Armand Kouyéma Nata, un agronome à la tête de l’école primaire
Universitaire et ancien directeur des examens et concours, Armand Kouyéma Nata prend les enseignements maternels et primaires.


Armand Kouyéma Nata, nouveau ministre des Enseignements maternel et primaire, arrive avec un profil atypique d’agronome, d’enseignant-chercheur et d’ancien directeur des Examens et Concours. Originaire de Boukombé, dans l’Atacora, il hérite d’un ministère stratégique pour les ambitions sociales de Romuald Wadagni, avec des défis majeurs autour des cantines scolaires, de la scolarisation des filles, de la répartition des enseignants et de l’accès à l’éducation de base dans les zones rurales.
Armand Kouyéma Nata est nommé ministre des Enseignements maternels et primaires dans le gouvernement formé le 24 mai 2026 par Romuald Wadagni. Son profil associe l’université, l’administration de l’éducation et l’expérience de la conduite d’examens nationaux. Enseignant-chercheur à la Faculté d’agronomie de l’Université de Parakou, il est présenté comme professeur titulaire du CAMES. Sa carrière académique l’a conduit à encadrer des étudiants, gérer des dispositifs universitaires et travailler sur des questions de formation, de recherche appliquée et de gouvernance pédagogique.
Il a également occupé des fonctions administratives dans l’enseignement supérieur, notamment à la direction du Centre des oeuvres universitaires et sociales de Parakou et au cabinet du ministère de l’Enseignement supérieur. En novembre 2024, il a été nommé directeur des Examens et Concours, une fonction qui l’a placé au contact direct des procédures d’évaluation et des attentes des familles.
En prenant les Enseignements maternels et primaires, Armand Kouyéma Nata hérite du socle du système éducatif. Sa mission portera sur la qualité des apprentissages de base, la disponibilité des enseignants, l’encadrement pédagogique, les infrastructures, la scolarisation précoce et la réduction des inégalités entre communes. Le défi est déterminant : c’est à ce niveau que se joue la solidité de tout le parcours scolaire.
Boukombé, dans l’Atacora : un fils du nord-ouest
Armand Kouyéma Nata est originaire de la commune de Boukombé, dans le département de l’Atacora, dans le nord-ouest du Bénin. Boukombé est une commune rurale de 80 000 habitants environ, adossée aux collines de l’Atakora et aux montagnes qui marquent la frontière avec le Togo. Elle est principalement peuplée par les communautés Biali et Ditammari, dont les tata-somba – habitations fortifiées traditionnelles construites en banco – sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est une zone qui connaît des indicateurs éducatifs parmi les plus faibles du Bénin, notamment en matière de scolarisation des filles et de couverture des infrastructures scolaires.
Le parcours académique d’Armand Kouyéma Nata s’est construit entièrement au Bénin. Il est enseignant-chercheur à la Faculté d’Agronomie de l’Université de Parakou – établissement créé en 2001 pour décongestionner l’Université d’Abomey-Calavi et doter le nord du pays d’un pôle universitaire de référence. Il est professeur titulaire des universités du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES) – grade le plus élevé dans la hiérarchie académique de l’enseignement supérieur francophone africain, obtenu après évaluation par les pairs de l’ensemble des travaux de recherche, de l’encadrement doctoral et de l’activité pédagogique.
Son domaine de recherche couvre les sciences agronomiques, avec une spécialisation documentée dans l’écologie des plantes cultivées et les ressources phytogénétiques du nord du Bénin. Une publication indexée sur ResearchGate, aux Annales de l’Université de Parakou, le cite comme co-auteur d’une étude ethnoécologique sur les variétés locales de Mangifera indica – les manguiers locaux – dans le département de l’Atacora, publiée dans la Série Sciences Naturelles et Agronomie. Ce type de recherche, qui combine savoirs locaux, diversité variétale et perceptions des changements climatiques, illustre une orientation tournée vers les réalités rurales du nord béninois.
Directeur du COUS-P, directeur adjoint de cabinet à l’Enseignement supérieur
Avant sa nomination dans le gouvernement Wadagni, Armand Kouyéma Nata a occupé plusieurs postes de responsabilité administrative dans l’enseignement supérieur béninois. Il a dirigé le Centre des Œuvres Universitaires et Sociales de Parakou (COUS-P) – structure chargée des bourses étudiantes, des résidences universitaires et des restaurants universitaires du campus de Parakou. Ce poste, à l’interface entre l’administration centrale et la vie quotidienne des étudiants, lui donne une connaissance des questions de financement de l’éducation et des difficultés concrètes auxquelles font face les familles dans l’accès à l’enseignement supérieur.
Il a également été directeur adjoint de cabinet du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique – poste de coordination administrative qui place son titulaire au cœur des décisions sectorielles et des relations entre le ministère et les établissements d’enseignement supérieur.
Le conseil des ministres du 13 novembre 2024 lui confie la direction des Examens et Concours (DEC) du ministère des Enseignements secondaire, technique et de la Formation professionnelle. Ce poste est l’un des plus stratégiques de l’administration éducative béninoise : c’est la DEC qui organise le baccalauréat, le BEPC et l’ensemble des concours d’entrée dans les grandes écoles publiques. Elle supervise la confection et la sécurisation des sujets, la logistique des centres d’examen à travers les douze départements, la correction des copies et la publication des résultats.
Cette nomination, qui intervient à six mois de la présidentielle de 2026, le place dans l’œil du nouveau régime au moment où il prépare la session du baccalauréat. La gestion sans incident de la session normale du BAC 2025 – entre sa nomination en novembre 2024 et sa promotion au gouvernement en mai 2026 – contribue à sa crédibilité institutionnelle.
Un profil original dans l’éducation primaire
La nomination d’Armand Kouyéma Nata à la tête du ministère des Enseignements maternel et primaire présente une singularité : son parcours est entièrement construit dans l’agronomie et dans l’enseignement supérieur, deux mondes très différents du primaire auquel il est désormais rattaché. Il n’est ni un spécialiste de la pédagogie des jeunes enfants, ni un administrateur de l’éducation de base.
Ce que son profil apporte, en revanche, est une combinaison de rigueur académique, de capacité à gérer des systèmes complexes d’évaluation à grande échelle et d’ancrage territorial dans le nord du Bénin – région où les défis éducatifs sont les plus aigus. En tant qu’originaire de Boukombé et chercheur à Parakou, il connaît de l’intérieur les réalités du système scolaire dans des zones où les taux de scolarisation restent inférieurs à la moyenne nationale et où le déficit d’enseignants qualifiés est le plus documenté.
Le ministère des Enseignements maternel et primaire scolarise plusieurs millions d’élèves dans plus de 12 500 écoles réparties sur l’ensemble du territoire. Il gère le programme des cantines scolaires – en coordination avec l’ANAN -, la répartition des enseignants, le déploiement des infrastructures scolaires et le pilotage du taux de scolarisation primaire.
Dans son discours d’investiture, Wadagni a explicitement fait de l’accès à l’éducation l’un des leviers de la traduction de la croissance en bénéfices concrets pour chaque famille béninoise. Le financement des cantines scolaires – qui couvrent désormais 80 % des écoles primaires – et l’amélioration du taux de rétention des filles à l’école constituent les deux priorités sur lesquelles le nouveau ministre sera le plus directement attendu. Sa nomination six mois seulement après avoir pris la direction des Examens et Concours illustre la vitesse à laquelle Wadagni a constitué son gouvernement en mobilisant des profils connus de l’appareil éducatif sans s’attarder sur la question de la spécialité disciplinaire.
Photos de Armand Kouyéma Nata
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