Au Ghana, une ambition de raffiner localement l’or avec ses limites
Depuis le 1er septembre 2026, les acheteurs d’or artisanal agréés au Ghana doivent faire raffiner leurs minerais dans le pays avant toute exportation. Une mesure qui vise à mieux capter la valeur du secteur, mais dont l’efficacité économique est mise en doute par des spécialistes.

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Le Ghana interdit depuis le 1er septembre 2026 l’exportation d’or artisanal non raffiné, obligeant les acheteurs agréés à faire transformer leurs minerais dans l’une des raffineries autorisées du pays avant toute vente à l’étranger, a annoncé le régulateur public Goldbod. La mesure vise le secteur aurifère artisanal et de petite échelle, devenu en 2025 la première source de production d’or du pays, devant les grandes mines industrielles.
Selon Goldbod, seul acheteur et exportateur agréé de l’or artisanal ghanéen, les négociants doivent désormais confier leurs minerais à l’une des quatre raffineries homologuées dans le pays — Gold Coast Refinery, Royal Ghana Gold, Sahara Royal Gold Refinery et IPM KAL Ghana — avant de pouvoir les exporter. Les agrégateurs avaient jusqu’au 31 août pour mettre à jour leurs contrats d’achat en conséquence, sous peine de retrait de licence.
Cette décision marque une nouvelle étape dans la reprise en main par Accra de son secteur aurifère artisanal, avec l’objectif d’en accroître la valeur ajoutée localement. Le secteur a rapporté près de 11 milliards de dollars de recettes en devises en 2025, une année où sa production, à 104 tonnes, a dépassé pour la première fois celle des grandes mines industrielles, selon Goldbod. Elle avait progressé de 63 % sur un an, selon la Chambre des mines du Ghana.
Le régulateur table sur un volume au moins équivalent en 2026 : les achats du premier semestre atteignaient déjà entre 50 et 54 tonnes, a indiqué son directeur général.
Une certification internationale toujours absente
Aucune des quatre raffineries ghanéennes ne dispose à ce jour de la certification LBMA (London Bullion Market Association), qui conditionne l’accès aux principales places financières internationales de l’or. Sur le continent africain, seule la sud-africaine Rand Refinery détient actuellement cet agrément. Les autorités ghanéennes ont annoncé la mise en place d’un système de traçabilité de l’or artisanal et prévoient l’ouverture, courant 2026, d’un laboratoire d’analyse aux normes LBMA, dans un secteur où une large part de l’activité artisanale échappait jusqu’ici à toute régulation.
Sur le terrain, seules deux des quatre raffineries agréées disposaient jusqu’ici de contrats d’approvisionnement effectifs avec Goldbod. Gold Coast Refinery, en activité depuis 2016, est autorisée à recevoir jusqu’à une tonne d’or semi-raffiné par semaine, pour une capacité de traitement de deux tonnes hebdomadaires. Royal Ghana Gold, inaugurée en août 2024, peut théoriquement traiter 400 kilogrammes par jour, mais Goldbod indiquait en avril qu’un équipement supplémentaire restait nécessaire pour l’atteindre.
« Aucune logique économique à raffiner davantage juste pour exporter »
Pour le directeur général de Goldbod, cette directive doit permettre de rompre avec les exportations de matières premières brutes. « Il est temps d’arrêter d’exporter nos richesses et de bâtir une économie durable », a-t-il déclaré.
Mais pour Bright Simons, chercheur au centre de réflexion Imani, à Accra, le bien-fondé économique de la mesure reste limité : « Contrairement à de nombreux autres minéraux, l’or n’est jamais vraiment vendu à l’état brut. Tout le monde le raffine jusqu’à un certain point, avec une marge très faible », a-t-il expliqué à RFI. Il rappelle que le pays compte des raffineries d’or depuis une vingtaine d’années, « et aucune n’a vraiment marché, car elles ont eu du mal à dégager des bénéfices ».
Selon le chercheur, la composition chimique de l’or, à la différence d’autres minerais, limite l’intérêt économique d’un raffinage supplémentaire avant exportation. « Il n’y a aucune logique économique à raffiner davantage juste pour exporter », a-t-il résumé.


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