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Sénégal : les confidences d’Ousmane Sonko sur son limogeage et ce qu’il reproche à Diomaye Faye

Ousmane Sonko a livré sa version de son limogeage et accusé Bassirou Diomaye Faye d’avoir tenté de former un gouvernement sans tenir compte du Pastef, pourtant largement majoritaire à l’Assemblée nationale. Tout en actant la non-participation officielle de son parti au gouvernement Lô, il exclut une motion de censure immédiate et appelle à un dialogue politique dans un contexte de cohabitation assumée.

POLITIQUE
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Ousmane Sonko a été élu mardi 26 mai président de l'Assemblée nationale du Sénégal avec 132 voix favorables sur 133 votants, soit une abstention et aucune voix contre.
Ousmane Sonko PH: DR
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L’ancien Premier ministre et nouveau président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a tenu le 2 juin une conférence de presse à Dakar au cours de laquelle il a décrit les circonstances de son limogeage le 22 mai par le président Bassirou Diomaye Faye et acté la non-participation de son parti, le Pastef, au gouvernement formé le 1er juin.

C’est la première prise de parole publique de Sonko depuis son éviction de la primature. Le gouvernement constitué par le président Faye, dirigé par le technocrate Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, un ancien cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), compte trente membres. Pastef, qui détient 130 des 165 sièges à l’Assemblée nationale, n’y est officiellement représenté par aucun ministre reconnu par la direction du parti.

Sonko a indiqué que lors de leur rencontre du 1er juin au matin, le président Faye ne lui avait proposé que sept portefeuilles sur trente, sans aucun ministère de souveraineté. Trois des sept noms initialement ciblés étant, selon lui, des membres ayant déjà contrevenu aux consignes du parti en répondant individuellement aux convocations de la présidence, l’offre effective se réduisait à quatre postes. « Nous ne commandons pas des postes ministériels », a-t-il déclaré, ajoutant que Pastef ne pouvait cautionner un gouvernement sans disposer d’au moins la moitié des portefeuilles assortis de fonctions régaliennes.

Le récit d’un limogeage non concerté

Sonko a indiqué avoir proposé à plusieurs reprises à Diomaye Faye, avant le 22 mai, de se retirer volontairement vers la présidence de l’Assemblée nationale, notamment au lendemain des élections législatives remportées par Pastef avec plus de 80 % des sièges. Le président aurait refusé à chaque fois, lui répondant que « ta place est à côté de moi dans l’exécutif ». C’est finalement Diomaye Faye qui a pris l’initiative de la rupture.

Le 22 mai en fin d’après-midi, le président Faye l’a reçu au Palais vers 16h, lui faisant part de sa décision de mettre fin à leur collaboration. Sonko a demandé un délai de 24 à 48 heures pour organiser une transition ordonnée, refusant de présenter la séparation comme une décision concertée. Le président a quitté l’entretien pour rendre visite à l’archevêque de Dakar, promettant de reprendre les discussions dans la soirée. À 20h35, il a envoyé un message à Sonko pour lui signifier qu’il ne pouvait plus tenir la réunion et qu’il allait annoncer le limogeage. Quelques minutes plus tard, le décret était lu par le secrétaire général du gouvernement.

Après l’annonce officielle, le président Faye aurait tenté de contacter individuellement plusieurs ministres issus du Pastef pour les rallier au nouveau gouvernement. Sonko leur a demandé de ne pas déférer à ces convocations, estimant que toute discussion avec Pastef devait passer par le bureau politique et le président du parti. Il a désavoué les membres du parti restés dans le gouvernement – citant nommément Moussa Bala Fofana et Ibrahim Messa – en déclarant : « Pastef a zéro ministre dans ce gouvernement. Ceux qui sont restés y sont pour leur propre compte. »

Une cohabitation assumée, une censure exclue

Sonko a affirmé que Pastef ne déposerait pas de motion de censure contre le gouvernement Lô, malgré la capacité arithmétique du parti à le renverser. « Dans soixante-douze heures, ce gouvernement peut tomber. Mais nous ne le censurerons pas », a-t-il déclaré, invoquant la stabilité économique du pays et les relations avec les partenaires internationaux et investisseurs. Il a estimé que l’entrée dans une crise de censure ou de dissolution compromettrait tout accord avec le Fonds monétaire international, avec lequel le Sénégal n’est pas parvenu à un accord depuis la révélation, en 2024, d’une sous-déclaration de la dette par l’ancien gouvernement.

Sonko a identifié quatre points de désaccord avec la gestion présidentielle : la question de la dette et des négociations avec le FMI, le pouvoir d’achat, la renégociation des contrats stratégiques et la conduite de la justice. Sur ce dernier point, il a estimé que « rien de consistant » n’avait été accompli en deux ans et que la nomination à la tête du ministère de la Justice d’un responsable « au cœur des dossiers traités par certaines juridictions » ne rassurait pas le parti.

Il a adressé un avertissement direct au Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, lui demandant de « rester à sa place » et de ne pas s’engager dans le jeu politique partisan, tout en appelant le président Faye à un « dialogue politique intelligent et constructif » en passant par les canaux officiels du parti. « Il faut être deux pour faire la paix », a-t-il déclaré.

Le congrès du 6 juin comme prochaine échéance

Sonko a annoncé la tenue du premier congrès de Pastef le 6 juin, qu’il a présenté comme un rendez-vous de mobilisation dans un « contexte particulier », en vue des élections locales de 2027 et de la présidentielle de 2029. Il a appelé ses militants à « rester calmes » face à ce qu’il a décrit comme des provocations – convocations de députés, arrestations de militants, tentatives de remise en cause de son mandat de député par le Conseil constitutionnel.

Sur la situation institutionnelle, Sonko a estimé que Pastef, avec 130 députés sur 165, imposait de fait une cohabitation que le président Faye devrait accepter. « Il faut qu’il redescende de son piédestal et qu’on se parle en responsables dans l’intérêt de ce pays », a-t-il déclaré, rappelant les précédents historiques des cohabitations sous le Parti socialiste et le PDS. Il a comparé la situation à celle d’un président américain contraint de composer avec un Congrès d’opposition après des élections de mi-mandat.

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