Disparition forcée de Moussa Sareba au Burkina Faso, l’État reste silencieux
Il y a quatre mois, le journaliste béninois Moussa Sareba a disparu à Ouagadougou après avoir été approché le 10 août au matin par des individus se présentant comme des agents de la police nationale, selon des informations recueillies par Reporters sans frontières (RSF). L’affaire soulève des interrogations sur les circonstances de son interpellation, l’absence d’information officielle et les mesures prises contre la radio liée à l’article incriminé.

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Selon le récit transmis à RSF, Sareba aurait reçu un appel l’invitant à se rendre dans les locaux de Fil Infos, situés près du boulevard Thomas Sankara, et s’y serait rendu à mobylette. À son arrivée, plusieurs personnes en civil s’affichant comme des agents de la Direction générale de la police nationale (DGPN) lui auraient demandé de les suivre. Le groupe s’est ensuite rendu à son domicile dans le 11e arrondissement d’Ouagadougou.
Sur place, toujours d’après RSF, Moussa Sareba serait entré chez lui en compagnie de deux des individus afin de récupérer son téléphone et son ordinateur. Depuis ce déplacement, sa famille et ses collègues n’ont plus de nouvelles et ignorent le lieu de sa détention. RSF a officiellement sollicité des renseignements auprès du ministère de la Communication, sans réponse reçue à ce jour.
Contexte éditorial et mesures administratives
Le déplacement de Sareba intervient dans un contexte tendu entre médias et autorités. Dix jours avant sa disparition, le 30 juillet, il avait publié sur la page Facebook de Radio Oméga un article fondé sur un flash d’actualité diffusé par la radio au sujet du décès de l’influenceur burkinabè Alino Faso. Dans ce texte, le terme « junte » était employé pour désigner les autorités au pouvoir depuis le coup d’État de septembre 2022.
La Haute autorité de la communication (Conseil supérieur de la communication, CSC) a sanctionné la station : le 1er août, Radio Oméga a fait l’objet d’une suspension de trois mois, motivée par des « propos malveillants et discourtois à l’égard des autorités », selon la décision rapportée par les organes de presse locaux. La sanction administrative a été prise avant les interpellations intervenues début août.
Par ailleurs, le journaliste ayant diffusé le sujet d’origine à la radio, Solomane Nikièma, a été arrêté le 9 août. Les sources indiquent qu’il a été détenu une partie de la journée et libéré le soir suivant. Ces arrestations et la suspension de la station s’inscrivent dans la chronologie immédiate des faits entourant la disparition de Moussa Sareba

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