Sèdami Mèdégan Fagla, une chimiste à la tête de l’Enseignement supérieur
Enseignante-chercheure et ancienne députée, Sèdami Mèdégan Fagla prend l'Enseignement supérieur et la Recherche scientifique.

- Née à Cotonou dans une famille d’experts publics
- Le retour au Bénin et l’ancrage universitaire à l’UAC
- La vie politique : l’Assemblée nationale et les parlements régionaux
- Après la non-réélection : l’Institut parlementaire et le conseil présidentiel
- Le ministère : trois défis en un portefeuille
- Un profil qui dit quelque chose sur la méthode Wadagni

Sèdami Mèdégan Fagla est nommée, le 24 mai 2026, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en charge de la Formation technique. Née le 10 décembre 1978 à Cotonou, elle appartient à la fois au monde universitaire et à la majorité politique issue de la mouvance présidentielle. Enseignante-chercheure à l’Université d’Abomey-Calavi, elle est connue dans le champ de la chimie organique et pharmaceutique. Son parcours académique, sanctionné par les grades du CAMES, lui donne une connaissance directe des réalités de l’enseignement supérieur : gouvernance des universités, production scientifique, encadrement des étudiants et articulation entre recherche et besoins économiques.
Sa carrière politique l’a conduite à l’Assemblée nationale, où elle a siégé au cours de la huitième législature. Elle est aussi citée parmi les cadres de l’Union Progressiste le Renouveau, ce qui lui donne une double légitimité : technicienne du secteur universitaire et actrice du dispositif politique de la majorité. Avant sa nomination ministérielle, elle avait déjà été rapprochée de l’exécutif comme ministre conseillère sur les sujets d’éducation et de recherche. Dans le gouvernement Wadagni, elle devra traiter des dossiers sensibles : qualité des formations, employabilité, régulation du privé, financement de la recherche, attractivité des universités et place de la formation technique dans la stratégie de transformation du pays.
Née à Cotonou dans une famille d’experts publics
Romarique Sèdami Mèdégan Fagla est née le 10 décembre 1978 à Cotonou. Son prénom usuel, Sèdami, est Fon et signifie « le monde ne m’appartient pas ». Elle est issue d’une famille qui illustre plusieurs facettes de l’expertise publique béninoise. Son frère, Ouanilo Mèdégan Fagla, est directeur général du Centre national d’investigations numériques (CNIN) – l’organisme qui a notamment conduit l’enquête sur la cyberattaque de la DGCPT en mai 2026. Ce parcours familial croisé entre les sciences naturelles, le numérique et l’administration publique n’est pas une coïncidence : il reflète une génération de technocrates béninois formés à l’intersection du savoir académique et de l’engagement public.
Après son baccalauréat au Bénin, Sèdami Mèdégan Fagla rejoint la France pour une formation en chimie organique de haut niveau. Elle obtient son doctorat à l’Université Paris-Sud XI entre 2002 et 2005, consacré à l’étude de réactions organiques induites par des complexes de métaux de transition et de lanthanides – un domaine de pointe qui fusionne la chimie de coordination et la synthèse organique. Ses travaux de thèse s’effectuent entre le Laboratoire de Synthèse de Substances Naturelles à Paris-Sud XI et le Laboratoire de Synthèse Organométallique à l’Université de Cergy-Pontoise.
En 2006, elle complète sa formation par un Master en Management de la Technologie et de l’Innovation obtenu conjointement à l’Université Paris Dauphine et au CEA-INSTN (Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires) – une formation hybride qui lui donne à la fois les outils analytiques du chercheur et la grille de lecture du gestionnaire de l’innovation. C’est cette double compétence – science fondamentale et management technologique – qui va structurer la suite de son parcours.
De 2007 à 2012, Sèdami Mèdégan Fagla quitte temporairement la recherche académique pour plonger dans l’industrie. Elle travaille d’abord chez Bertin Technologies, société française spécialisée dans le développement technologique et l’ingénierie, comme consultante en technologie et en management pharmaceutique. Elle rejoint ensuite Novartis Pharma, l’un des plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux, où elle gère le portefeuille respiratoire de la filiale française. Sous sa responsabilité : des molécules à fort enjeu thérapeutique comme Xolair (traitement de l’asthme allergique sévère), Tobi Podhaler (antibiothérapie inhalée pour la mucoviscidose) et Onbrez (bronchodilatateur longue durée).
Cette expérience industrielle lui donne une connaissance concrète du cycle de vie des médicaments, des processus réglementaires et des chaînes de valeur pharmaceutiques – autant de compétences rares dans l’enseignement supérieur béninois, qui peine à articuler formation académique et besoins du marché de l’emploi.
Le retour au Bénin et l’ancrage universitaire à l’UAC
En 2013, elle rentre au Bénin et intègre la Faculté des Sciences et Techniques (FAST) de l’Université d’Abomey-Calavi, où elle enseigne la chimie organique et les substances naturelles au sein du Medicinal Organic Chemistry Laboratory (MOCL) et du Laboratoire LaCOPS. Son domaine de recherche se concentre sur la valorisation des plantes médicinales béninoises et ouest-africaines, à la frontière entre la pharmacognosie et la chimie pharmaceutique – une orientation qui répond directement aux enjeux de santé publique locaux et à la nécessité de développer des médicaments accessibles à partir de ressources naturelles disponibles sur le continent.
En 2023, le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES) la reconnaît Maître de Conférences des Universités en Chimie Organique et Substances Naturelles, consacrant dix ans de travaux académiques. Sur LinkedIn, elle se présente comme enseignante de « la Chimie des composés organiques et des substances naturelles ».
La vie politique : l’Assemblée nationale et les parlements régionaux
En parallèle de sa carrière universitaire, Sèdami Mèdégan Fagla s’engage en politique au sein de l’Union Progressiste (UP), l’un des deux partis de la majorité présidentielle béninoise. En 2019, elle est élue députée à l’Assemblée nationale pour la 8e législature (2019-2023) dans la 15e circonscription électorale, qui correspond au département de l’Atlantique. Elle y siège comme rapporteur de la Commission des Lois – fonction technique qui lui demande une maîtrise du droit et des procédures législatives que rien dans son parcours académique ne préparait explicitement, mais qu’elle assume avec l’appétence pour les règles et les systèmes qui caractérise les scientifiques de formation.
Son mandat parlementaire s’étend au-delà des frontières béninoises. Elle siège au Parlement Panafricain et au Parlement de la CEDEAO, où elle préside entre 2022 et 2023 la Commission Affaires Sociales, Genre et Promotion de la Femme. Cette présidence régionale lui donne une connaissance directe des dynamiques politiques et institutionnelles de l’Afrique de l’Ouest à l’échelle communautaire. C’est dans ces espaces qu’elle rencontre des figures comme Dr Chantal Fanny, présidente de l’ECOFEPA et ancienne vice-présidente du Sénat de Côte d’Ivoire, qui saluera publiquement sa nomination en 2026 : « En tant que Présidente de l’ECOFEPA, c’est également une immense fierté de voir une ancienne membre de notre réseau poursuivre un parcours aussi inspirant au service de son pays et de l’Afrique. »
Après la non-réélection : l’Institut parlementaire et le conseil présidentiel
En avril 2023, les élections législatives ne lui sont pas favorables : elle n’est pas réélue. Le président de l’Assemblée nationale la nomme alors directrice de l’Institut Parlementaire du Bénin (IPaB), structure chargée de la formation et du renforcement des capacités des parlementaires. Ce rebond illustre une trajectoire caractéristique des technocrates politiques béninois : l’échec électoral ne signifie pas la sortie du système, mais un repositionnement dans ses rouages.
En décembre 2024, Patrice Talon la nomme ministre conseillère à l’Enseignement secondaire, supérieur et à la Recherche scientifique auprès de la présidence de la République, poste de préfiguration qui lui permet de prendre la mesure du secteur depuis le Palais de la Marina. Elle y conduit notamment des visites aux universités publiques, un dialogue avec les promoteurs de l’enseignement supérieur privé sur les difficultés réglementaires du secteur et une réflexion sur la relecture d’un décret encadrant leurs activités.
Le ministère : trois défis en un portefeuille
Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni lui confie l’Enseignement supérieur, la Recherche scientifique et la Formation technique – un périmètre tripartite dont chaque volet pose des défis distincts.
L’enseignement supérieur béninois est sous pression démographique. L’Université d’Abomey-Calavi, principale institution publique, accueille plus de 80 000 étudiants pour des infrastructures prévues pour une fraction de cet effectif. Le ratio encadrants-étudiants est parmi les plus défavorables d’Afrique de l’Ouest. Les retards dans le versement des bourses ont provoqué en février 2026 des tensions qui ont conduit à la mort d’un étudiant lors d’affrontements à l’UAC. L’enseignement supérieur privé, qui s’est considérablement développé sans cadre suffisamment robuste, reste une source de controverses récurrentes sur la qualité des formations délivrées.
La recherche scientifique dispose de financements insuffisants. Le Bénin consacre moins de 0,5 % de son PIB à la recherche et au développement, loin des 1 % préconisés par l’Union africaine. Le MOCL et les autres laboratoires de l’UAC travaillent avec des équipements souvent obsolètes et une connectivité internationale limitée. Le défi de valorisation des résultats de recherche – transformer les découvertes académiques en applications économiques – est entier.
La formation technique, enfin, constitue l’enjeu le plus directement lié aux objectifs de développement du gouvernement Wadagni. Rapprocher l’offre de formation des besoins des entreprises, développer l’apprentissage professionnel et créer des passerelles entre le secondaire technique et l’enseignement supérieur implique une coordination entre plusieurs ministères que son périmètre ne couvre qu’en partie.
Un profil qui dit quelque chose sur la méthode Wadagni
Le choix de Sèdami Mèdégan Fagla pour ce portefeuille est cohérent avec la logique du premier gouvernement Wadagni : placer des profils qui ont pratiqué leur domaine avant de le gouverner. Elle a enseigné à l’UAC avant d’en superviser la politique depuis le ministère. Elle a travaillé dans l’industrie pharmaceutique avant de gérer les politiques de valorisation de la recherche. Elle a siégé dans des parlements régionaux avant de piloter les réformes éducatives qui, tôt ou tard, requièrent une validation législative. Aucune de ces expériences n’est décorative dans le contexte de ce portefeuille.
Photos de Sèdami Mèdégan Fagla
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