Burkina Faso – Ghana : signature de sept accords pour sécuriser le corridor commercial Tema–Ouagadougou
La commission mixte de coopération entre le Burkina Faso et le Ghana a été réactivée après six ans d’interruption, avec la signature, le 20 février à Ouagadougou, de sept instruments juridiques destinés à sécuriser et fluidifier le corridor commercial Tema–Ouagadougou, voie stratégique reliant le pays enclavé au port ghanéen de Tema.

SOMMAIRE
Cette 13e session, tenue dans la capitale burkinabè, visait à redonner un contenu opérationnel aux relations bilatérales et à répondre aux défis sécuritaires, logistiques et humanitaires qui pèsent sur cet axe. Les documents signés comprennent plusieurs accords, un accord‑cadre et des protocoles couvrant des domaines jugés prioritaires par les deux gouvernements.
Selon les textes rendus publics à l’issue des travaux, les instruments signés concernent le transport et le transit routier, la reconnaissance mutuelle des permis de conduire, la prévention et la gestion des catastrophes et crises humanitaires, la lutte contre le trafic de stupéfiants et la coopération transfrontalière, ainsi que la réaffirmation de la frontière commune et la mise en place d’un mécanisme de concertation périodique entre autorités administratives frontalières.
Contenu des accords, enjeux opérationnels et contexte régional
Le volet transport et transit routier vise à harmoniser les réglementations et les procédures douanières afin de réduire les délais et les coûts logistiques le long du corridor. La reconnaissance réciproque des permis de conduire doit faciliter la circulation des chauffeurs et des flottes commerciales, mesures identifiées comme susceptibles d’accélérer les échanges de marchandises entre les deux pays.
Le chapitre consacré à la prévention et à la gestion des catastrophes prend en compte les risques d’inondation liés aux déversements du barrage de Bagré, soulignant la nécessité d’un dispositif de gestion conjointe des crises humanitaires et d’un partage systématique d’informations pour anticiper les impacts sur les populations et les flux commerciaux.
La lutte contre le trafic de stupéfiants et de substances psychotropes figure parmi les priorités sécuritaires, les autorités affichant l’ambition d’ériger une zone commune de coopération judiciaire et policière pour réduire la circulation des drogues le long des axes transfrontaliers.
Parmi les instruments, un protocole prévoit la création d’une commission mixte chargée de la réaffirmation de la frontière commune, mesure destinée à prévenir les contentieux de souveraineté et à clarifier les compétences administratives sur les zones frontalières. Un accord‑cadre de coopération transfrontalière et un mécanisme de concertation périodique entre autorités administratives complètent ce dispositif institutionnel.
Pour les acteurs économiques, l’application effective de ces conventions pourrait améliorer la fluidité des échanges, diminuer les coûts et renforcer la sécurité des chaînes d’approvisionnement. Le corridor Tema–Ouagadougou demeure l’axe logistique majeur pour l’approvisionnement du Burkina Faso et pour les exportations agricoles et minières vers le marché international via le port de Tema.
Le contexte régional marqué par l’insécurité au Sahel, la criminalité transfrontalière et les chocs climatiques a rendu sa gestion plus complexe. L’attaque du 14 février à Titao, qui aurait coûté la vie à plusieurs civils dont des commerçants ghanéens, a rappelé la porosité des frontières et la vulnérabilité des échanges. Les deux gouvernements ont condamné ces attaques et annoncé l’élaboration d’un cadre de sécurité commun pour lutter contre l’extrémisme violent le long de leur frontière.
Des analystes regionaux estiment que la relance de la commission mixte traduit une volonté pragmatique de renforcer l’intégration fonctionnelle, mais ils insistent sur la nécessité d’une traduction opérationnelle des engagements : coordination des forces de sécurité, simplification des procédures douanières et mise en place de mécanismes d’alerte précoce. La 14e commission mixte est déjà prévue en 2028, en territoire ghanéen.

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