Rapport d’activités à l’Assemblée nationale: la fin des « votes de rejet » ?
Ce jeudi 23 avril 2026, Joseph Fifamin Djogbénou se prêtera à un exercice hautement symbolique : la présentation de son premier rapport d’activités devant les députés de la 10ᵉ législature de l’Assemblée nationale du Bénin.

SOMMAIRE

Un rendez-vous institutionnel classique en apparence, mais politiquement chargé si l’on observe l’évolution récente du Parlement béninois.
Ce rapport, couvrant la période d’octobre 2025 à avril 2026, retrace les premières orientations de la nouvelle présidence : initiatives parlementaires, relations interinstitutionnelles, diplomatie parlementaire et organisation interne.
Il s’inscrit dans la logique formelle de la reddition de comptes prévue par le règlement intérieur. Mais l’essentiel n’est peut-être pas dans le contenu du document. Il est dans le contexte politique qui l’entoure.
Vers le temps de l’unanimité assumée ?
Il faut remonter à la 9ᵉ législature pour mesurer le contraste. À l’époque, la présence du parti Les Démocrates dans l’hémicycle avait introduit une conflictualité assumée. Les rapports d’activités de l’ancien président de l’Assemblée, Louis Vlavonou, étaient régulièrement rejetés par l’opposition, non pas tant sur des considérations techniques que comme acte politique.
Le vote devenait alors un outil de contestation, voire de marquage idéologique.
Cette séquence appartient désormais au passé.
La 10ᵉ législature est qualifiée, sans détour, de monocolore. Aucun député d’opposition ne siège à l’Assemblée. Tous les élus sont issus de la mouvance présidentielle. Dans cette configuration, l’exercice de présentation du rapport d’activités tout comme le vote des lois change radicalement de nature.
Il ne s’agit plus d’un moment de confrontation, mais d’une formalité institutionnelle appelée, sauf surprise majeure, à être validée à l’unanimité.
Un Parlement sans dissidence, entre efficacité et questionnement démocratique
Le basculement de la confrontation à l’unanimisme n’est pas inédit dans l’histoire parlementaire béninoise. Le pays a déjà connu des législatures où les lois étaient adoptées sans la moindre voix discordante. L’efficacité législative y gagnait ce que le pluralisme perdait.
Le moment actuel s’inscrit clairement dans cette tradition. La présentation du rapport d’activités de Joseph Djogbénou ce jour devrait ainsi consacrer un Parlement apaisé, discipliné, aligné.
Pour ses partisans, c’est la preuve d’une institution enfin sortie des blocages et des postures de rejet. Pour ses critiques, c’est le symptôme d’un affaiblissement du débat contradictoire, pourtant consubstantiel à la démocratie qui s’annonce.
Ancien président de la Cour constitutionnelle, Joseph Djogbénou connaît mieux que quiconque la portée symbolique des actes institutionnels. En soumettant son premier rapport à l’appréciation des députés, il ne cherche pas seulement une validation formelle.
Il installe une méthode, affirme une autorité et consolide une majorité acquise d’avance.
Le vote qui suivra dira peu de choses sur la qualité intrinsèque du rapport. Il dira beaucoup, en revanche, sur l’état du Parlement béninois aujourd’hui : un espace de consensus maîtrisé, où la page du rejet est bel et bien tournée, au profit d’une gouvernance parlementaire sans opposition visible.
Reste une question de fond, que ce rapport ne tranchera pas : jusqu’où un Parlement peut-il fonctionner à l’unanimité sans s’exposer au reproche d’uniformité démocratique ?



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