies organisées depuis trois ans visent à inscrire durablement la mémoire des victimes dans les institutions et dans l’espace public.

Des critiques sur l’avenir politique

Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a toutefois livré une lecture très critique de la situation politique. Alors que le président Tshisekedi affirme vouloir mettre fin aux cycles de violences, le médecin accuse son régime d’envisager une modification de la Constitution susceptible de permettre la prolongation d’un mandat qui doit s’achever en 2028.

Denis Mukwege a qualifié cette initiative de démarche dangereuse. Selon lui, une telle réforme pourrait provoquer une nouvelle déstabilisation interne, attiser les tensions politiques et entraîner de nouvelles pertes humaines parmi la population congolaise.

Le gouvernement congolais fait de la reconnaissance du Génocost un axe majeur de sa diplomatie. Il entend obtenir une meilleure prise en compte des crimes commis dans l’est de la RDC, tout en poursuivant les efforts annoncés en matière de justice transitionnelle et de conservation des preuves.

À NE PAS MANQUER

Commentaires

FIL D'ACTU
12:06 Maurice : démission d’une ministre après l’arrestation de son mari dans une affaire de trafic de drogue