Bénin : depuis sa cellule, Candide Azannaï alerte sur sa sécurité et brise six mois de silence
Détenu depuis décembre 2025 à la maison d’arrêt d’Akpro-Missérété, l’ancien ministre Candide Armand-Marie Azannaï sort de son silence. Dans une déclaration à la Nation, le président du parti Restaurer l’Espoir dit vouloir alerter l’opinion publique nationale et internationale sur ses conditions de détention, mais aussi sur ce qu’il présente comme des menaces pesant sur sa sécurité physique.

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Le ton est grave. Le message, construit comme une mise en garde, porte un titre lourd de sens : « pour que nul ne puisse dire qu’il ne savait pas ». Après plus de six mois de détention provisoire, l’ancien ministre délégué chargé de la Défense nationale affirme avoir choisi jusque-là de ne pas communiquer publiquement afin de ne pas être accusé d’interférer avec la procédure judiciaire en cours devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme.
Mais, selon lui, la situation aurait atteint un seuil qui l’oblige désormais à parler.
Six mois de silence, puis l’alerte
Dans sa déclaration, Candide Azannaï commence par remercier les Béninois qui lui ont adressé des messages de soutien à l’occasion de son 67e anniversaire, célébré le 14 juin 2026. Il salue également le travail des médias qui ont relayé les développements de son dossier, notamment autour de son audition des 16, 17 et 18 juin.
L’ancien ministre insiste ensuite sur un point : depuis le début de l’affaire, sa demande serait restée la même, à savoir la vérité, la transparence et le respect des droits d’un citoyen privé de liberté. Il affirme avoir gardé le silence non par résignation, mais par respect pour les institutions, malgré ce qu’il considère comme une profonde injustice.
Cette prise de parole intervient quelques jours après son audition devant le juge d’instruction de la CRIET. Le jeudi 18 juin 2026, Candide Azannaï a été entendu pendant plus de huit heures dans le cadre de la procédure engagée contre lui. À l’issue de cette audition, il a été reconduit à la prison civile d’Akpro-Missérété.
Isolement, promenade et accès aux soins : les griefs d’Azannaï
Le cœur de la déclaration porte sur ses conditions de détention. Candide Azannaï affirme être maintenu en isolement vingt-quatre heures sur vingt-quatre depuis son incarcération. Il soutient ne pas bénéficier, contrairement aux autres détenus, de périodes normales de promenade. Il affirme également être privé de l’accès à son médecin, alors que son état de santé se serait dégradé depuis décembre.
Selon son récit, il aurait saisi à plusieurs reprises, par écrit, le Directeur de l’Agence pénitentiaire du Bénin ainsi que le Procureur spécial pour dénoncer cette situation. Il affirme cependant ne pas savoir si tous ses courriers ont effectivement été transmis aux autorités compétentes.
L’ancien ministre relate aussi un épisode qu’il juge troublant. Selon lui, le régisseur de la maison d’arrêt, qu’il cite nommément dans sa déclaration, lui aurait proposé d’effectuer seul une séance de course à pied à 19 heures, alors que la cour était vide et que les autres détenus avaient déjà regagné leurs cellules. Candide Azannaï affirme avoir décliné cette proposition par prudence, demandant simplement que ses droits soient respectés dans les mêmes conditions que ceux des autres détenus.
Il soutient qu’un rapport aurait ensuite été rédigé pour laisser croire qu’il aurait refusé ses heures de promenade, sans restituer, selon lui, les circonstances exactes de cette proposition.
Des atteintes à la dignité dénoncées
Au-delà de l’isolement, Candide Azannaï évoque ce qu’il décrit comme des atteintes répétées à sa dignité. Il affirme que le régisseur serait entré à plusieurs reprises dans sa cellule sans frapper, y compris à des moments relevant de son intimité. Il dit avoir rappelé calmement qu’il demeure présumé innocent et que cette présomption devrait se traduire par le respect de sa dignité et de ses droits.
L’ancien ministre évoque aussi les conditions matérielles de sa cellule. Selon lui, lors de travaux réalisés dans la maison d’arrêt, son espace de détention serait resté envahi pendant plusieurs jours par une poussière dense, rendant l’air difficilement respirable. Il affirme avoir demandé à être déplacé ou à ce que les travaux soient aménagés, sans obtenir satisfaction. Il rapporte également une coupure d’eau qui aurait duré près d’une semaine dans sa cellule.
Ces accusations, graves, n’ont pas encore fait l’objet d’une réaction officielle connue de l’administration pénitentiaire ou des autorités judiciaires. Elles sont donc, à ce stade, à présenter comme les déclarations de Candide Azannaï.
Le trajet du 18 juin au centre de ses inquiétudes
Le passage le plus sensible de la déclaration concerne le transfert de Candide Azannaï vers la CRIET, puis son retour à la maison d’arrêt, le 18 juin. L’ancien ministre affirme qu’à l’aller, il a été transporté dans un véhicule de type pick-up aux vitres teintées. Selon lui, les deux personnes qui l’escortaient portaient des gilets pare-balles, alors que lui-même n’en portait pas.
Au retour, il affirme que le véhicule aurait quitté son itinéraire habituel avant de s’immobiliser dans un endroit qui ne correspondait pas, selon lui, au trajet normal vers la prison. Il soutient que le régisseur serait descendu du véhicule pendant plusieurs instants et qu’il n’aurait pas obtenu d’explication claire du conducteur malgré ses questions.
Candide Azannaï dit rester sans réponse sur les raisons de cet arrêt. Il présente cet épisode comme l’un des éléments ayant nourri ses craintes pour sa sécurité. Selon sa déclaration, depuis son retour de comparution, sa cellule ferait également l’objet de visites tardives et répétées, menées dans des conditions qu’il juge opaques.
Une déclaration politique autant que judiciaire
Au-delà des conditions de détention, Candide Azannaï replace son message dans le registre politique. Il rappelle avoir toujours appelé, selon ses propres termes, à une résistance nationale pacifique et non violente, ainsi qu’à un dialogue national inclusif. Il dit vouloir préserver l’héritage de la Conférence nationale de février 1990, référence majeure de la vie démocratique béninoise.
Poursuivi dans un dossier lié aux suites de la tentative de coup d’État de décembre 2025, l’ancien ministre rejette toute posture de violence et présente son combat comme une exigence de vérité, de justice et de respect de l’État de droit.
Dans cette déclaration, il affirme également que toute atteinte à son intégrité physique devrait donner lieu à une enquête indépendante, impartiale et approfondie. Il demande que les responsabilités soient établies sans complaisance si un incident devait survenir pendant sa détention.



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