Discours de Macron à l’ONU : le procès du « double standard » rattrapé par le dossier africain

Emmanuel Macron a dénoncé mardi 22 septembre, à la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations unies à New York, la « tentation permanente du double standard » dans les relations internationales. Le président français a présenté ce refus comme son deuxième principe, estimant que le double standard divise la planète et décrédibilise la cohérence de l’ordre international et de la Charte.
Le chef de l’État a affirmé que la souveraineté des peuples ne pouvait être valable en Europe et facultative au Moyen-Orient ou en Afrique. Il a ajouté que les puissances qui ont voulu « se substituer au peuple pour changer tel régime » ont plongé ces États « dans des chaos plus grands encore ». « Une vie égale une vie », a-t-il lancé.
Le discours s’inscrivait dans une charge plus large contre les logiques de puissance. Visant les États-Unis, la Russie ou la Chine, il a dénoncé ceux qui veulent élargir leurs frontières au mépris de l’ordre international ou disposer eux-mêmes de la souveraineté des peuples. Sur l’Ukraine, il a promis un soutien « sans faille » à Kiev tout en appelant à une négociation rapide avec Moscou, et a plaidé pour un double moratoire sur les frappes visant les sites énergétiques russes et ukrainiens.
Le précédent nigérien
Sur le continent africain, ce plaidoyer se heurte à la mémoire récente de la crise nigérienne. Au lendemain du renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, Emmanuel Macron avait qualifié le putsch d’illégitime et dangereux pour la région, et assuré que la France soutiendrait la CEDEAO dans les décisions qu’elle prendrait.
Paris était allé plus loin fin août. Le président français avait déclaré soutenir l’action diplomatique de l’organisation régionale et, si elle en décidait ainsi, son action militaire. Il avait aussi refusé toute légitimité aux militaires et indiqué que la France prendrait ses décisions sur le Niger en fonction de ses échanges avec Mohamed Bazoum. La junte y avait vu une ingérence néocoloniale.
L’intervention n’a jamais eu lieu. Paris a fini par annoncer en septembre 2023 le retrait de ses troupes et de son ambassadeur, qu’il avait jusque-là refusé de rappeler au motif qu’il ne reconnaissait pas les putschistes. L’épisode reste néanmoins, pour une partie de l’opinion ouest-africaine, l’illustration d’une France prête à cautionner l’usage de la force pour rétablir un allié.
Tchad, Niger : deux poids, deux mesures
La critique la plus solide ne porte pas tant sur le Niger que sur l’asymétrie de traitement entre régimes militaires. En avril 2021, après la mort d’Idriss Déby Itno, Emmanuel Macron s’était rendu aux obsèques à N’Djamena et avait apporté son appui au Conseil militaire de transition dirigé par Mahamat Idriss Déby, en dehors de l’ordre constitutionnel prévu. Deux ans plus tard, il déniait toute légitimité aux militaires de Niamey.
Cette différence de traitement entre un pouvoir militaire allié et un pouvoir militaire hostile correspond précisément à la définition du double standard que le président a dénoncée à New York.
L’argument des « changements de régime » ayant produit le chaos renvoie par ailleurs à un précédent que Paris connaît bien : l’intervention en Libye en 2011, conduite en première ligne par la France et le Royaume-Uni, dont les conséquences sécuritaires pèsent encore sur l’ensemble du Sahel.
La souveraineté, un argument disputé
La lecture inverse existe et mérite d’être posée. Les gouvernements de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) invoquent la souveraineté des peuples pour justifier leur rupture avec Paris. Mais aucun n’est issu d’un scrutin, et les transitions ont été prolongées à plusieurs reprises. Présenter leurs orientations comme « le choix des populations » relève donc davantage de l’affirmation politique que du constat électoral.
Paris fait valoir de son côté qu’il a retiré ses forces à chaque demande des autorités concernées et qu’il n’a mené aucune opération contre ces régimes. Emmanuel Macron avait justifié le départ du Niger en expliquant que la France n’interviendrait désormais qu’à la demande de pouvoirs démocratiquement élus et d’autorités régionales. Sur Gaza, le président peut aussi faire valoir qu’il avait lancé en 2025 un mouvement de reconnaissance de l’État de Palestine à l’ONU, et qu’il a jugé cette année la situation dans l’enclave honteuse pour tous.
Une crédibilité à reconstruire
La contradiction relevée par ses détracteurs tient moins aux principes énoncés qu’à la distance entre ces principes et la pratique française des quinze dernières années en Afrique. Le discours de New York assume implicitement cette dette en érigeant la non-substitution aux peuples en règle universelle.
La portée concrète de cet engagement se mesurera sur le terrain africain, où la présence militaire française s’est considérablement réduite depuis 2022 après les départs du Mali, du Burkina Faso, du Niger, puis du Tchad, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Paris ne conserve plus de base permanente d’envergure sur le continent qu’à Djibouti.


