Bénin : Benjamin Hounkpatin, le médecin qui pilote la réforme du système sanitaire
Médecin gynécologue-obstétricien, professeur titulaire des universités et ancien responsable hospitalier, Benjamin Hounkpatin dirige le ministère de la Santé depuis juin 2018. Reconduit à plusieurs reprises, il incarne la continuité des réformes sanitaires engagées au Bénin, entre renforcement des infrastructures, amélioration de l’offre de soins, vaccination, santé maternelle et modernisation du système hospitalier.


Benjamin Ignace Bodounrin Hounkpatin fait partie des figures les plus constantes de l’appareil gouvernemental béninois depuis l’arrivée au pouvoir du président Patrice Talon. Nommé ministre de la Santé le 5 juin 2018, il a été reconduit sans interruption à ce portefeuille, jusqu’à intégrer le premier gouvernement du président Romuald Wadagni.
Son maintien à la tête de ce département stratégique traduit la volonté de poursuivre les réformes engagées depuis plusieurs années dans un secteur au cœur des attentes sociales. Médecin de formation, universitaire et spécialiste de la santé publique, il s’est imposé comme l’un des principaux visages de la transformation du système sanitaire béninois.
Un médecin formé au Bénin
Né le 31 juillet 1974 à Porto-Novo, Benjamin Hounkpatin est marié et père de trois enfants. Son parcours est d’abord celui d’un médecin spécialiste, formé au Bénin. Il obtient en 2002 son doctorat d’État en médecine à la Faculté des Sciences de la Santé de Cotonou, avant de poursuivre sa spécialisation en gynécologie-obstétrique. En 2007, il décroche son Certificat d’Études Spécialisées dans cette discipline. Il complète ensuite son profil par une formation en management de la qualité, avec un certificat d’auditeur qualité IRCA obtenu en 2011.
Sur le plan universitaire, Benjamin Hounkpatin gravit progressivement les échelons du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur. Il devient maître-assistant en gynécologie-obstétrique en 2013, puis maître de conférences agrégé en 2016. En 2021, il accède au grade de professeur titulaire, le plus élevé de la hiérarchie universitaire dans l’espace CAMES.
Avant son entrée au gouvernement, le professeur Hounkpatin exerce dans plusieurs structures sanitaires. Entre 2008 et 2010, il travaille au Centre Hospitalier Universitaire Départemental du Borgou, à Parakou. Il rejoint ensuite le CHU de la Mère et de l’Enfant Lagune de Cotonou, où il officie de 2010 à 2018.
Dans cet établissement spécialisé, il occupe notamment des responsabilités liées aux urgences, aux références et aux contre-références. Ces fonctions l’ont placé au contact direct des difficultés de prise en charge, notamment dans les domaines de la santé maternelle, de la santé infantile et des urgences obstétricales.
Son engagement ne se limite pas à la pratique clinique. Avant sa nomination comme ministre, Benjamin Hounkpatin intervenait déjà au sein du ministère de la Santé, notamment comme médecin d’appui au Service de la Santé Maternelle et Infantile. Il a également coordonné un programme régional consacré à la santé de la reproduction et à la prévention du VIH dans l’espace CEDEAO.
Le ministre s’est aussi illustré dans plusieurs combats sanitaires à forte portée sociale. Il s’est investi dans la lutte contre les fistules obstétricales, la prévention et le traitement des cancers gynécologiques et mammaires, notamment le cancer du col de l’utérus, ainsi que dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.
Il coordonne par ailleurs le Diplôme interuniversitaire d’oncologie gynécologique et mammaire à la Faculté des Sciences de la Santé de Cotonou. Son profil professionnel est renforcé par son appartenance à plusieurs sociétés médicales nationales et internationales, dont le Collège National des Gynécologues Obstétriciens du Bénin, la Société Africaine de Gynécologie Obstétrique, la Fédération Internationale des Gynécologues Obstétriciens et l’International Gynecologic Cancer Society.
Une nomination en 2018
Lorsqu’il prend la tête du ministère de la Santé en juin 2018, Benjamin Hounkpatin succède à Alassane Seidou. Sa nomination intervient dans un contexte de réorganisation du secteur sanitaire, marqué par la volonté des autorités de renforcer la gouvernance hospitalière, d’améliorer la qualité des soins et d’élargir l’accès aux services de santé.
Depuis cette date, il est resté l’un des visages de la politique sanitaire du gouvernement. Sa reconduction dans les différentes équipes gouvernementales traduit une continuité dans la conduite des chantiers engagés, notamment en matière d’infrastructures, d’équipements, de ressources humaines et de couverture sanitaire.
Sous son autorité, plusieurs chantiers ont été mis en avant. Le gouvernement a notamment procédé à des recrutements dans le secteur, avec près de 2 800 agents de santé annoncés depuis 2016, dont environ 500 médecins, 1 000 infirmiers et 500 sages-femmes.
Un recrutement supplémentaire de 800 agents a également été lancé pour renforcer les capacités humaines des formations sanitaires. Selon les éléments présentés dans le cadre de la reddition de comptes du Programme d’action du gouvernement, aucune zone sanitaire ne serait désormais dépourvue de personnel médical qualifié.
Les infrastructures et les équipements constituent un autre axe important. Depuis 2016, les investissements consacrés à l’accès aux soins et aux programmes de protection sociale sanitaire sont évalués à 22 milliards de francs CFA.
Le secteur a bénéficié du déploiement de plus de 500 échographes multiparamétriques, de scanners dans plusieurs hôpitaux, ainsi que d’ambulances destinées à améliorer la prise en charge des urgences. La restructuration du SAMU s’inscrit également dans cette dynamique de modernisation de la réponse sanitaire.
La vaccination comme axe prioritaire
La vaccination fait aussi partie des dossiers suivis par le ministre. En avril 2024, Benjamin Hounkpatin a personnellement procédé à la vaccination du premier bébé béninois ayant reçu le vaccin contre le paludisme RTS,S/AS01, dans le cadre du déploiement national supervisé avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé.
Ce lancement a marqué une étape importante dans la lutte contre une maladie qui demeure l’une des principales causes de consultation dans le pays. Il s’inscrit dans une stratégie plus large d’amélioration de la couverture vaccinale et de prévention des maladies à forte incidence.
La santé maternelle et infantile reste au centre de son action. Le premier rapport national sur l’état du secteur de la santé, présenté en octobre 2025, fait état d’une baisse progressive de la mortalité maternelle et infantile depuis 2016, même si les extraits disponibles ne fournissent pas de taux précis.
Les progrès évoqués sont notamment associés à la mise en service de nouvelles maternités, à la présence accrue de médecins dans les centres de santé d’arrondissement et à l’amélioration de certains dispositifs de prise en charge. Ces efforts visent à réduire les risques liés à la grossesse, à l’accouchement et aux premières années de vie.
Sur le plan international, Benjamin Hounkpatin représente régulièrement le Bénin dans les cadres de coopération sanitaire. En décembre 2024, il a pris part à Lyon à l’inauguration de l’Académie de l’OMS, en présence du président français Emmanuel Macron et du directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Il est également identifié comme interlocuteur du Bénin auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour les applications médicales. Cette dimension internationale accompagne les efforts du pays pour mobiliser des partenariats techniques et renforcer certaines capacités du système sanitaire.
Des défis encore importants
Malgré les avancées mises en avant, plusieurs défis demeurent. Le financement du secteur reste insuffisant au regard des besoins, certaines formations sanitaires nécessitent encore des réhabilitations importantes et les pathologies comme le paludisme ou les infections respiratoires continuent de peser sur les services de santé.
La disponibilité durable de ressources humaines qualifiées dans les zones éloignées reste également un enjeu majeur. Le système sanitaire béninois doit donc poursuivre ses efforts pour consolider les acquis, améliorer la qualité des soins et réduire les inégalités d’accès entre les territoires.
À la tête du ministère de la Santé depuis 2018, Benjamin Hounkpatin apparaît ainsi comme un ministre de continuité. Son profil de médecin, d’universitaire et d’acteur de santé publique lui confère une légitimité technique dans un secteur sensible. Son action s’inscrit dans une réforme de long terme, entre amélioration de l’offre de soins, modernisation des équipements, renforcement des ressources humaines et extension progressive de la couverture sanitaire.
Photos de Benjamin Ignace Bodounrin Hounkpatin
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