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Bénin-Niger : sécurité, transit, contentieux… ce qu’il faut retenir des discusions de Cotonou

Les comités d’experts béninois et nigériens ont achevé, dimanche 21 juin 2026 à Cotonou, 48 heures de discussions sur la réouverture de la frontière commune. Les deux délégations disent s’être accordées sur des engagements sécuritaires, économiques et juridiques, mais la reprise effective du trafic reste suspendue à la ratification des conclusions par les présidents Romuald Wadagni et Abdourahamane Tiani.

DIPLOMATIE
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Comite d'expert pour la réouverture de la frontiere Bénin Niger à Cotonou ce dimanche 21 juin 2026
Comite d'expert pour la réouverture de la frontiere Bénin Niger à Cotonou ce dimanche 21 juin 2026 PH: DR
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SOMMAIRE

Les comités d’experts béninois et nigériens chargés d’examiner les conditions de réouverture de la frontière commune ont achevé leurs travaux conjoints samedi 21 juin en début d’après-midi à Cotonou, au terme de 48 heures de réunions. Les deux délégations, conduites par le général de division Mohamed Toumba, ministre d’État nigérien de l’Intérieur et de la Sécurité publique, et par le ministre béninois de l’Intégration africaine, Olushegun Adjadi Bakari, se sont accordées sur un ensemble d’engagements sécuritaires, économiques et juridiques. Ces conclusions doivent être ratifiées par les présidents Romuald Wadagni et Abdourahamane Tiani pour entrer en vigueur.

À l’issue des travaux, le général Toumba a estimé que les deux parties avaient tenu leurs engagements et « verrouillé la priorité sécuritaire ». Il a ajouté que les bases d’une normalisation économique et juridique avaient été posées, et appelé à une ratification des accords « dans les meilleurs délais » pour que ceux-ci marquent « le début d’une nouvelle ère ». Le ministre Adjadi Bakari a pour sa part salué l’esprit d’unité, jugeant qu’après 48 heures de travaux les deux délégations formaient « une seule délégation avec un seul objectif, refaire naître cet amour et ce lien séculaire entre nos deux peuples ».

Le volet sécuritaire

La délégation nigérienne a formellement notifié deux préalables que Niamey considère comme non négociables. Le premier porte sur la signature d’un accord bilatéral de défense et de sécurité fondé sur le principe de non-agression, interdisant l’utilisation du territoire de l’un des deux États pour mener des actions hostiles ou de déstabilisation contre l’autre. Le Niger entend ainsi obtenir des garanties juridiques sur sa frontière méridionale, en réponse aux accusations, formulées depuis 2023 et démenties par Cotonou, selon lesquelles le Bénin abriterait des bases militaires étrangères.

Le second préalable concerne la transparence sur les dispositifs militaires étrangers stationnés à proximité des frontières nigériennes, assortie de la création d’une cellule de renseignements conjointe. L’objectif affiché est de mutualiser les informations face à la menace des groupes armés qui opèrent de part et d’autre de la frontière, dans le nord du Bénin et le sud-ouest du Niger.

Le volet économique et juridique

Au-delà de la sécurité, les deux parties ont inscrit dans leurs engagements communs quatre principes destinés à encadrer la reprise des échanges. Le général Toumba a cité l’exonération des taxes sur le transit, l’interdiction de la mise en consommation des marchandises en transit, la révision des charges et le règlement des contentieux. Ces principes visent à restaurer un cadre économique prévisible pour les opérateurs des deux pays.

Bien qu’aucune référence explicite n’ait été faite au pipeline reliant les champs pétroliers d’Agadem au terminal de Sèmè-Kpodji, l’exonération du transit et l’interdiction de la mise en consommation concernent directement les conditions d’acheminement du brut nigérien à travers le territoire béninois. Le blocage de l’embarquement du pétrole, décidé par le président Talon en mai 2024 en représailles à la fermeture de la frontière, avait constitué le point le plus aigu du contentieux entre les deux pays. L’ouvrage, long d’environ 2 000 kilomètres pour un investissement estimé à six milliards de dollars, constitue la principale voie d’exportation du brut nigérien.

Le règlement des contentieux pourrait également concerner le différend autour de l’arrestation, en juin 2024, de cinq ressortissants nigériens poursuivis au Bénin pour atteinte à la sûreté de l’État, une affaire qui avait porté la tension à son comble entre les deux capitales.

Un processus conduit en trois semaines

Le rapprochement a été engagé le 2 juin, lorsque le président Wadagni, investi neuf jours plus tôt, s’est rendu en visite officielle à Niamey. Les deux présidents avaient adopté un communiqué conjoint en neuf points et créé un comité d’experts avec un mandat de quinze jours. Le 16 juin, un communiqué conjoint signé par les ministres Adjadi Bakari et Bakary Yaou Sangaré, chef de la diplomatie nigérienne, avait acté la clôture du premier cycle de travaux menés séparément et annoncé la réunion conjointe.

Le général Toumba, membre du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie et figure de la junte, a quitté Niamey le 19 juin après une réunion de cadrage au cabinet du Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine. Son déplacement à Cotonou est la première démarche nigérienne de ce niveau sur le sol béninois depuis la crise.

La prochaine étape est la ratification des conclusions par les deux chefs d’État. Aucune date de réouverture n’a été fixée, mais les déclarations des deux ministres, choisissant le registre de la fraternité retrouvée et de l’urgence, signalent une volonté d’accélérer le calendrier.

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