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Cameroun : la société publique d’électricité Eneo renationalisée et devient Socadel

Le président camerounais Paul Biya a signé le 4 mai 2026 un décret transformant Energy of Cameroon (Eneo Cameroon SA), opérateur historique du secteur électrique, en société à capital public dénommée Société camerounaise d’électricité (Socadel), parachevant ainsi le processus de renationalisation engagé en 2025.

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L’État détient seul le capital de la nouvelle entité à la date de signature, les statuts prévoyant la possibilité d’ouvrir le capital à d’autres entités publiques ou au secteur privé. Le siège social de la Socadel reste fixé à Douala, capitale économique du pays. La société hérite de l’ensemble des activités de production, distribution, importation et commercialisation d’électricité ainsi que des actifs et engagements de l’ex-Eneo. Les employés sont intégrés à la nouvelle structure pour préserver les compétences techniques.

La Socadel sera placée sous la double tutelle technique du ministère de l’Eau et de l’Énergie et financière du ministère des Finances. Sa gouvernance reposera sur une Assemblée générale, un Conseil d’administration et une Direction générale. L’ancien ministre Antoine Ntsimi a été nommé au conseil d’administration de la nouvelle entité.

Aboutissement d’un processus de 18 mois

La transformation parachève une opération entamée le 19 novembre 2025, lorsque l’État camerounais avait racheté pour 78 milliards de FCFA les 51 % du capital d’Eneo détenus depuis 2014 par le fonds d’investissement britannique Actis. La participation publique avait alors été portée à 95 %, les 5 % restants étant réservés au personnel de l’entreprise.

Eneo dispose d’un parc de 44 centrales reposant sur un mix hydroélectrique, thermique et solaire, et exerce un quasi-monopole sur la distribution d’électricité au Cameroun. La société emploie environ 4 000 collaborateurs.

L’opérateur a connu plusieurs changements de capitaux depuis la privatisation de 2001, qui avait vu l’américain AES racheter la société historique Sonel (Société nationale d’électricité). Sonel avait elle-même succédé en 1974 à la Société d’énergie électrique du Cameroun, créée en 1948 sous l’appellation Enelcam. AES avait revendu sa participation à Actis en 2014.

Une dette de 800 milliards de FCFA héritée

La renationalisation s’effectue dans un contexte de crise financière persistante du secteur électrique. Selon les données du Fonds monétaire international, la dette globale d’Eneo avoisine 800 milliards de FCFA, soit environ 1,4 milliard de dollars, dont plus de 500 milliards (près de 900 millions de dollars) dus aux fournisseurs.

Dans son dernier rapport, le FMI estime que la substitution de l’État aux investisseurs privés a accentué les coûts budgétaires du secteur, le maintien de tarifs administrés en dessous du seuil de rentabilité contraignant le Trésor à des compensations financières récurrentes pour soutenir la trésorerie de l’entreprise. L’institution pointe également une faiblesse chronique du recouvrement des factures, qui alimente un cercle de subventions permanentes et réduit la capacité globale de mobilisation des ressources publiques.

Le budget de l’État camerounais s’élève à 7 300 milliards de FCFA en 2026. La prise en charge directe des déficits du secteur électrique s’ajoute à d’autres pressions budgétaires, dans un contexte de consolidation fiscale et d’accès plus sélectif aux financements internationaux.

Cap sur 3 000 MW d’ici 2030

La renationalisation s’inscrit dans le Compact énergétique du Cameroun, validé en août 2025, qui fixe l’objectif d’atteindre 3 000 MW de capacité installée d’ici 2030 et d’élargir l’accès à l’électricité à 8 millions de Camerounais supplémentaires. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, avait présenté en janvier devant le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) une feuille de route prévoyant le raccordement de 150 MW supplémentaires aux industriels de la zone de Douala avant fin 2026, ainsi que la commande de 8 000 compteurs intelligents pour lutter contre les pertes commerciales.

Le secteur fait face à des coupures fréquentes, particulièrement dans le réseau interconnecté Sud, où les besoins industriels et résidentiels excèdent régulièrement les capacités disponibles. La centrale à gaz de Kribi, le barrage hydroélectrique de Memve’ele et celui de Nachtigal, dont la deuxième tranche a été mise en service en 2024, constituent les principaux leviers d’augmentation de l’offre.

L’opération camerounaise s’inscrit dans une tendance plus large de remise en cause des privatisations engagées en Afrique dans les années 1990-2000 dans les secteurs de l’eau et de l’électricité, plusieurs États ayant repris ces dernières années le contrôle direct d’opérateurs historiques au nom de la souveraineté énergétique et de la qualité de service.

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