Moody’s dégrade le Sénégal à Caa2, tandis que le Nigeria voit sa perspective relevée à positive

L’agence de notation a pris, le 28 août, deux décisions opposées pour ces poids lourds ouest-africains, illustrant le contraste entre le régime de change fixe du franc CFA et la flexibilité du naira nigérian.

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Vue générale de Dakar, capitale du Sénégal
Photo : Arensond / Wikimedia Commons
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Moody’s Ratings a publié, vendredi 28 août, deux décisions aux trajectoires opposées pour deux des plus grandes économies d’Afrique de l’Ouest. L’agence a dégradé la note souveraine du Sénégal d’un cran, de Caa1 à Caa2, en maintenant une perspective négative, tandis qu’elle a relevé de « stable » à « positive » la perspective de la note B3 du Nigeria.

Pour le Sénégal, Moody’s justifie sa décision par la montée des pressions de refinancement et l’affaiblissement de la capacité de l’État à assurer le service de sa dette. L’agence souligne l’absence prolongée d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), qui a accentué la dépendance de Dakar au financement régional. Les besoins de financement du pays sont estimés à environ 25 % du produit intérieur brut (PIB), pour une dette publique évaluée à 108 % du PIB. Les paiements d’intérêts sont passés de 16,1 % à 23,7 % des revenus de l’État entre 2023 et 2026, selon l’agence.

Moody’s évoque également des risques politiques et sociaux — tensions entre l’exécutif et le pouvoir législatif, pauvreté, chômage des jeunes, insécurité — ainsi que des lacunes de gouvernance : des audits ont mis au jour des dépenses réalisées en dehors des procédures habituelles de contrôle.

À l’inverse, le Nigeria a vu sa perspective relevée en raison du renforcement de sa position extérieure. Moody’s cite un excédent de la balance courante de 6,1 % du PIB attendu en 2026 et de 4,1 % en 2027, des réserves de change brutes de 31,2 milliards de dollars — soit près de six mois de couverture des importations — et une croissance du PIB estimée à environ 4 % en 2025, portée par les activités non pétrolières.

Le franc CFA, un ancrage qui limite les marges de manœuvre

Le sort contrasté des deux pays renvoie à la nature de leurs régimes monétaires. Le Sénégal, comme les sept autres pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), utilise le franc CFA, arrimé à taux fixe à l’euro. Ce régime garantit une stabilité monétaire et une inflation généralement contenue, mais il prive Dakar de la possibilité d’ajuster sa monnaie pour atténuer le poids de sa dette ou soutenir ses exportations en cas de choc budgétaire — une marge de manœuvre dont dispose le Nigeria avec le naira, monnaie à taux flottant.

Nigeria : la confiance retrouvée des agences de notation

La décision de Moody’s confirme une tendance déjà observée par les autres grandes agences de notation. Les recettes publiques nigérianes ont progressé de 49 % sur les cinq premiers mois de 2026, pour atteindre 15 800 milliards de nairas, dans un contexte de cours du pétrole restés au-dessus du seuil de référence budgétaire de 64,85 dollars le baril. Ces résultats s’inscrivent dans la continuité des réformes macroéconomiques engagées par le président Bola Tinubu, dont l’unification du taux de change et la suppression progressive des subventions aux carburants.

Selon Moody’s, une révision à la baisse de cette perspective interviendrait si la croissance nigériane ralentissait brutalement ou si les réserves de change venaient à se réduire de manière significative.

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