Droits humains: Amnesty International alerte sur un recul «inquiétant» au Bénin et dans le monde
Amnesty International Bénin était face à la presse ce mardi au Bénin Royal hotel. Et l’ONG a procédé au lancement du rapport sur la situation des droits humains dans le monde, avec un focus particulier sur le Bénin pour les années 2025 et 2026. Un rapport qui dresse un constat alarmant de la situation des droits humains. Entre montée des pratiques autoritaires à l’échelle mondiale et restrictions persistantes au Bénin, l’ONG appelle à des réformes urgentes et interpelle le rôle des médias.

SOMMAIRE

Amnesty International Bénin a dévoilé ce mardi, lors d’une conférence de presse au Bénin Royal hotel, son rapport 2025-2026 sur la situation des droits humains. Face aux professionnels des médias, l’ONG a dressé un constat préoccupant de l’état des droits humains, tant à l’échelle mondiale que nationale. Un diagnostic sans concession, marqué par la montée des pratiques autoritaires et l’affaiblissement des garanties fondamentales.
« L’année 2025 n’a malheureusement pas marqué de rupture positive. Au contraire, les pratiques autoritaires se sont intensifiées à l’échelle mondiale », a souligné Dieudonné Dagbeto, directeur exécutif d’Amnesty International Bénin. Présenté la veille au niveau international, le document passe en revue la situation dans 144 pays. Il met en évidence une série de tendances lourdes : répression accrue des oppositions, discriminations persistantes, conflits armés aux conséquences dramatiques pour les civils, mais aussi recul de l’aide humanitaire et usage détourné des nouvelles technologies.
« Les droits fondamentaux sont aujourd’hui confrontés à des menaces croissantes, portées par des dynamiques politiques et économiques qui fragilisent les équilibres internationaux », a insisté le responsable, évoquant une évolution qui dépasse désormais la simple « érosion » pour s’apparenter à « des attaques directes contre les fondements mêmes de l’ordre international ».
Le Bénin sous surveillance
Au niveau national, le rapport met en lumière plusieurs points d’alerte. Les libertés d’expression et de réunion pacifique restent sous pression, notamment à travers l’utilisation de certaines dispositions légales encadrant la communication numérique.
Des journalistes et des acteurs politiques ont été interpellés ou poursuivis, tandis que certains médias ont fait l’objet de suspensions. Parallèlement, la situation sécuritaire dans le nord du pays continue de se dégrader, avec une hausse des déplacements internes et des conditions de vie jugées précaires pour les populations affectées.
Le document pointe également les difficultés liées à la détention provisoire, aux conditions carcérales et aux expulsions forcées insuffisamment compensées. Face à ces constats, Amnesty International appelle les autorités béninoises à « renforcer les garanties en matière de libertés fondamentales » et à engager des réformes structurelles pour améliorer la protection des droits humains.
Un appel aux médias
Dans un propos plus direct, le directeur exécutif a interpellé les professionnels de l’information sur leur rôle dans la défense des libertés. « Je pense que, pour apprécier réellement le niveau de liberté d’expression, il n’est pas toujours nécessaire de produire de longs rapports. Il suffit parfois de réunir des professionnels des médias dans une salle, de leur poser des questions, et de constater qu’ils hésitent à s’exprimer librement », a-t-il lancé.
Avant d’insister : « Vous êtes au cœur de la société : à la fois témoins, relais et acteurs de l’information. Si les violations ou atteintes aux droits ne sont pas documentées et relayées, il devient difficile […] d’avoir de la matière pour pouvoir travailler. » Dans cette optique, l’organisation annonce le lancement prochain d’un prix médiatique dédié aux droits humains, qui pourrait, pour sa troisième édition, prendre une dimension régionale.



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