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Le pape Léon XIV demande pardon pour le retard de l’Église à condamner l’esclavage

Le pape Léon XIV a publié sa première encyclique, Magnifica Humanitas, consacrée aux défis posés par l’intelligence artificielle à la dignité humaine. Dans ce texte fortement symbolique, le souverain pontife appelle à encadrer les technologies numériques, dénonce les nouvelles formes de servitude contemporaine et demande pardon pour le retard historique de l’Église dans la condamnation universelle de l’esclavage.

RELIGION
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Quatre pays africains à l'honneur lors de la tournée du pape Léon XIV en Afrique
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Le pape Léon XIV a publié lundi 25 mai sa première encyclique, intitulée Magnifica Humanitas (« Humanité magnifique »), un texte de 130 pages consacré à « la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». Le souverain pontife y appelle à « désarmer » l’IA pour « l’empêcher de dominer l’humain » et y demande « sincèrement pardon » pour le retard avec lequel l’Église a formulé une « condamnation formelle, absolue et universelle » de l’esclavage, qu’il qualifie de « blessure dans la mémoire chrétienne ». Le pape a participé en personne à la présentation du document, une première dans l’histoire pontificale récente, aux côtés de hauts responsables du Saint-Siège et d’experts de l’IA, dont le cofondateur de la start-up américaine Anthropic.

L’encyclique a été signée le 15 mai, date du 135e anniversaire de Rerum Novarum (1891), le texte de Léon XIII qui avait posé les fondements de la doctrine sociale de l’Église face à la première révolution industrielle. La publication le 25 mai, jour de la Pentecôte, renforce le caractère symbolique de l’acte. Léon XIV, né Robert Prevost, premier pape nord-américain de l’histoire de l’Église catholique, avait expliqué lors de son élection en mai 2025 avoir choisi son nom pontifical précisément pour s’inscrire dans la continuité de Léon XIII, afin de répondre à la révolution numérique comme son prédécesseur avait répondu à la révolution industrielle.

L’IA comme risque de servitude contemporaine

Au cœur du document, le pape décrit l’intelligence artificielle comme une technologie qui « ne peut être considérée comme moralement neutre » et dont l’essor génère ce qu’il nomme des « nouvelles formes d’esclavage ». Il appelle à une régulation effective des algorithmes, à davantage de transparence des systèmes d’IA et à une « alphabétisation numérique » permettant aux citoyens de comprendre les mécanismes qui orientent leurs choix.

L’encyclique dénonce la concentration du pouvoir numérique entre un petit nombre d’acteurs économiques, qualifiant les données personnelles et démographiques de « nouvelles terres rares du pouvoir ». Léon XIV avertit que l’humanité se trouve devant un « choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble ». La délégation à des algorithmes de « décisions létales » dans le domaine militaire est explicitement condamnée : « Aucun algorithme ne peut rendre la guerre moralement acceptable », écrit-il.

Sans citer aucun nom, Léon XIV réaffirme dans l’encyclique « le dépassement de la théorie de la guerre juste, trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre », une formulation lue comme une critique directe de l’administration américaine de Donald Trump, qui a fait de ce concept un argument de sa politique étrangère. Le pape regrette que « l’humanité soit en train de glisser vers une culture violente de la puissance » qui normalise la guerre comme « instrument de politique internationale ».

Cette prise de position fait suite à une déclaration directe du pape en avril 2026, lors de laquelle il avait qualifié d’« inaceptable » la menace de Trump contre l’ensemble du peuple iranien, précisant en anglais — la langue de Trump — que les attaques contre les infrastructures civiles étaient contraires aux lois internationales.

Pardon pour l’esclavage, condamnation renouvelée

Le passage consacré à l’esclavage constitue l’un des moments les plus marquants du texte. L’Église « renouvelle sa condamnation ferme de toute forme d’esclavage, de traite et de marchandisation des personnes » et avertit que ne pas réagir à ces « graves violations de la dignité humaine » revient « à s’en rendre complice ». La demande de pardon pour les siècles de tolérance de l’Église à l’égard de l’institution esclavagiste s’inscrit dans la continuité du nom pontifical choisi : c’est sous le pontificat de Léon XIII que paraissent, en 1888, les premières encycliques condamnant formellement l’esclavage.

Des experts ont estimé que l’impact de Magnifica Humanitas pourrait être comparable à celui de l’encyclique Laudato Si’ de François (2015), dont la condamnation du réchauffement climatique avait entraîné une onde de réactions dans les milieux politiques et économiques mondiaux.

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