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Ouganda : une «guerre civile» entre chimpanzés à Kibale intrigue les chercheurs

Une hostilité inédite se déroule actuellement au sein du parc national de Kibale, en Ouganda : des groupes de chimpanzés se livrent à des affrontements internes que les spécialistes ont regroupés sous l’appellation « conflit de Ngogo ». Une équipe internationale a rendu compte de trois décennies d’observation dans un article publié dans la revue Science en avril 2026.

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En Ouganda, une «guerre civile» entre chimpanzés fait rage depuis des années et intrigue les chercheurs
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Les biologistes indiquent que la population étudiée s’est organisée en clans depuis la fin des années 1990. Cependant, c’est à partir de 2015 qu’une coupure nette est apparue : deux noyaux sociaux distincts se sont formés, un phénomène lié à la naissance d’un dernier jeune né d’un rapprochement entre les factions.

Les deux unités sont aujourd’hui connues sous les noms de « groupe central » et « groupe occidental ». Chacune d’elles mène des patrouilles régulières sur son territoire ; au fil du temps, les interactions internes ont augmenté tandis que les échanges entre les groupes se sont raréfiés.

Cette polarisation a fini par dégénérer en violence. Entre 2018 et 2024, les observateurs ont recensé 24 attaques initiées par le groupe occidental contre le groupe central, entraînant la mort d’au moins sept adultes et de dix-sept nourrissons.

Les pistes explorées par les chercheurs

Plusieurs explications sont avancées pour rendre compte de ces combats : des remaniements dans les liens sociaux à l’intérieur de la communauté, des facteurs écologiques — notamment la non-partition de zones riches en ressources alimentaires — ou encore des différences d’âge parmi les mâles qui modifient l’équilibre des forces.

John Mitani, anthropologue émérite de l’université du Michigan, souligne qu’aucune théorie ne permet pour l’instant d’expliquer entièrement le phénomène. Il note que la cohorte originelle a atteint une taille hors norme, intensifiant les rivalités individuelles ; l’arrivée de nouveaux individus et la succession d’un mâle dominant ont également transformé les relations au sein du groupe.

Pour la conservation, cette « guerre » interne complique la donne. Les chimpanzés figurent sur la liste des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature, et les morts provoquées par ces affrontements viennent s’ajouter à d’autres pressions majeures comme la destruction des habitats, les épidémies qui frappent certaines populations africaines et la chasse qui sévit surtout en Afrique centrale et de l’Ouest.

Au-delà des enjeux de protection, l’équipe de recherche voit dans ce cas un terrain précieux pour comprendre comment l’évolution des réseaux sociaux peut déboucher sur des conflits armés entre groupes — un phénomène relativement rare chez les animaux. Les chercheurs rappellent que les chimpanzés sont capables d’attaquer et de tuer des voisins, y compris des individus avec lesquels ils ont auparavant noué des liens d’alliance.

Le maintien d’un suivi sur le long terme est toutefois menacé par des incertitudes de financement. Mitani exprime sa préoccupation face à un contexte politique et budgétaire qui rend incertain le soutien fédéral américain, indispensable selon lui pour poursuivre l’observation pendant plusieurs décennies.

Depuis la parution de l’étude, l’attention médiatique s’est portée sur Kibale, une visibilité que l’anthropologue accueille favorablement : selon lui, quiconque passe du temps auprès de ces primates ne peut manquer d’y retrouver des traits qui nous renvoient à l’humain.

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