Soudan: à Darkis, une prison des FSR où l’ONU dénonce torture et rançons
Près de Nyala, dans le Darfour du Sud, la prison de Darkis, contrôlée par les Forces de soutien rapide, concentre les accusations de torture, de rançons et de détentions arbitraires. L'ONU et plusieurs organisations de défense des droits humains y documentent des conditions dénoncées comme incompatibles avec la dignité humaine.

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Plus de 215 personnes sont mortes en mai et juin 2026 dans la prison de Darkis, tenue par les Forces de soutien rapide (FSR) près de Nyala, dans le Darfour du Sud, en raison de tortures, de privations de soins et d’épidémies, selon un bilan communiqué fin juin par le réseau des médecins soudanais. Cet établissement, l’un des plus grands centres de détention contrôlés par les paramilitaires, fait depuis plusieurs mois l’objet d’accusations d’exactions documentées par l’ONU et plusieurs organisations de défense des droits humains.
Construite en 2016 à une dizaine de kilomètres de Nyala, siège du gouvernement parallèle formé par les FSR, la prison de Darkis — également transcrite Dagrees, Daqris ou Diqris selon les sources — a été conçue pour accueillir environ 5 000 personnes, d’après l’ONG Committee for Justice. Elle en compterait aujourd’hui plusieurs fois plus: environ 13 000 selon l’African Centre for Justice and Peace Studies, et plus de 19 000 fin 2025 selon le réseau des médecins soudanais, qui recense parmi les détenus des militaires, des civils ainsi que des figures politiques et médiatiques. Des femmes et des enfants figurent également parmi les personnes incarcérées, selon plusieurs ONG.
Dans un rapport publié le 15 juin 2026, la mission d’enquête de l’ONU sur le Soudan a documenté un usage systématique de la détention arbitraire par les FSR comme par l’armée soudanaise, et fait état à Darkis de « violences physiques généralisées » et de conditions de détention « incompatibles avec la dignité humaine ». Elle a également recensé des demandes de rançon pouvant atteindre 25 millions de livres soudanaises, soit environ 40 000 dollars, exigées de familles de détenus en échange d’une libération.
Dans un rapport publié fin janvier 2026, le Committee for Justice avait déjà documenté des faits « catastrophiques » à Darkis: humiliations, actes dégradants forcés, coups sévères, décharges électriques et brûlures de cigarettes, ainsi qu’une pénurie de nourriture et d’eau. Une partie des civils arrêtés lors de la prise d’El-Fasher par les FSR, en octobre 2025, ont depuis été transférés vers cet établissement, selon plusieurs organisations humanitaires.
Un déserteur des FSR témoigne de l’intérieur
Le témoignage le plus récent est venu d’un ancien officier des FSR. Le colonel Ali Rizkallah, dit « al-Savana », qui a fait défection en mai 2026, a qualifié la situation à Darkis de « catastrophique » et évoqué des exécutions sommaires et des détentions massives, dans des propos recueillis par plusieurs médias. Son récit recoupe celui de proches de détenus, qui dénoncent depuis plusieurs mois des exécutions sommaires de leurs parents incarcérés.
Familles rançonnées, accès humanitaire bloqué
L’organisation soudanaise Emergency Lawyers a accusé les FSR d’extorquer des familles pour obtenir la libération de proches détenus à Darkis, une pratique qu’elle assimile à une forme de traite d’êtres humains, selon Sudan Tribune. L’armée soudanaise accuse de son côté les FSR de multiplier les exactions dans les prisons du Darfour et du Kordofan qu’elles contrôlent.
Selon l’ONU, les organisations humanitaires et les défenseurs des droits humains n’ont toujours pas obtenu d’accès à la prison de Darkis pour vérifier de façon indépendante les conditions de détention des personnes qui y sont enfermées.


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