Niamey : colère et incertitude après le lancement des démolitions près de l’aéroport
Les autorités de Niamey ont lancé le déguerpissement d’environ 26 000 personnes installées sur le domaine aéroportuaire de la capitale, invoquant des raisons de sécurité nationale après l’attaque de janvier contre la Base Aérienne 101. L’opération touche quatre quartiers bâtis sur un titre foncier attribué à l’ASECNA depuis 1953, mais les habitants dénoncent l’absence de relogement et l’incertitude sur les compensations promises.

SOMMAIRE

Les autorités municipales de Niamey ont lancé dimanche 31 mai 2026 l’opération de déguerpissement des occupants de quatre lotissements installés sur le domaine aéroportuaire de la capitale nigérienne, touchant environ 26 000 personnes. L’opération concerne les quartiers de Mutram, Alpha Djadi, Extension Alpha Djadi et Extension Kobontafa, situés sur le titre foncier n°784 attribué à l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) depuis 1953.
Les autorités font valoir deux justifications principales. La première est sécuritaire : les constructions illégales aux abords de l’aéroport international Diori Hamani risquent de percer les surfaces de limitation d’obstacles aéronautiques et de rendre l’infrastructure vulnérable. La seconde est directement liée à l’attaque jihadiste du 28 au 29 janvier 2026 contre la Base Aérienne 101 et l’aéroport de Niamey. « La présence d’habitations illégales aux abords de l’aéroport constitue non seulement un facteur d’encombrement, mais également une menace sérieuse pour la sécurité nationale », a déclaré le gouverneur de la région de Niamey, le général de division Assoumane Abdou Harouna, lors d’un point de presse le 7 mai. Les quatre lotissements concernés occupent 19 % de l’espace du titre foncier 784, soit 269,35 hectares.
L’opération a démarré malgré l’absence de clarification sur les compensations financières. Devant les engins de démolition, des habitants et des jeunes du quartier démontaient les tôles de leurs maisons avant leur destruction et récupéraient fers et matériaux pour les revendre, selon les observations de l’Agence nigérienne de presse.
Un dossier vieux de plus de dix ans, relancé par l’attaque de janvier
Ce déguerpissement n’est pas nouveau dans son principe. Un premier délai avait déjà été fixé aux occupants au 5 mai 2013, sans exécution. Des correspondances officielles de novembre 2025 du ministère de l’Urbanisme avaient enjoint les délégués municipaux d’interdire toute nouvelle construction incompatible avec la navigation aérienne. C’est l’attaque de la Base Aérienne 101 en janvier 2026 qui a déclenché le passage à l’acte. Un comité chargé du dialogue, de la communication et de la veille sécuritaire a été constitué par arrêté du ministère de l’Intérieur du 30 mars 2026 pour encadrer l’opération.
Les habitants, eux, contestent la qualification d’occupation illégale. Nombre d’entre eux assurent avoir acquis leurs terrains dans les règles, auprès de lotisseurs, et disposer de titres d’occupation. La tension entre titres délivrés par des démembrements de l’État et titre foncier antérieur de l’ASECNA constitue le nœud du litige. Les autorités ont reconnu l’existence de « victimes légitimes » – ceux qui ont acquis leurs parcelles de bonne foi auprès de lotisseurs eux-mêmes en infraction – et ont promis qu’elles seraient dédommagées, sans préciser les modalités ni le montant.
La convocation du 7 mai avait accordé aux occupants un délai de trois semaines et demi pour libérer les lieux. Les habitants ont estimé ce délai insuffisant au regard de la taille des ménages concernés – 26 000 personnes représentent plusieurs milliers de foyers – et de l’absence de solutions de relogement proposées par les autorités. Plusieurs propriétaires étaient restés optimistes sur la possibilité d’obtenir un report, selon l’ANP, mais les autorités ont refusé toute prolongation.
L’opération se déroule dans le contexte politique particulier du Niger post-coup d’État : depuis juillet 2023, les collectivités locales et la plupart des instances de contre-pouvoir ont été soit dissoutes, soit déactivées. Il n’existe pas de forum institutionnel permettant aux populations de contester formellement ce type de décision devant une juridiction indépendante dans un délai utile.
Cet article est relu par la rédaction. Les documents, déclarations publiques et liens utiles sont cités dans le corps du texte lorsqu’ils sont disponibles. Politique éditoriale Corrections


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