Cameroun : Paul Biya ajuste sa communication face à sa longue absence du pays
La publication de décrets présidentiels vise à montrer que Paul Biya exerce toujours ses fonctions, alors que son absence prolongée du Cameroun alimente les interrogations sur une éventuelle vacance du pouvoir. Depuis le 7 juin 2026, le chef de l’État séjourne hors du pays sans apparition publique ni prise de parole directe.

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Le 3 août, plusieurs actes présidentiels ont notamment promu cinq colonels au grade de général de division et organisé des mouvements de personnels militaires au sein du ministère délégué à la présidence chargé de la Défense. Le 28 juillet, un autre décret avait admis un général en « deuxième section », une formulation utilisée pour désigner la retraite des officiers généraux au Cameroun.
Le secteur économique est également concerné par cette activité officielle. Le 30 juillet, Paul Biya a habilité le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à signer avec la Banque islamique de développement des accords de financement d’un montant proche de 28 milliards de francs CFA.
Ces décisions interviennent alors que les rumeurs sur l’état de santé du président se multiplient. Ses partisans s’efforcent de rassurer la population au sujet de son séjour en Suisse, inhabituellement long, mais Paul Biya reste absent des écrans et silencieux, une situation qui tranche avec les méthodes employées par le passé.
Une communication fondée sur la continuité de l’État
Lors de précédentes périodes de doute, le pouvoir camerounais avait privilégié la mise en scène d’apparitions présidentielles ou la diffusion de messages directs. Dans la seconde moitié de 2025, alors que Paul Biya se préparait à l’élection présidentielle et paraissait physiquement absent, des audiences avec des personnalités de haut rang, notamment des diplomates étrangers, avaient été organisées et largement médiatisées.
En juin 2004, après une rumeur annonçant sa mort en Suisse, la présidence avait publié un communiqué officiel. Paul Biya était ensuite rentré à Yaoundé, où il avait lancé une formule devenue célèbre en donnant rendez-vous, dans une vingtaine d’années, à ceux qui s’intéressaient à ses funérailles.
En 2026, la stratégie semble avoir changé. « La logique a aujourd’hui bifurqué. Le corps du chef de l’État n’est plus au centre du récit, c’est la permanence de l’État qui prend le relais », estime Joseph Keutcheu, enseignant à l’University of New Brunswick, au Canada.
Selon cet analyste, les décrets, les nominations, les courriers diplomatiques et les autres actes officiels doivent donner l’image d’une administration qui continue de fonctionner. « Le pouvoir cherche à faire parler les institutions plus que l’homme », explique-t-il, estimant que le message consiste à montrer que « la machine tourne » malgré l’éloignement du président.
Le poids de l’âge et l’opacité du séjour
Joseph Keutcheu relie cette évolution à plusieurs facteurs, à commencer par l’âge avancé du président, âgé de 93 ans. Miser sur des apparitions publiques destinées à démontrer sa vigueur physique serait devenu risqué, tandis que les technologies modernes permettent de gouverner à distance ou d’en donner l’impression.
Cette stratégie permettrait aussi, selon lui, de déplacer le débat. Au lieu de répondre directement aux interrogations médicales, le pouvoir met en avant la continuité administrative et les actes pris au nom du chef de l’État.
Un spécialiste de la communication, enseignant dans une université camerounaise, observe que Paul Biya ne se montre plus comme auparavant lors d’activités publiques ou d’audiences. « Il se tait, il peut donner des instructions, et puis il apparaît en des circonstances officielles, physiquement fébrile, mais présent quand même », analyse-t-il, en situant cette évolution depuis 2018.
Pour Thomas Atenga, professeur au département de communication de l’université de Douala, cette nouvelle approche traduit surtout l’affaiblissement de la parole officielle. Dans un contexte de perte de confiance envers les autorités, les déclarations destinées à rassurer la population relèvent selon lui d’un registre « incantatoire, voire divinatoire », alors que le séjour présidentiel en Suisse approche de deux mois.
Des interrogations persistantes
L’efficacité de cette communication institutionnelle reste discutée. Joseph Keutcheu considère qu’elle relève davantage d’une gestion de crise par l’image de l’État que d’une réponse directe aux inquiétudes de la population.
Cette méthode peut permettre de préserver le fonctionnement apparent des institutions à court terme, mais sa crédibilité dépendra de la durée de l’absence, de la cohérence des déclarations officielles et du niveau de confiance encore accordé au pouvoir. Pour le politologue, l’accumulation d’actes administratifs ne suffit plus totalement face à une opinion qui réclame davantage de transparence.
Thomas Atenga affirme que les réactions observées sur les réseaux sociaux illustrent la perplexité d’une partie de la population. Les interventions de membres du gouvernement y sont souvent tournées en dérision, tandis qu’une même interrogation revient régulièrement, celle de savoir ce qui est caché et jusqu’à quand.
Le retour de Paul Biya au Cameroun, annoncé comme imminent par le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, reste donc très attendu. Il en va de même pour la formation d’un nouveau gouvernement annoncée par le président à la fin de 2025 « dans les prochains jours », ainsi que pour la nomination d’un vice-président de la République.


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