La guerre au Moyen-Orient aurait déjà coûté 0,3 point de croissance à l’Afrique
Le Fonds monétaire international (FMI) relève que l’Afrique subsaharienne a connu en 2025 sa plus forte accélération de croissance depuis plus d’une décennie, à 4,5%, portée par la reprise d’économies comme l’Éthiopie et le Nigeria. Le rapport régional d’avril 2026 note parallèlement une inflation médiane ramenée à 3,4% fin 2025, un recul des déficits et une réduction moyenne du niveau d’endettement public.

SOMMAIRE

Selon l’institution, la dynamique de 2025 est large et plus d’une dizaine de pays ont enregistré des croissances supérieures à 6%, tandis que des États tels que le Bénin, la Côte d’Ivoire, l’Ouganda et le Rwanda figurent parmi les plus performants à l’échelle mondiale. Les exportations, des prix de matières premières encore soutenus et des transferts de fonds robustes ont contribué à améliorer les soldes extérieurs.
Les finances publiques ont montré des signes d’assainissement. Le déficit budgétaire médian serait passé de 3,4% à 3% du PIB entre 2024 et 2025 et le ratio médian de la dette publique serait descendu de 57,2% à 53,1% du PIB, appuyé par des opérations de restructuration dans plusieurs pays.
Choc énergétique et vulnérabilités exposées
La progression observée est néanmoins sérieusement remise en cause par un choc externe: la guerre au Moyen-Orient. La hausse des prix du pétrole et du gaz alourdit la facture énergétique des importateurs et réduit les volumes disponibles, provoquant des perturbations d’approvisionnement et une inflation importée.
Des pénuries de carburant ont affecté la production d’électricité, les transports et certaines industries au Kenya, au Malawi et en Sierra Leone, tandis que l’envolée des prix à la pompe alimente des tensions sociales au Mali et au Zimbabwe. Parallèlement, l’augmentation du coût des engrais menace la production agricole et accentue les risques d’inflation alimentaire.
Les perturbations du transport maritime et la montée des coûts logistiques pèsent sur les chaînes d’approvisionnement; le tourisme recule dans des destinations comme le Rwanda et les Seychelles, réduisant des recettes qui compensaient en partie les déficits extérieurs.
En réaction, le FMI a ajusté ses prévisions: la croissance régionale est attendue à 4,3% en 2026 et l’inflation médiane devrait remonter à environ 5% d’ici la fin de l’année. Ces moyennes cachent des trajectoires divergentes entre pays exportateurs d’hydrocarbures, dont le solde courant s’améliore, et pays importateurs dont le déficit se creuse.
Les tensions budgétaires augmentent: le déficit public médian pourrait remonter à 3,2% du PIB en 2026, les subventions aux carburants pèsent sur les besoins de financement, et plus d’un tiers des pays présentent un risque élevé de surendettement, la charge des intérêts absorbant une part croissante des recettes publiques.
Sur le plan structurel, la croissance du PIB par habitant restera modeste à moyen terme et les risques sociaux et alimentaires sont renforcés: une forte hausse des prix alimentaires pourrait aggraver la malnutrition et accroître le nombre d’enfants en situation de malnutrition aiguë. Dans un scénario adverse, le FMI estime que les pays importateurs d’énergie pourraient subir une perte de croissance allant jusqu’à 1,5 point en 2026 et 2,8 points en 2027, et que l’inflation régionale pourrait augmenter d’environ 2,4 points en 2026 et 3,8 points en 2027, selon les estimations du FMI.



Commentaires