Côte d’Ivoire : un présumé réseau nigérian d’exploitation sexuelle devant la justice
Une ressortissante nigériane, soupçonnée d’avoir attiré de jeunes femmes en Côte d’Ivoire avant de les forcer à se prostituer pour rembourser une dette, comparaissait le 30 avril 2026 devant le Pôle pénal économique et financier d’Abidjan. Le procureur a requis cinq ans de prison ferme. Délibéré le 28 mai.

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Le jeudi 30 avril 2026, le tribunal du Pôle pénal économique et financier (PPEF) d’Abidjan a examiné un dossier qui éclaire les rouages d’un présumé réseau de traite d’êtres humains entre le Nigeria et la Côte d’Ivoire. À la barre, Bright Abraham, ressortissante nigériane connue sous le pseudonyme de « Sexy », comparaissait pour trafic d’êtres humains à des fins de prostitution. Placée sous mandat de dépôt depuis le 9 octobre 2025, la prévenue est restée en détention dans l’attente du verdict.
L’affaire trouve son origine dans la plainte déposée par une compatriote, identifiée sous le nom de Godness. Selon les éléments présentés par le ministère public, c’est son récit qui a permis de remonter le fil d’un système d’exploitation présumé visant de jeunes femmes nigérianes attirées en Côte d’Ivoire sous de fausses promesses.
D’après le réquisitoire du procureur, la plaignante aurait été abordée au Nigeria par Bright Abraham, qui lui aurait fait miroiter un emploi décent et bien rémunéré en Côte d’Ivoire. Le voyage aurait été intégralement pris en charge par la prévenue, un schéma classique des réseaux de traite, dans lesquels la prise en charge initiale devient ensuite l’instrument du contrôle.
Une fois arrivée à Abidjan, la jeune femme aurait été conduite dans une maison close à Agboville, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale économique. Là, elle aurait été contrainte de se prostituer afin de rembourser une « dette » de deux millions de francs CFA, censée couvrir les frais de son recrutement et de son installation. Pendant plusieurs mois, selon le ministère public, elle aurait exercé cette activité sous la contrainte, reversant près de 200 000 francs CFA à sa présumée recruteuse, avant de parvenir à fuir.
La plaignante aurait alors trouvé refuge auprès d’une autre ressortissante nigériane vivant à Abidjan, qui aurait elle-même affirmé avoir été prise dans les mêmes filets. Cette seconde victime présumée n’aurait recouvré sa liberté qu’après s’être acquittée de la totalité de la somme exigée par « Sexy ». Selon le correspondant d’Afrique sur 7 au PPEF, plusieurs autres jeunes femmes pourraient se joindre à la procédure, le nombre exact des personnes exploitées dans ce présumé réseau restant à ce stade inconnu de la justice.
La défense : un simple différend personnel
À la barre, Bright Abraham a contesté en bloc l’ensemble des accusations portées contre elle. Elle reconnaît connaître la plaignante, qu’elle dit avoir côtoyée dans un même établissement à Agboville, mais nie l’avoir fait venir en Côte d’Ivoire ou avoir mis en place le moindre système d’exploitation. Sa ligne de défense tient en quelques arguments : une présence trop récente sur le territoire ivoirien — six mois seulement, selon elle — pour avoir pu organiser un tel trafic, et une plainte qui ne serait, à l’en croire, que l’exutoire d’un différend personnel avec son accusatrice.
Le ministère public n’a pas suivi cette argumentation. Estimant les faits suffisamment établis par les investigations menées par ses services, le procureur a requis cinq ans d’emprisonnement ferme à l’encontre de la prévenue. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré au 28 mai 2026, date à laquelle la décision sera connue. D’ici là, Bright Abraham demeure derrière les barreaux.
Au-delà du cas individuel, le dossier illustre une réalité documentée depuis des années par les organisations internationales : l’existence de filières de traite reliant le Nigeria à plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, dans lesquelles la promesse d’un emploi sert d’appât, le voyage de moyen de pression, et la dette de chaîne. Le mécanisme décrit dans l’enquête — recrutement au pays d’origine, prise en charge financière du déplacement, exploitation à l’arrivée pour « rembourser » une somme arbitrairement fixée — correspond très précisément aux schémas identifiés par les enquêteurs spécialisés sur ces réseaux.
Le choix du PPEF, juridiction spécialisée dans les contentieux économiques et financiers, témoigne de la volonté des autorités ivoiriennes de traiter ce type d’affaires avec la rigueur réservée à la criminalité organisée, et non comme de simples faits de mœurs. Reste à savoir si le verdict du 28 mai confirmera cette orientation, et combien d’autres victimes présumées finiront par rejoindre la procédure d’ici là.



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