La Tunisie et la « malédiction » des coupes du monde
Éliminée dès la deuxième journée du groupe F avec neuf buts encaissés et un seul marqué, la Tunisie réalise sa pire Coupe du monde. Elle quitte le Mexique avec le triste titre de première nation africaine sortie de l’édition 2026, après avoir changé de sélectionneur en pleine compétition. Un épilogue qui prolonge un bilan historique sans appel : sept participations mondiales, aucune qualification pour les huitièmes de finale.

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La Tunisie quitte déjà le Mondial 2026 par la petite porte. Battus 5-1 par la Suède puis 4-0 par le Japon, les Aigles de Carthage sont éliminés dès la deuxième journée du groupe F, avec neuf buts encaissés en deux matches et un changement de sélectionneur en pleine compétition. Un nouvel échec qui prolonge une longue série noire : en sept participations à la Coupe du monde, la sélection tunisienne n’a toujours jamais franchi le premier tour.
En sept Coupes du monde disputées depuis 1978, la Tunisie n’avait jamais sombré aussi vite, aussi profondément. La défaite 4-0 concédée face au Japon le 21 juin au stade de Monterrey, qui entérine l’élimination des Aigles de Carthage dès la deuxième journée du groupe F, marque l’aboutissement d’une campagne qui a cumulé en dix jours à peu près tout ce qu’une participation au Mondial peut produire de désastreux : un score fleuve, un limogeage, une nomination de sauveteur, un nouveau désastre, et une sortie prématurée de la compétition avant même d’avoir disputé l’intégralité de la phase de groupes.
Avec un seul but inscrit – la tête d’Omar Rekik sur centre de Hannibal Mejbri contre la Suède (5-1, 14 juin) – et neuf encaissés en deux matches, la Tunisie présente le pire bilan offensif et défensif des Aigles de Carthage dans une édition de la Coupe du monde. Elle devient par la même occasion la troisième équipe éliminée de l’édition 2026, après Haïti et la Turquie.
Le groupe F, une mise à mort en deux actes
Le sort avait pourtant semblé relativement clément au moment du tirage : le groupe F associait certes les Pays-Bas et le Japon, deux équipes de niveau supérieur, mais la Suède – absente au Qatar en 2022 et qualifiée tardivement via les barrages européens – ne semblait pas rédhibitoire sur le papier.
Le match d’ouverture face aux Suédois, le 14 juin à Monterrey, a dissipé toute illusion. Ouverture du score de Yasin Ayari à la 7e minute – l’ironie étant que ce milieu de terrain d’origine tunisienne avait refusé de représenter la Tunisie en 2021 – doublé par Alexander Isak (30′), réduction de l’écart par Rekik (43′), puis effondrement total en seconde période avec les buts de Viktor Gyökeres (59′), Mattias Svanberg (84′) et un nouveau but d’Ayari en toute fin de match (90’+6). Score final : 5-1.
La réaction de la fédération tunisienne a été immédiate et radicale. Le lendemain du match, soit le 15 juin, Sabri Lamouchi – recruté en janvier 2026 après le limogeage de Sami Trabelsi sur une élimination en huitièmes de finale de la CAN 2025 – était à son tour limogé après avoir dirigé un seul match de Coupe du monde. Le 17 juin, Hervé Renard, technicien français notamment connu pour ses victoires en CAN avec la Zambie (2012) et la Côte d’Ivoire (2015), et plus récemment sélectionneur de l’équipe de France féminine, était désigné pour tenter le redressement.
Renard, deux jours pour un miracle
Le technicien avait lui-même déclaré avant d’affronter le Japon : « Je ne suis pas un sorcier. » Il avait raison. Face aux Samouraïs bleus, l’équipe a reproduit les mêmes défaillances défensives. Daichi Kamada a ouvert le score dès la 4e minute, Ayase Ueda a doublé la mise à la 31e, Junya Ito a aggravé le score à la 69e et Ueda a conclu sur un doublé à la 83e. Au total, neuf buts encaissés sur l’ensemble des deux rencontres, contre un seul inscrit.
Il serait injuste de faire porter à Renard – arrivé quarante-huit heures avant le coup d’envoi, sans préparation ni connaissance réelle du groupe – la responsabilité d’une telle déroute. Sa mission était structurellement impossible. Ce qui l’est moins, c’est d’expliquer pourquoi une sélection dont les joueurs évoluent dans des championnats européens compétitifs – Hannibal Mejbri (Manchester United puis Sevilla FC), Ellyes Skhiri (Eintracht Francfort), Anis Ben Slimane (Brighton) – a pu s’effondrer à ce point dès son entrée en lice.
Une malédiction de phase de groupes
Le naufrage de 2026 s’inscrit dans un bilan historique qui ne laisse guère de place à l’optimisme conjoncturel. En sept participations à la Coupe du monde, la Tunisie n’a jamais franchi le cap de la phase de groupes. En 21 matches disputés – le troisième de la phase de groupes face aux Pays-Bas restant à jouer mais sans enjeu sportif – elle n’a remporté que trois victoires : le match fondateur contre le Mexique en 1978 (3-1), qui fit des Aigles de Carthage la première équipe africaine à s’imposer dans un Mondial, et une seule victoire quarante ans plus tard, contre le Panama en 2018 (2-1).
La participation de 2022 au Qatar avait pourtant contenu une lueur : la Tunisie avait battu la France championne du monde sortante (1-0) lors du dernier match de poule, une victoire symbolique sans incidence sur la qualification – la France était déjà assurée de terminer première. Le reste de ce palmarès mondial se résume à cinq nuls et treize défaites, avec une différence de buts négative de 28 buts encaissés pour 15 inscrits avant la présente édition.
Une crise structurelle qui dépasse le terrain
Ce bilan montre que les difficultés de la sélection tunisienne sont moins conjoncturelles que systémiques. Depuis 2022, la fédération tunisienne de football a traversé une crise profonde : l’emprisonnement de l’ancien président Wadie Jary pour corruption en 2024, la nomination d’un comité de réconciliation par la FIFA, plusieurs changements d’entraîneurs en cascade – Jalel Kadri, Montasser Louhichi par intérim, Sami Trabelsi, Sabri Lamouchi, Hervé Renard – en moins de deux ans.
Cette instabilité institutionnelle a rendu impossible la mise en place d’un projet sportif cohérent. Les changements d’entraîneur à répétition se sont traduits par une incapacité à construire un schéma de jeu stable, une défense friable – neuf buts encaissés en deux matches à Monterrey – et une absence de réponse collective dans les moments de pression. À cela s’ajoute la génération actuelle, qui compte pourtant des talents réels mais dont la cohabitation sur le terrain n’a jamais semblé aboutir à une cohérence collective.
La Tunisie jouera son troisième match contre les Pays-Bas pour la forme. Hervé Renard restera aux commandes pour ce match sans enjeu classement. L’avenir de l’entraîneur français et la reconstruction de la sélection constitueront les principaux sujets à traiter dans les jours qui suivent. Après sept Coupes du monde sans passer le premier tour, la question de la réforme en profondeur de la fédération et du projet footballistique national ne peut plus être différée.



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