Conflits, inflation, dette : le FMI redoute un effet domino en Afrique
À l’occasion des Assemblées de Printemps à Washington, le Fonds monétaire international a publié, jeudi 16 avril, son rapport annuel consacré à l’Afrique subsaharienne. Malgré une année 2025 jugée globalement positive, l’institution a révisé ses perspectives à la baisse en raison des tensions internationales qui pèsent désormais sur la région.

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Amadou Sy, responsable des études pour l’Afrique au FMI, souligne que les réformes engagées l’an dernier ont commencé à porter leurs fruits : croissance plus solide, inflation mieux contenue et situations budgétaires assainies dans plusieurs pays. Mais il avertit que ces progrès restent fragiles face aux chocs extérieurs et que les États doivent renforcer durablement leurs « coussins » financiers.
Le FMI met en avant la nécessité d’une diversification économique et d’une croissance créatrice d’emplois, portée davantage par le secteur privé que par l’investissement public. Sans ces transformations structurelles, expliquent les experts, les économies africaines resteront trop vulnérables aux secousses externes.
Concrètement, l’organisation a abaissé sa prévision de croissance pour la région en 2026 : le taux attendu est passé de 4,6 % à 4,3 %, tandis que l’inflation est anticipée à la hausse, un scénario lié aux répercussions du conflit au Moyen-Orient.
Impacts directs, effets en cascade et pistes d’action
Le rapport détaille plusieurs voies par lesquelles la crise internationale se répercute sur l’Afrique : flambée des prix du pétrole et des engrais, perturbations du transport maritime dans la mer Rouge et allongement des délais d’acheminement. Ces facteurs renchérissent non seulement l’énergie mais aussi les importations alimentaires et les intrants agricoles, affectant particulièrement les nations riveraines de l’océan Indien.
Des secteurs dépendants de la mobilité internationale, comme le tourisme, subissent également les retombées : des destinations très liées aux flux aériens via des plaques tournantes du Golfe voient leurs recettes menacées. Par ailleurs, la situation des nombreux travailleurs africains dans les pays du Golfe et l’évolution des transferts de fonds vers des économies telles que l’Éthiopie et le Nigeria restent des points de vigilance.
Au plan financier, le FMI signale un durcissement des conditions : appréciation du dollar et renchérissement du coût d’emprunt sur les marchés internationaux, ce qui réduit les marges de manœuvre des États confrontés à de lourdes contraintes budgétaires.
Les spécialistes insistent aussi sur les risques d’effets de second tour : la hausse du prix de l’énergie peut se traduire par une augmentation des coûts du transport et de la production d’électricité, entraînant une poussée généralisée des prix intérieurs.
Sur la dette publique, le rapport note des progrès en matière de gestion chez plusieurs pays — citant des opérations récentes menées par l’Angola, la Côte d’Ivoire, et l’émission, pour la première fois la semaine dernière, d’un eurobond par la République démocratique du Congo — mais souligne que les États ne maîtrisent pas l’appétit des investisseurs. En cas d’aversion accrue au risque, l’accès aux marchés peut se refermer brutalement.
Autre inquiétude majeure : la réduction nette de l’aide publique au développement. Selon les estimations du FMI, l’enveloppe bilatérale a diminué de 16 à 28 % en 2025, soit un manque à gagner évalué entre quatre et sept milliards de dollars par rapport à 2024. Cette contraction simultanée chez la plupart des grands donateurs, combinée à des coupures affectant les agences multilatérales, crée une situation d’imprévisibilité dommageable pour des programmes en cours.
Les pays les plus vulnérables — faibles revenus, fragilité ou zones en conflit — paient le prix fort : certains pourraient perdre plus de 10 % de leurs recettes publiques d’aide. Le Tchad, pays d’accueil majeur de réfugiés par habitant, et des États comme la République centrafricaine ou le Soudan du Sud voient des financements essentiels diminuer fortement. L’aide humanitaire a été particulièrement touchée, avec une chute estimée à 42 % en 2025.
Face à ces chocs, le FMI recommande des mesures ciblées et temporaires pour protéger les ménages les plus exposés plutôt que des subventions générales coûteuses et peu équitables. Il préconise aussi de préserver les dépenses à fort impact social, d’améliorer la coordination entre bailleurs et autorités locales, et d’explorer de nouvelles sources de financement, notamment le recours au capital privé pour certains projets.
Enfin, l’institution appelle à renforcer les capacités nationales : accroître la mobilisation des recettes intérieures, optimiser l’efficacité des dépenses publiques et conforter les équipes chargées de concevoir et d’exécuter les politiques d’aide afin d’amortir au mieux les chocs à venir.



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