Burkina Faso : divergence croissante des récits de sécurité
Burkina Faso connaît un creusement des écarts entre les discours officiels sur la sécurité et les perceptions locales et internationales, depuis les coups d’État de 2022 et l’intensification des violences jihadistes. Ce désaccord sur les priorités — souveraineté, lutte armée, respect des droits ou protection des civils — influence directement les opérations militaires, la coopération extérieure et l’accès humanitaire.

SOMMAIRE
Le paysage politique et sécuritaire burkinabè a été profondément remanié par les renversements successifs du pouvoir, d’abord en janvier 2022 puis en septembre 2022, qui ont placé la gestion de la crise au centre de la légitimité des nouvelles autorités. Face à la dégradation de la situation dans le Sahel, l’État a multiplié les initiatives militaires, la mobilisation des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et une réorientation de ses partenariats sécuritaires, tandis que la société civile et des acteurs internationaux continuent d’alerter sur les besoins humanitaires et les risques d’abus.
Les voix qui s’expriment autour de la question de la sécurité divergent : le pouvoir en place met en avant la nécessité d’une réponse vigoureuse et d’un contrôle territorial renforcé, tandis que certaines populations rurales demandent avant tout une protection quotidienne et un retour des services publics. Les bailleurs et organisations de droits de l’homme, eux, insistent sur le respect du droit international humanitaire et sur la nécessité d’une réponse incluant des garanties de protection pour les civils.
Les récits concurrents et leurs conséquences
Ces récits concurrents ont des implications concrètes. Sur le plan opérationnel, la coexistence d’unités régulières, de groupes d’autodéfense et d’alliances étrangères ou de prestataires privés complexifie la coordination sur le terrain et accroît les risques de frictions. Les signalements d’exactions imputées à divers acteurs — tant à des éléments armés non étatiques qu’à des forces affiliées à l’État ou à des volontaires locaux — alimentent la défiance et rendent plus difficile la collecte d’informations fiables pour guider les interventions.
La réorientation des partenariats sécuritaires et diplomatiques illustre également ce décalage de narratifs. Le retrait progressif de certaines forces étrangères, la suspension ou la modification de programmes de coopération et les nouvelles relations nouées avec des partenaires alternatifs modifient les modalités d’assistance technique et matérielle. Cette recomposition a des effets immédiats sur la planification des opérations et sur la capacité des autorités à assurer un continuum entre action militaire et restauration des services de base.
Sur le plan humanitaire, le manque d’accord sur les priorités s’accompagne d’une diminution de l’accès dans les zones les plus exposées. Les organisations non gouvernementales font état de contraintes sécuritaires et administratives qui entravent l’acheminement de l’aide et la protection des déplacés internes, tandis que les populations mentionnent une dégradation persistante des conditions de vie et une insécurité quotidienne.
Des acteurs régionaux et internationaux observent que l’absence d’un récit commun complique la définition de stratégies cohérentes et la mise en place d’un cadre de responsabilité permettant de documenter et de traiter les violations constatées. Les tensions entre exigences de souveraineté des autorités nationales, impératifs opérationnels et obligations en matière de droits humains restent au cœur des débats politiques et techniques sur la gestion de la crise

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