Nigeria : Seyi Makinde quitte la ligne du PDP et vise la présidence sous la bannière de l’APM
Le gouverneur de l’État d’Oyo, Seyi Makinde, a officialisé sa candidature à la présidentielle nigériane de 2027 sous la bannière de l’APM, après un accord conclu entre sa faction du PDP et ce parti peu visible jusque-là sur la scène nationale. Cette annonce intervient dans un contexte de profonde fragmentation de l’opposition, alors que l’ADC attire déjà Atiku Abubakar et Rotimi Amaechi dans sa propre primaire.

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Le gouverneur de l’État d’Oyo, Seyi Makinde, a déclaré jeudi 14 mai sa candidature à l’élection présidentielle nigériane du 16 janvier 2027, lors d’un grand rassemblement tenu à la salle Mapo d’Ibadan. Il se présentera sous l’étiquette du Mouvement populaire allié (Allied Peoples Movement, APM), un parti de dimension nationale jusqu’ici peu visible, au terme d’un protocole d’accord signé dans la matinée entre sa faction du Parti démocratique populaire (PDP) et l’APM. « Je déclare ma candidature à la fonction de président de la République fédérale du Nigeria », a déclaré Makinde devant ses partisans, employant ses prénoms complets : « Je, Oluseyi Abiodun Makinde. »
Aux termes du mémorandum d’accord, signé par Makinde et le président national de l’APM, Yusuf Dantalle, les candidats loyaux à Makinde pour les scrutins de gouverneur, de sénateur, de représentant et de député d’État concourront sous l’étiquette APM plutôt que PDP en 2027. Makinde a qualifié l’alliance de « premier grand accord » de l’opposition et l’a labellisée « Mouvement Reset Nigeria ».
L’alliance face à la division du PDP
La démarche de Makinde s’inscrit dans une crise ouverte au sein du PDP, partagé entre deux factions depuis plusieurs mois. La fraction reconnue par la Commission électorale nationale indépendante (INEC) est dirigée par Abdulrahman Mohammed, avec le soutien du ministre du Territoire de la capitale fédérale, Nyesom Wike. La fraction adverse, qui a signé l’accord avec l’APM, est conduite par Tanimu Turaki, soutenu par Makinde. Le président de la faction Turaki, Seyi Bamidele, a apposé sa signature sur le protocole d’accord au nom du PDP, et Oladele Oyadeji pour l’APM.
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Wike a réagi le jour même depuis Abuja, en marge d’une inspection de chantiers routiers à Gwagwa-Yangoje dans l’arrondissement de Kwali : « Ce que vous avez, c’est Seyi Makinde qui rejoint l’APM pour réaliser son ambition présidentielle, qui est déjà morte à la naissance. » Il a contesté l’existence même de l’alliance PDP-APM, affirmant que le gouverneur de l’État de Bauchi, Bala Mohammed, n’en avait jamais fait état. La faction PDP-Mohammed a pour sa part lancé le même jour une procédure d’examen de ses propres aspirants présidentiels, sans référence à l’APM.
Ingénieur électricien formé à l’Université de Lagos, né le 25 décembre 1967 à Ibadan, Makinde a fondé le groupe Makon Limited, une entreprise spécialisée dans les systèmes de mesure de fluides et de gaz pour le secteur pétrolier. Élu gouverneur d’Oyo en 2019 sous l’étiquette PDP avec 515 621 voix, il a été réélu en mars 2023 contre le candidat du Congrès des progressistes au pouvoir (APC). Ses partisans citent en sa faveur des projets d’infrastructure, l’expansion de l’agroalimentaire et des réformes de l’éducation dans l’État. Il achèvera son second et dernier mandat constitutionnel de gouverneur en 2027. Il a d’ores et déjà désigné Bimbo Adekanmbi, ancien commissaire aux finances sous l’administration Ajimobi, comme candidat consensuel de l’APM pour lui succéder à la tête de l’État d’Oyo.
Un paysage de l’opposition fragmenté
La déclaration de Makinde intervient le jour même où l’ancien vice-président Atiku Abubakar et l’ancien ministre Rotimi Amaechi ont déposé leurs dossiers de candidature à la primaire présidentielle de l’ADC (Congrès démocratique africain) à Abuja, ajoutant une nouvelle pièce à un paysage de l’opposition particulièrement morcelé à moins de huit mois du coup d’envoi des campagnes présidentielle et parlementaire, fixé par l’INEC au 19 août 2026.
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Makinde avait en avril organisé à Ibadan un sommet de l’opposition réunissant Atiku, l’ancien candidat présidentiel Peter Obi, Amaechi, l’ancien président du Sénat David Mark et d’autres figures, en vue d’un candidat unique contre le président sortant Bola Tinubu. Obi a depuis rejoint le Nouveau Congrès démocratique (NDC). L’APC au pouvoir a, par la voix de son porte-parole Felix Morka lors du sommet d’avril, qualifié l’opposition de dépourvue de programme crédible : « L’opposition n’offre aux Nigérians aucune vision claire ; elle ne fait que recycler des griefs. »
L’INEC a fixé l’élection présidentielle et les législatives au 16 janvier 2027, les élections de gouverneurs et d’assemblées d’États au 6 février 2027.


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