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Sénégal : Ousmane Sonko promet qu’il n’y aura “pas de déchirure” avec Diomaye Faye

Dans un entretien accordé à France 24 et RFI à Dakar, Ousmane Sonko assure qu’il n’y aura pas de rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye, malgré les divergences apparues depuis son limogeage du poste de Premier ministre. Désormais président de l’Assemblée nationale, le leader du Pastef affirme vouloir jouer pleinement son rôle institutionnel, tout en maintenant la pression sur l’exécutif sur la dette, les élections, la crise universitaire et les engagements politiques du projet porté en 2024.

POLITIQUE
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Ousmane Sonko ce dimanche 08 juin 2026
Ousmane Sonko ce dimanche 08 juin 2026 PH: DR
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Ousmane Sonko veut calmer le jeu, sans renoncer à son rôle de contre-pouvoir. Dans un entretien exclusif accordé à France 24 et RFI à Dakar, le président de l’Assemblée nationale sénégalaise est revenu sur ses relations avec le président Bassirou Diomaye Faye, trois semaines après son limogeage du poste de Premier ministre. Alors que le chef de l’État a récemment affirmé qu’« aucune querelle ne mérite que l’on déchire le pays qui nous est commun », Ousmane Sonko refuse de parler de fracture. Il reconnaît l’existence de divergences politiques, mais assure qu’elles ne doivent pas être interprétées comme une menace pour l’unité nationale.

« Je ne pense pas qu’il y ait querelle. Le Sénégal est plus grand que les divergences politiques que nous pouvons avoir. Il peut y avoir des divergences politiques, programmatiques, mais pas de déchirure du pays », a-t-il déclaré.

Cette sortie intervient dans un contexte politique délicat. Le tandem Diomaye-Sonko, porté au pouvoir en 2024 autour du projet de rupture défendu par le Pastef, traverse une phase de fortes tensions. Le limogeage de Sonko, puis son élection à la tête de l’Assemblée nationale, ont installé une nouvelle configuration institutionnelle : l’exécutif est désormais dirigé par Bassirou Diomaye Faye, tandis que l’ancien Premier ministre dispose d’une majorité parlementaire capable de peser lourd sur la suite du mandat.

Ousmane Sonko affirme ne pas vouloir analyser son départ de la Primature comme une manœuvre liée à ses ambitions pour la présidentielle de 2029. À ses yeux, cette séquence appartient désormais à l’histoire politique du Sénégal. « Un homme politique, c’est une trajectoire et cette séparation sur le plan institutionnel n’est pas l’aspect le plus marquant de ma carrière politique », a-t-il indiqué.

L’ancien Premier ministre dit vouloir concentrer désormais son énergie sur l’Assemblée nationale. Il entend redonner à l’institution parlementaire « le rôle et la place qui est la sienne », tout en rappelant que l’exécutif conserve ses prérogatives constitutionnelles. Sonko insiste toutefois sur un point : il ne se désolidarise pas du mandat en cours. Il rappelle avoir soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye en 2024, après son propre empêchement, puis avoir dirigé le gouvernement pendant deux ans.

« Nous avons tous cette obligation de travailler à la réussite de ce mandat, qui est notre mandat en réalité. Donc, je ne vais pas m’en dédouaner. J’ai été Premier ministre pendant deux ans. Mon bilan parle pour moi-même », a-t-il affirmé. Le message est donc double. Sonko ne veut pas apparaître comme celui qui ferait échouer le mandat de Diomaye Faye. Mais il ne renonce pas non plus à juger l’exécutif à l’aune des engagements du Pastef.

Le Pastef et la question Diomaye

Interrogé sur ses critiques passées contre Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko évite désormais le registre de la trahison. Il préfère parler d’engagements politiques non respectés. « Les notions de trahison relèvent beaucoup plus de la morale et de l’affectif. Je préfère être sur un terrain beaucoup plus politique », a-t-il expliqué. Selon lui, certains engagements pris devant le peuple sénégalais pendant dix années d’opposition ont été « dévoyés » dans la trajectoire choisie par le pouvoir.

La question de l’avenir de Bassirou Diomaye Faye au sein du Pastef reste toutefois ouverte. Ousmane Sonko n’annonce aucune exclusion, mais il ne l’écarte pas totalement. « Ça s’appréciera le moment venu. Le parti Pastef est très structuré, très organisé. Il a des textes et ces textes sont très clairs sur les procédures à suivre », a-t-il déclaré.

Cette réponse entretient l’incertitude. Bassirou Diomaye Faye reste président de la République, mais le contrôle du parti et de l’Assemblée semble davantage entre les mains de Sonko et de ses proches. Dans cette configuration, le Pastef devient à la fois le socle du pouvoir et le lieu potentiel d’un arbitrage interne entre les deux figures centrales du régime.

Ousmane Sonko affirme que l’Assemblée nationale ne cherchera pas à entraver systématiquement l’action du gouvernement. Mais il prévient que la majorité parlementaire n’accordera pas de « chèque à blanc » à l’exécutif. Le 2 juin, il avait déjà affirmé que le Pastef pouvait censurer le gouvernement, tout en ajoutant qu’il ne le ferait pas par calcul politicien. Dans l’entretien, il précise sa position.

« Autant que possible, nous ne censurerons pas. Nous ne serons pas dans des logiques politiciennes de censurer pour régler des comptes ou pour affaiblir une action. Mais effectivement, si des actes nécessitent une censure, c’est une prérogative constitutionnelle de l’Assemblée nationale, nous n’hésiterons pas à l’utiliser », a-t-il averti.

Sur les élections locales prévues en janvier 2027, Sonko se montre ferme. Pour lui, aucun report ne serait justifié. « Les élections ne peuvent pas être reportées. Il n’y a aucune raison valable pour qu’elles soient reportées. Elles se tiendront à date, je l’espère », a-t-il déclaré, rappelant que le président devra prendre les actes nécessaires dans les délais prévus par la loi électorale.

Cette position place l’Assemblée nationale en vigie institutionnelle. Sonko dit vouloir respecter les prérogatives de l’exécutif, mais il entend aussi rappeler que le Parlement contrôle l’action du gouvernement et veille à la bonne exécution des politiques publiques.

La dette, ligne rouge du nouveau rapport de force

La dette sénégalaise constitue l’un des points les plus sensibles de l’entretien. Depuis la révélation de dettes non déclarées héritées de l’administration précédente, le Sénégal traverse une crise financière majeure. Les discussions avec le Fonds monétaire international sont devenues un enjeu central pour le nouveau pouvoir.

Sonko confirme qu’il s’était opposé à une restructuration de la dette lorsqu’il était Premier ministre. Il parle d’une « restructuration sauvage » qu’il ne voulait pas engager, estimant alors que le pays n’était pas en situation de défaut et pouvait encore honorer ses engagements. « Nous ne sommes pas dans des positions figées. Nous examinons avec lucidité la situation », nuance-t-il désormais.

Il reconnaît cependant que la situation a évolué, notamment avec l’ajout de nouvelles tensions internationales. Mais il prévient que l’Assemblée nationale ne laissera pas passer une solution qui sacrifierait, selon lui, les options de changement structurel du Sénégal pour des impératifs de court terme. « Si une solution devait être prise qui ne va pas dans le sens de l’intérêt du Sénégal, qui sacrifie nos options de changement systémique et structurel à l’autel de ratios à court terme, nous ne l’accepterons pas », a-t-il affirmé.

Sur la possibilité de qualifier une partie de la dette d’« odieuse », Sonko se montre plus prudent que par le passé, tout en maintenant le fond de son analyse. Il estime qu’une partie de cette dette relève effectivement de cette catégorie politique et morale, mais reconnaît que la procédure est complexe. « Cette dette, elle est effectivement pour partie odieuse. Il faut du courage politique pour poser ce débat-là », a-t-il déclaré, appelant l’exécutif à prendre ses responsabilités.

Crise universitaire et l’homosexualité

L’ancien Premier ministre est également revenu sur la gestion de la crise à l’Université Cheikh-Anta-Diop, marquée par l’intervention des forces de l’ordre et la mort d’un étudiant. Interrogé sur une éventuelle responsabilité de son gouvernement, Sonko refuse de conclure avant la fin de l’enquête.

Il affirme qu’une procédure a été ouverte rapidement et que le dossier est désormais sur la table du procureur. Mais il reconnaît avoir vu des images qui posent question sur l’usage de la force. « Je considère quand même qu’il y a eu un usage disproportionné quand on prend des jeunes désarmés au milieu de forces de l’ordre et qu’on les bastonne publiquement », a-t-il admis.

Cette déclaration constitue l’une des rares reconnaissances explicites d’un problème dans la gestion sécuritaire d’un dossier sensible sous son passage à la Primature. Sonko tente toutefois de distinguer la nécessité de maintenir l’ordre public de la responsabilité éventuelle des agents impliqués.

Ousmane Sonko a aussi défendu le durcissement législatif sur les relations homosexuelles au Sénégal, malgré les critiques exprimées notamment par des organisations internationales et certains partenaires occidentaux. Il rejette l’idée d’une « chasse aux homosexuels » et rappelle que l’incrimination existait déjà dans le droit sénégalais depuis plusieurs décennies. Selon lui, le durcissement récent des peines ne crée pas une nouvelle orientation juridique, mais renforce une législation déjà en vigueur.

« Le Sénégal est un pays souverain. Il n’a pas à se justifier des lois qu’il prend ni devant l’Occident ni devant personne », a-t-il soutenu. Il lie aussi une partie du débat aux accusations de transmission volontaire du VIH dans certaines affaires récentes, estimant que cet aspect serait occulté par la presse occidentale. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont cependant critiqué ce durcissement, y voyant un risque d’aggravation de la stigmatisation et des violences contre les personnes concernées.

Sonko, lui, assume pleinement la ligne défendue par sa famille politique. « Si la nécessité de la renforcer se présente, on la renforcera. Mais on ne reviendra absolument pas », a-t-il affirmé.

2029, une candidature encore non déclarée

La présidentielle de 2029 plane sur toute la recomposition politique sénégalaise. Mais Ousmane Sonko refuse, pour l’instant, de se déclarer candidat.

« Il est très prématuré de parler des candidatures », a-t-il répondu, rappelant que le Pastef investira son candidat le moment venu.

Interrogé sur une éventuelle candidature de Bassirou Diomaye Faye, il se montre également évasif. Il dit ne pas vouloir s’occuper de la candidature du président en exercice et préfère se concentrer sur son propre chemin politique.

Cette prudence ne dissipe pas les spéculations. Depuis son limogeage et son élection à la tête de l’Assemblée nationale, Sonko apparaît comme un acteur central du jeu politique sénégalais, capable d’accompagner, de contester ou de concurrencer l’exécutif dans les années à venir.

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