Togo : le poète Honoré Sitsopé Sokpor, alias « Affectio » présenté à un juge d’instruction et reconduit en prison
Le poète et cyberactiviste togolais Honoré Sitsopé Sokpor, alias « Affectio », détenu depuis le 24 avril à Lomé, a été présenté lundi 4 mai à un juge d’instruction qui a ordonné son placement en détention provisoire, a annoncé son avocat Me Paul Dodji Apevon.

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Le mis en cause est soupçonné d’avoir transmis à des membres de la diaspora, en particulier au Mouvement de la société civile du 6 juin (M66), des photographies prises sur un chantier en construction à Lomé. La transmission de ces clichés constitue, selon les autorités, le fondement des nouvelles poursuites engagées contre lui. La nature exacte de l’inculpation n’a pas été précisée publiquement.
Selon le récit de la défense et du Cadre national de concertation pour le changement au Togo (CNCC), l’intéressé avait pris le 24 avril des photographies de caniveaux nouvellement construits à proximité du domicile de ses parents. Interpellé une première fois sur place, il avait accepté d’effacer les images avant d’être contraint de suivre les agents pour rencontrer leur supérieur. Conduit successivement à la gendarmerie d’Agoényvé, à la brigade anti-gang de Djidjolé puis au Service central de recherches et d’investigations criminelles (SCRIC) le 30 avril, il a été maintenu en garde à vue durant onze jours, bien au-delà du délai légal maximal de quatre jours fixé par le code togolais de procédure pénale.
Affectio sortait d’une procédure antérieure pour laquelle il était sous contrôle judiciaire depuis décembre 2025. Arrêté une première fois le 12 janvier 2025 au carrefour La Pampa à Adidogomé, il avait été inculpé d’« atteinte à la sécurité intérieure de l’État » deux jours plus tard, après la publication sur Facebook d’un poème intitulé « Fais ta part » dans lequel il appelait les Togolais à « se dresser sans peur » face à l’oppression. La cour d’appel de Lomé avait rejeté sa demande de mise en liberté provisoire le 26 février 2025. Il avait passé près d’un an à la prison civile de Lomé avant sa libération conditionnelle en décembre.
Plusieurs organisations internationales avaient dénoncé la première détention. La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains Mary Lawlor avait exigé sa libération en avril 2025, estimant qu’il avait simplement « exercé son droit légitime à la liberté d’expression ». La FIDH, l’ACAT-France, AfricTivistes et la Media Foundation for West Africa s’étaient également mobilisées.
Une opposition mobilisée
L’Alliance nationale pour le changement (ANC), principal parti d’opposition, a exigé dans un communiqué du 30 avril la « libération immédiate et sans condition » de l’activiste. Son président national Jean-Pierre Fabre s’est rendu personnellement à deux reprises à la gendarmerie d’Agoényvé et à la brigade anti-gang de Djidjolé. Le commandant du groupement de gendarmerie, le colonel Banawai, lui avait promis « un dénouement rapide » avant de revenir, le lendemain, sur l’évolution du dossier en raison de l’exploitation du téléphone du détenu.
Le CNCC, plateforme regroupant l’ANC, l’ADDI, le FDR, le PSR et plusieurs organisations de la société civile, a publié le 2 mai un communiqué dénonçant des violences physiques et la privation d’eau infligées au détenu, ainsi que la non-prise en compte de ses problèmes de santé connus. Les autorités togolaises n’ont pas confirmé ces allégations.
Le code de procédure pénale togolais autorise le juge d’instruction à ordonner le placement en détention provisoire dès lors que les faits reprochés sont passibles d’une peine d’emprisonnement supérieure à trois mois, sous le contrôle de la chambre d’accusation de la cour d’appel. La décision est susceptible d’appel dans un délai de trois jours suivant sa notification.
L’affaire intervient dans un contexte de restriction de l’espace civique au Togo dénoncé par plusieurs ONG internationales depuis la révision constitutionnelle de 2024 qui a fait passer le pays d’un régime présidentiel à un régime parlementaire, avec à sa tête Faure Gnassingbé en qualité de président du Conseil des ministres.



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